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Une nouvelle morale du soin
S?il est une notion qui, aujourd?hui, semble envahir l?espace public français, c?est celle de soin. Bien loin d?être réductible à la médecine et à ses pratiques, sa prise en considération entraîne une refonte complète de ce qu?est la relation humaine. Effet collatéral : les thérapeutes au sens large, à côté des philosophes et des historiens, deviennent des acteurs de la scène intellectuelle avec lesquels il faut désormais aussi compter.
La vingt et unième édition des Rencontres de Pétrarque, coorganisées à Montpellier (Hérault) par France Culture et Le Monde, qui s?est tenue du lundi 17 au vendredi 21 juillet et qui sera diffusée sur cette antenne du lundi 7 au vendredi 11 août (de 20 h 30 à 22 heures), a pris acte de cette évolution en consacrant ses débats à un thème inhabituel : ?Soigner?. Sous la chaleur caniculaire, le public a paru un peu désarçonné par une problématique qui, en apparence, touchait peu à l?actualité et ne faisait pas appel aux intervenants dont il avait l?habitude.
Pourtant, autour de la notion de soin, un véritable domaine de recherche s?est constitué depuis plusieurs années dans les universités américaines, sous l?influence notamment des études féministes, puis en France, comme l?avait montré un excellent dossier de la revue Esprit (février) sur ce thème. On nomme parfois ?éthique de la sollicitude? (care, en anglais) ce champ qui englobe l?ensemble des relations entre soignant et soignés. La bioéthique, centrée exclusivement sur la technique et les actes médicaux, n?en constitue qu?une région. Car ce que le soin nous conduit à imaginer, c?est qu?une relation par définition inégalitaire ? entre soignant et soigné, entre ?une confiance? (le médecin) qui rencontre ?une connaissance? (le malade) ? puisse rester compatible avec la liberté de l?homme et, par là même, conserver sa dimension éthique. A condition que l?on définisse la liberté non comme nous y avaient accoutumé les Lumières, en termes d?autonomie, mais comme interdépendance, solidarité. Loin des rapports d?autorité et de pouvoir qu?entretenaient jadis les docteurs Diafoirus et les naïfs Argans, la philosophie du soin porterait ainsi la promesse d?une morale nouvelle fondée sur la relation et non sur l?individu séparé des autres.
Certains participants à la rencontre, parmi la vingtaine qui avaient fait le déplacement, ont noté qu?avec l?adoption de la Charte de l?Organisation mondiale de la santé (OMS), créée le 22 juillet 1946, et dont on vient de fêter les 60 ans, la médecine est devenue ?un enjeu démocratique?. Car, comme l?a souligné le neurologue Olivier Lyon-Caen, ancien membre du cabinet de Lionel Jospin, à l?occasion de sa leçon inaugurale (l?une des autres innovations de cette édition des rencontres), le ?paternalisme? d?autrefois n?est plus de mise. A l?heure d?Internet, de la multiplication des autodiagnostics et de la judiciarisation croissante de la médecine, on est passé ?du pouvoir sans partage des médecins au partage du savoir?.
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