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?L?Aurore? honore deux quasi-centenaires

27 août 2006, 20:00

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L?année 2006 sera marquée par quelques centièmes anniversaires de la naissance d?éminents Mauriciens, anniversaires officiellement célébrés pour les uns, dont celui de Sir Abdool Razack Mohamed, anniversaires officiellement déniés pour d?autres, à l?instar de celui du Pr Basdeo Bissoondoyal. D?autres tout autant éminents Mauriciens, du moins dans leur secteur professionnel spécifique,ont manqué de peu le bonheur et le privilège du Pandit Mohunlall Mohith de pouvoir constater ?de visu? les préparatifs officiels et officieux précédant, de leur vivant, la célébration du centième anniversaire de leur naissance. La camarde en a décidé autrement. Le centième anniversaire de leur naissance, devant survenir dans quelques mois, s?accompagnera désormais de regrets funéraires bien compréhensibles.

Nous devons savoir gré, en tout cas, au magazine de la Mission catholique chinoise, L?Aurore, que dirige avec la compétence que l?on sait Françoise Yaw Kan Tong, ancienne journaliste de La Vie Catholique, de rendre hommage à deux quasi-centenaires, en leur consacrant, dans son numéro 115 de juin 2006, des obituaires émouvants et dignes de leurs mérites respectifs pourtant inestimables. Ils sont le Dr Maxime Shun-Shin, né le 28 novembre 1906 à Alma, et décédé le 13 avril 2006, et M. Yeung Sik Yuen, né en 1908 dans la province chinoise du Meixian, et décédé au début de mai dernier. La présente chronique reprendra l?essentiel de ce qui y est dit en l?honneur du Dr Shun-Shin, réservant pour une prochaine chronique le rappel des bienfaits de M.Y. Sik Yuen.

Ne quittons pas cette prouesse humaine d?atteindre ou presque le centième anniversaire de sa naissance, sans signaler une coïncidence plutôt surprenante. Le nombre croissant de nos centenaires n?a plus rien d?étonnant mais cela ne veut pas dire que le moindre de nos villages peut s?enorgueillir de pouvoir compter plusieurs centenaires résidents ou encore originaires de son territoire. C?est pourtant la légitime fierté dont peut se vanter une localité aussi petite qu?Alma de pouvoir compter; cette année, une centenaire et un quasi-centenaire, originaires de cette petite agglomération, située à l?ombre du vieux moulin de l?ancienne propriété sucrière du même nom et ayant appartenu jadis à la famille Leclézio. Cette centenaire et ce quasi-centenaire sont donc nés à Alma à quelques mois d?intervalle, la première le 13 avril 1906 et le second le 28 novembre de la même année. La coïncidence ne s?arrête pas là car le quasi-centenaire, le Dr Maxime Shun-Shin meurt le 13 avril 2006, soit le jour même où la centenaire célèbre, dans la plus stricte intimité, le centième anniversaire de sa naissance. Nous n?en dirons pas plus pour respecter ce droit des plus légitimes à la stricte intimité quand on célèbre un événement aussi marquant qu?un centième anniversaire et qu?on ne veut surtout pas de la compagnie inconvenante de ministres et de députés, pour ne rien dire de la présence des caméras de notre MBC jamais plus indiscrètes et importunes.

Il faut encore savoir qu?Alma, en dépit de ses deux centenaires ou presque, est encore trop petit, aux yeux des Administrations régionales et de notre Bureau des Statistiques, pour compter comme une collectivité locale à part entière. Il nous faut supposer qu?elle est d?office rattachée à la localité voisine de Dagotière, si chère au regretté Dr Kissoonsingh Hazareesingh. Ce conseil de village et les hameaux voisins, dont Alma, supposons-nous, comptait, lors du recensement de 2000, quelque 6 480 habitants dont une infime partie pour Alma. On peut légitimement diviser ce nombre par trois pour atteindre la population approximative de la région de Dagotière en 1906, ce qui laisse quelques petites centaines pour Alma, d?il y a 100 ans, dont deux futurs centenaires ou presque. Ceux-ci, pendant leur tendre enfance, ont dû entendre et réentendre les histoires de leur patelin, concernant la visite royale que rendent le futur George V, alors duc d?York, et la future Queen Mary, acceptant gentiment de venir partager les brèdes de la famille Leclézio dans la belle demeure familiale de La Marmaille, aujourd?hui hélas disparue. C?est dire combien certaines de nos localités les plus petites ont des choses à raconter pour avoir été témoins de quelques-unes des pages les plus attachantes de notre Histoire. Il suffirait de graver sur la pierre ou sur une plaque durable l?essentiel de ces souvenirs historiques pour que le profane, le passant ou encore le visiteur de passage puisse être dûment informé que la terre qu?il est en train de fouler a été témoin d?événements historiques. Mais qui s?en soucie dans nos ministères concernés (Culture, Tourisme, Education, Administrations régionales) ?

Le Dr Maxime Shun-Shin voit donc le jour, le 28 novembre 1906, à Alma où son père gère la petite boutique villageoise. Enfant encore, il a l?occasion de se rendre au village natal de son père à Moyen, Chine. Sa mémoire prodigieuse, sinon infaillible, lui permettra, tout au long de sa vie de se souvenir dans les moindres détails de ce pèlerinage sur la terre de ses ancêtres. Ecolier particulièrement brillant, il obtient le droit de poursuivre ses études secondaires au Collège Royal dont il sera le lauréat, en 1926, ce qui lui donne droit à la Bourse d?Angleterre et à des études universitaires en Grande-Bretagne. Il est le premier lauréat mauricien d?origine chinoise mais certainement pas le?dernier. Il s?en va étudier la médecine à University College, à Londres. Il rejoint là-bas un compatriote, peut-être même un ancien condisciple mais sûrement un futur confrère, en la personne de Seewoosagur Ramgoolam, dit Kewal.

Reçu médecin en 1934, il se rend en Chine où il ne peut séjourner aussi longtemps qu?il le désire car les médecins débutants n?y sont pas rémunérés. Il rentre donc à Maurice et s?adonne à la clientèle privée pendant une année avant de solliciter un poste de médecin d?état, en 1936. Il débute à l?hôpital civil qui ne compte alors à son service que?trois médecins. C?est son intérêt pour les opérations chirurgicales qui le pousse vers le service hospitalier. Son premier directeur, le Dr Balfour Kirk, lui fait comprendre qu?il devra exercer pendant un an ou deux avant d?être appelé à diriger un hôpital de district. Il estime ce laps de temps insuffisant et s?attire le courroux du Dr Kirk qui lui lance : ?Que puis-je si un médecin est assez stupide pour mourir prématurément ??Trois jours après, le 26 janvier 1936, le Dr Louis Mottet, un des trois médecins de l?hôpital civil, se noie à la Pointe aux Canonniers, lors d?une partie de pêche. C?est dire qu?en ces temps héroïques, les rares médecins d?état n?ont guère le temps de chômer, devant à tout moment être au four comme au moulin.

Il est nommé médecin, de 1944 à 47, à Rodrigues où il cumule les fonctions de médecin, de chirurgien, de dentiste et même de magistrat suppléant quand le titulaire est souffrant et qu?il doit le soigner en tant que médecin. Cela ne l?empêche pourtant pas de mettre au point un traitement particulièrement efficace contre la dysenterie.

En 1948, il se rend à Hong-Kong où il rencontre sa future épouse, Aileen Sue On, originaire de Brisbane, Australie. La même année, on le confie l?hôpital de Moka qu?il transforme rapidement en un centre chirurgical de premier ordre. En 1951, il a l?occasion de diriger temporairement l?hôpital civil où il fait montre de ses nombreux talents de médecin, de chirurgien mais aussi d?administrateur. Il réussit prouesse sur prouesse en chirurgie orthopédique et en césariennes. En 1959, il devient surintendant de l?hôpital Victoria, à Candos. En 1961, il opère du c?ur un adolescent. Le journal britannique d?urologie publie, en 1965, sa description d?une de ses opérations expérimentales particulièrement réussie en urétroplastie. L?année suivante, à 60 ans, il se retire du service civil et s?adonne de nouveau à la clientèle privée pendant encore une dizaine d?années. Sa maîtrise chirurgicale est légendaire comme la sûreté de ses diagnostics. Il est particulièrement fier de la médaille d?or que lui décerne l?association médicale de Maurice car, souligne-t-il volontiers, cette distinction lui vient de ses pairs.

Pour lui, la médecine ne sera jamais un métier comme un autre mais une vocation, un sacerdoce. Il réclame ses honoraires à qui peut les honorer. Il n?oublie jamais ni ne renie ses origines modestes. Tout médecin qu?il est, il n?a jamais eu honte de reprendre sa place derrière le comptoir de la boutique familiale et villageoise. Il a toujours cru dans l?éducation en tant que meilleur moyen, pour tout homme de bonne volonté, de s?améliorer sans cesse. Il s?est acquitté des frais de scolarité de nombreux collégiens doués mais désargentés.

Après son départ à la retraite, il rédige ses mémoires qu?il dédie à sa mère et à son frère, Adrien Konfortion, une autre figure de proue de notre communauté chinoise. Ses mémoires seront réédités, en 1977, sous le titre de Memoirs of a Government Medical Officer, 1936-66 . Son épouse meurt vers 1986. Sa fille, Marie Lucie, enseigne à Melbourne. Son fils, Adrien, un autre lauréat de la Bourse d?Angleterre, exerce comme ophtalmologiste à Wolverhampton.

Une prochaine chronique rendra justice à la réussite commerciale de M. Yeung Sik Yuen, décédé au début de mai 2006.

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