Publicité

Quarante ans pour le collège London

7 août 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

À l?occasion du 40e anniversaire de sa fondation, le collège London publie un magazine souvenir, au contenu particulièrement substantiel et instructif sur le plan historique. Tout en couleurs, comptant environ 150 pages sur papier glacé, le magazine contient plusieurs articles sur la fondation de cet établissement scolaire, sur son fondateur et sur l?estime que lui vouent tant son personnel que ses élèves, présents et anciens.

Le taux de réussite, de 91% obtenus, notamment en 2001, aux examens du School Certificate, chez les garçons, et 98 % chez les filles, avec un chiffre record de participants (plus de 300), symbolise à lui seul le succès scolaire que connaît, sans se démentir, le collège London. Sa crédibilité croissante s?explique en grande partie par le fait que son fondateur, Harold Chan Lam, est de la race de nos meilleurs directeurs d?établissements scolaires privés pouvant revendiquer la formation secondaire d?une majorité de Mauriciens, occupant présentement des postes clés et de confiance au sein de nos secteurs privé et public.

On ne peut comprendre l?importance, aujourd?hui encore, de nos collèges privés, sans remonter aux années 1960, qui voient l?arrivée en masse de la première génération de collégiens, issus du baby-boom suivant l?éradication de la malaria, après la Seconde Guerre mondiale, grâce à ce DDT si polluant et toxique.

Les années 1960 connaissent une ?épidémie de fondations de collèges privés? qu?on parle à l?époque, d?explosion de collèges champignons. L?histoire scolaire retiendra certainement les noms de la plupart de ces bienfaiteurs, mi-pédagogues, mi-entrepreneurs avisés, ayant compris, plus rapidement que les autorités scolaires gouvernementales et même confessionnelles, que cette nouvelle génération d?adolescents, de l?après-éradication du paludisme, exigerait un nombre sans précédent de collèges pour les accueillir. Ils ont mieux compris l?urgence de donner priorité à la quantité sur la qualité, en sachant que le temps se chargera bien assez vite d?écrémer ces collèges-champignons pour ne permettre qu?aux meilleurs et aux plus crédibles de progresser, en nombre comme en qualité, au détriment des moins bons.

Ces pédagogues-entrepreneurs sont souvent d?anciens fonctionnaires du Département colonial de l?instruction publique que dirigent des passionnés de pédagogie. En ce temps-là, tout enseignant, qu?il soit attaché à une école ou à un collège, qu?il soit qualifié-diplômé ou non, est d?abord et avant tout un passionné de pédagogie et n?a qu?une ambition, celle de partager ses connaissances générales et académiques aux enfants qui lui sont confiés et faire naître, même parmi les moins doués d?entre eux, l?envie de développer sans cesse leurs connaissances générales et de s?enrichir intellectuellement. Si leçons particulières il y a, c?est uniquement pour venir en aide, gratuitement ou presque, aux élèves éprouvant des difficultés à suivre l?enseignement prodigué en classe.

Cette passion de partager avec les plus jeunes tout ce qu?il a reçu de ses maîtres et tout ce que lui ont appris les livres, ses meilleurs amis, est bien sûr celle de Harold Chan Lam. En fait, chacun des collèges-champignons des années 1960, peut être l?aboutissement d?un travail social, au dévouement incontestable, consacré totalement au développement intellectuel et humain de nos principaux villages, notamment en fournissant à leurs jeunes une formation académique, même insuffisante, que les rares collèges d?État d?alors, ni même les collèges confessionnels, ne peuvent leur assurer. Il est facile, à l?époque, d?ironiser sur ces collèges-champignons qui s?installent jusque sous la varangue d?anciennes boutiques, reconverties en établissements scolaires, quand il ne s?agit pas de maisons créoles délabrées ayant résisté à la furie des cyclones.

?En ce temps-là, tout enseignant, (?) est un passionné de pédagogie et n?a qu?une ambition, celle de partager ses connaissances générales et académiques aux enfants.?</I>

Par au moins deux fois, le gouvernement mauricien ratera l?occasion de réformer durablement cette initiative du secteur privé de participer à la formation académique de la jeunesse mauricienne. En mai 1975, la colère de celle-ci atteint son paroxysme. Depuis deux décennies, les collèges privés font l?impossible pour donner la meilleure éducation possible à leurs élèves. Mais leurs enseignants passent souvent pour des oiseaux de passage, acceptant la mission en attendant un emploi mieux rémunéré. Celui-ci obtenu, l?oiseau, pourtant rare, s?envole pour des cieux meilleurs sur le plan salarial, abandonnant derrière eux des classes entières en plein trimestre, parfois même à quelques semaines des examens.

Mai 1975 ne réclame pas cette pseudo éducation gratuite. Mai 1975 réclame seulement que parents et élèves obtiennent la meilleure éducation possible pour l?argent laborieusement investi dans l?éducation secondaire des enfants. Mai 1975 réclame que l?État donne aux élèves des collèges privés une somme équivalente à celle dépensée par lui pour chaque élève des collèges d?État ou encore des collèges non profit making.

Mai 1975 ne réclame pas cette imposture qu?est la scolarité gratuite ? puisqu?elle est payée par les contribuables ? mais que l?État aide financièrement les collèges privés en aidant à la rénovation des bâtiments existants, à la construction des nouveaux, en améliorant les salaires des enseignants, en leur fournissant un plan de pension, une assistance médicale, en offrant une aide financière pour l?aménagement des laboratoires scientifiques, des bibliothèques, entre autres facilités.

Notre ministère de l?Éducation n?a jamais compris qu?il disposait, en la personne des directeurs des collèges-champignons et de leurs collaborateurs pédagogiques et administratifs, d?un véritable trésor de ressources humaines, ne demandant qu?à pouvoir se consacrer totalement à l?enseignement et à la pédagogie sans avoir à se soucier outre mesure de problèmes financiers. Comme c?est souvent le cas, le ministère de l?Éducation préfère, hélas, punir les bons directeurs et enseignants de collèges privés avec les moins bons d?entre eux plutôt que de les aider à se débarrasser des brebis galeuses pouvant déshonorer une si noble profession.

Aujourd?hui encore, notre ministère de l?Éducation espère toujours venir à bout de la race des propriétaires-directeurs de collèges privés, en multipliant le nombre des collèges d?État. Mais des bâtiments n?ont jamais fait à eux seuls des collèges ni un enseignement tandis que celui-ci peut être prodigué à l?ombre d?un arbre hospitalier par n?importe quel pédagogue digne de ce nom.

Une prochaine chronique dira pourquoi et comment Harold Chan Lam est un de nos meilleurs directeurs d?établissement scolaire. Pour les uns, le nec plus ultra éducatif est d?obtenir un nombre record de lauréats. Pour d?autres, dont Harold Chan Lam, c?est de permettre à un recalé du Certificate of Primary Education-bourrage de crâne d?obtenir un diplôme de Higher School Certificate et de conserver à jamais l?envie d?apprendre et d?acquérir de nouvelles connaissances.

Publicité