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Un rempart sous attaque
Le droit à l?information est un combat sans fin. Les dirigeants politiques de tous bords renouvellent sans cesse leur offensive contre les médias indépendants. Sans une constante vigilance des citoyens et de la presse, seul survivra un journalisme de révérence. Celui qui intoxique et qui impose une pensée unique.
Samedi, lors d?une sortie publique à Triolet, le Premier ministre a accusé ?l?express? de fomenter un complot pour nuire à son gouvernement. Pour le vaste lectorat qui est fidèle à notre titre, les propos du Premier ministre peuvent paraître si fantaisistes qu?ils ne méritent même pas d?être réfutés. Ce n?est pas notre avis. Un mensonge, s?il est répété trop souvent, risque d?être finalement perçu comme la véritée. Revoyons donc, un à un, les articles cités par le Premier ministre et qui démontrent, selon lui, l?existence d?un complot pour déstabiliser son gouvernement.
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Dans un article publié le vendredi 25 août, nous rapportons qu?à une réunion des ministres qui s?est tenue la veille, un transfert massif de hauts fonctionnaires a été évoqué. Navin Ramgoolam dément cette information et insinue que sa publication est motivée par un agenda caché. Il est vrai qu?il n?y a pas eu de transfert jusqu?ici mais l?information à l?effet qu?il a été envisagé a été rigoureusement vérifié. Notre journaliste avait appris de deux sources, en l?occurrence d?un PS et d?un conseiller influent du gouvernement, que le transfert de plusieurs hauts fonctionnaires était à l?ordre du jour de la réunion. Toutefois, il n?en fait pas état dans la première version du texte qu?il soumet à la rédaction. Ce n?est que tard dans la soirée, après qu?un ministre lui a fait une déclaration en ce sens, qu?il ajoute le paragraphe relatif au transfert. Le journaliste n?a rien inventé. Tout au plus, on peut l?accuser d?avoir accorder trop de crédit aux paroles d?un ministre. Y a-t-il des ministres qui veulent déstabiliser le gouvernement de Navin Ramgoolam ? Peut-être.
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Le Premier ministre a critiqué l?article de ?l?express? sur les problèmes liés à la fourniture des produits pétroliers par la Mangalore Refinery & Petrochemicals Ltd. En fait, dans les différents articles que nous avons publiés sur ce sujet, nous avons mis l?accent sur le danger de réaliser des économies à travers l?acheminement de ces produits par un navire à simple coque. Nous avons relayé les inquiétudes des spécialistes sur la question. Par la suite, le Premier ministre a personnellement appelé l?auteur de l?article, Bernard Saminaden, pour lui dire que la question environnementale était effectivement ?un point pertinent?. D?ailleurs, les autorités ont finalement changé d?avis et c?est un tanker à double coque qui a été affrété pour ce transport. Alors, pourquoi ces critiques à retardement ?
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Le Premier ministre a également parlé d?un article, paru le 3 mai dernier, annonçant une révision de la tarification de l?électricité. Dans ce texte nous expliquons que pour inciter les consommateurs à économiser, l?électricité coûtera plus cher durant les heures de pointe mais qu?aux périodes creuses son prix baissera. ?C?est ce qu?a déclaré à ?l?express? hier, Abu Kasenally, le ministre des Services publics?, écrit l?auteur de l?article qui y cite abondamment le ministre. Des explications de Ravin Dajee, directeur général du CEB, sur les avantages du nouveau système sont également données dans le texte. Il est vrai que nous annonçons prématurément que le gouvernement a donné son aval au projet mais il était légitime de faire cette extrapolation alors que le ministre de l?Energie s?était prononcé si clairement sur la question. De plus, l?article fait ressortir que les consommateurs seront ?gagnants ? avec la nouvelle formule. Dès lors, comment peut-on y voir une tentative de déstabiliser le gouvernement ?
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Ensuite, le Premier ministre allègue que nous aurions annoncé que ?Pillay va remplacer Veerasamy? à Air Mauritius. L?article qui a paru le jeudi 17 août est bien plus nuancé : ?Les autorités réfléchissent à un éventuel remplacement à la direction générale d?Air Mauritius au cas où Nirvan Veerasamy s?en irait.? Nous tenions de sources fiables que des dirigeants politiques et des représentants des gros actionnaires privés avaient pris contact avec Megh Pillay pour s?enquérir de ses disponibilités en cas de défaillance de Nirvan Veerasamy. Cette information est d?intérêt public et méritait publication. Elle ne préjuge en rien l?attitude du gouvernement sur le maintien ou pas de l?actuel directeur général d?Air Mauritius à son poste. D?autant plus que le même article cite un officiel de la compagnie qui déclare que Nirvan Veerasamy ?revient, comme convenu, après ses vacances ...? Le reproche qui nous est adressé est infondé. Le Premier ministre devrait se demander si ce ne sont pas certains au sein de son équipe qui veulent la peau de Nirvan Veerasamy.
Ces clarifications faites, nous devons ajouter qu?un journaliste, comme n?importe quel autre professionnel, n?est pas à l?abri d?une méprise. Nous ne nous prétendons pas être les seuls porteurs de vérité et sommes disposés à nous soumettre au contrôle d?une instance impartiale, indépendante et objective en matière d?éthique de l?information et de respect de la déontologie. En revanche, nous accordons peu de valeur au jugement que portent les politiciens sur notre journal?
Le Premier ministre a sûrement autre chose à faire que de déclarer la guerre à la presse. Il fait un tort immense à la dignité de sa fonction en faisant un rapprochement entre le métier des journalistes et celui des péripatéticiennes. Un dictateur, l?Algérien Abdelaziz Bouteflika a récemment qualifié les journalistes de ?commères ?, puis a durci le code pénal de son pays en infligeant de lourdes peines de prison et de très fortes amendes aux journaux mal-pensants. Etrange ressemblance.
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