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Le culte de l?anglais

18 août 2006, 20:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

À 17 ans, Rayda est aussi gracile qu?une jeune pousse attendant de mûrir. Ce qui explique notamment qu?elle n?ait pas encore d?idée précise sur son choix de carrière et que ses lectures contemporaines soient plutôt enfantines, à savoir les écrits de J.K. Rawlings, mère du célèbre jeune sorcier Harry Potter, de même que ceux de Christopher Pike, auteur d?histoires fantastiques pour adolescents. Mais Rayda s?est aussi astreinte à la lecture à deux reprises du Da Vinci Code de Dan Brown en anglais pour assouvir sa curiosité et en comprendre tous les tenants et aboutissants. La timidité de Rayda rend l?entretien accepté au pied levé par elle, assez laborieux. Mais elle finit par s?habituer et à livrer le fond de sa pensée sur les sujets auxquels elle a accordé une réflexion.

Même si Rayda affirme qu?elle et sa s?ur aînée, Reezuana, qui étudie la médecine à Dubayy, ont découvert et apprécié l?anglais toutes seules, le fait que leur mère, Mooneza, soit enseignante d?anglais au Droopnauth Ramphul SSS, et qu?Issa, leur père, soit un ancien enseignant d?anglais et recteur à la retraite du collège Eden (garçons), n?y est certainement pas étranger. En grandissant, Rayda essaie de calquer son parcours sur celui de sa s?ur. Si de par les résultats du primaire, cette dernière accède au collège Queen Elizabeth, Rayda qui fréquente le «Feeder School» du collège de Lorette de Port-Louis, n?a pas la même chance.

Elle et ses parents finissent par tomber d?accord sur la poursuite de ses études secondaires dans cet établissement confessionnel de Port-Louis. Rayda ne le regrette pas. «L?éducation à l?école a renforcé mes valeurs. Il y règne aussi une très bonne discipline. De plus, on ne se concentre pas que sur le côté académique mais sur le développement intégral.»

Étonnamment, Rayda opte pour les sciences à partir de la Form III mais vu l?appréciation qu?elle porte à l?anglais, elle étudie la littérature anglaise jusqu?en Form V. Elle récolte d?ailleurs sept unités pour neuf sujets à l?examen final. En parallèle, Rayda tente régulièrement sa chance au «Commonwealth Essay Competition» pour améliorer son niveau d?anglais mais aussi en raison du fait que «le niveau des questions incite à la recherche et à la réflexion».

L?anglais : une langue fédératrice

Une année, elle remporte le prix dans sa catégorie après un séjour effectué en Grande-Bretagne. «Nous étions censés faire une personnalité visiter Londres. Et comme mes souvenirs étaient encore frais, j?ai décrit tous les endroits visités par ma famille et moi. Cela a été payant.»

Cette année, elle a trouvé assez ardu le sujet imposé à la catégorie des 16 à 18 ans. Il s?agissait pour les participants d?évoquer les avantages et inconvénients de l?utilisation de l?anglais dans les pays du Commonwealth. Rayda a rédigé son texte après des recherches sur le Net. Et comme elle a soumis sa rédaction en avril, elle se réfère à la copie conservée par l?école pour disserter sur le sujet.

Au chapitre des avantages, la jeune fille cite l?anglais comme langue fédératrice, permettant une meilleure compréhension entre les différents peuples des 53 pays du Commonwealth. «L?anglais permet aussi une action concertée entre ces pays pour défendre des questions globales telles que l?environnement et les actions écologiques. Grâce à cette langue, les objectifs du millénaire ont pu être définis et ont été rendus réalisables, par exemple, le soutien aux pays pauvres pour qu?ils se développent économiquement et durablement. L?anglais a aussi permis l?émergence de sociétés civiles dans les pays du Commonwealth. Sociétés civiles qui s?occupent d?éducation, de démocratie, de syndicalisme. L?anglais, c?est aussi la langue officielle des politiques des pays du Commonwealth et permet à ces derniers de faire avancer leurs droits, de légiférer et de négocier. C?est le médium de choix pour les conférences internationales. Le programme du Commonwealth milite aussi pour la parité et les opportunités égales au travail. La littérature anglaise est riche et prêche la tolérance et l?unité. Grâce aux buts du Commonwealth, les systèmes de santé des pays qui en font partie se renforcent et les droits humains y sont maintenus.»

Apporte la tolérance et la paix

Sa liste d?inconvénients n?est pas aussi longue. Dans sa rédaction, elle a souligné que tout en étant une langue fédératrice, l?anglais a été mal assimilé par certains pays du Commonwealth qui l?ont rejeté, notamment les îles Fidji.

Cette langue a même été la cause de conflits car elle a tendance à uniformiser les cultures. Rayda ajoute que l?enseignement de l?anglais peut être coûteux et que certaines universités et entreprises font de la discrimination en exigeant l?anglais comme critère d?admission. Elle met aussi en avant l?argument des pédagogues qui sont convaincus qu?imposer une langue étrangère est au détriment des enfants. Comme les institutions doivent dépenser sur les traducteurs ou sur l?éducation parallèle en anglais, elle pense qu?un des objectifs de l?éducation dans son sens large, n?est pas atteint. L?anglais, souligne-t-elle, est une langue de prestige, pas facilement assimilable par les masses. Elle évoque aussi le manque de cohésion politique en Afrique en raison de langues différentes et de dialectes qui y sont parlés.

Mais Rayda a un avis personnel sur le sujet. Pour elle, l?anglais continue à ouvrir les horizons au plus grand nombre et amène une ouverture d?esprit, la tolérance et la paix. Elle estime que cette langue comprise par 600 millions de personnes, devrait être étendue au monde entier. «Même si elle n?est pas acceptée comme langue principale, il faudrait qu?elle le soit comme langue auxiliaire. Je suis convaincue que l?anglais continuera à renforcer son positionnement et étendra ses tentacules.»

Elle ne veut pas comparer le Commonwealth et la Francophonie car «chaque pays a sa façon de soutenir ses anciennes colonies».

C?est par le biais d?Outlook, supplément anglais de l?express, que Rayda a appris qu?elle avait remporté le premier prix dans la catégorie A. Elle est ravie car elle attendait cela depuis longtemps. «C?est une récompense méritée pour mes efforts et je dois aussi de la reconnaissance à mes enseignants.»

Rayda est à deux mois de ses examens de Higher School Certificate. Son seul regret est qu?elle ne puisse consacrer du temps à la lecture de ses auteurs favoris. Et en anglais bien entendu. «J?ai essayé par exemple de lire Harry Potter en français mais c?était fade car la langue originale de l?écrivain est l?anglais.»

Parmi les classiques de la littérature anglaise, Charles Dickens et les s?urs Brontë trouvent grâce à ses yeux. Par contre, elle trouve que le temps a émoussé le sens de l?humour de William Shakespeare.

Même si Rayda a une telle appréciation de l?anglais, elle croit aussi qu?il ne faut pas accorder une importance démesurée à une langue. Dans son cas par exemple, elle affirme que l?anglais est complémentaire des sciences qu?elle étudie.

Si elle n?est pas encore sûre de sa future orientation professionnelle, elle sait que celle-ci sera liée à la médecine. «Mais tout dépendra des résultats.» à moins que ses efforts et un coup de pouce de la chance ne lui ouvrent les portes d?études supérieures en Angleterre grâce à l?obtention d?une bourse.

Qui vivra, verra?

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