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Notre fabuleuse histoire

7 août 2006, 00:00

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Il faut connaître son passé pour se tenir debout, dit-on. Pourtant, en dehors du contexte scolaire et celui des milieux académiques, il y a une indifférence, voire une ignorance totale, par rapport à l?histoire. Espérons que cela va changer avec l?exercice qui sera entrepris par Paul Bérenger à partir de cette semaine. Il va tenter d?embarquer un public élargi dans des discussions et des débats populaires sur l?histoire.

Les conférences mensuelles de Paul Bérenger, homme public, ont l?avantage de sortir l?histoire du cadre étriqué dans lequel l?enferment les intellectuels, mais elles présentent aussi un inconvénient majeur. L?auteur étant toujours actif en politique, il est possible que sa crédibilité d?historien objectif et rigoureux soit mise en doute. Son analyse et sa présentation des faits seront accueillies avec une dose de scepticisme par ceux qui pensent qu?un politicien n?agit que par intérêts.

Il serait plus juste d?éviter de l?accuser d?avance de vouloir interpréter l?histoire de manière biaisée. Donnons-lui le bénéfice du doute et attendons l?événement pour juger si l?objectif de l?exercice est réellement pédagogique et non partisan.

Ce retour sur l?histoire comportera d?ailleurs quelques surprises. Dans son récit des péripéties menant vers l?excision des Chagos, Paul Bérenger pourrait prendre à contre-pied certaines idées reçues sur le rôle ?négatif? de Seewoosagur Ramgoolam. Puisant dans d?innombrables sources tant locales qu?étrangères, le leader du MMM est arrivé à la conclusion que face au cynisme profond des Britanniques et à la division des Mauriciens, SSR était contraint de céder.

La série de conférences que donnera Paul Bérenger servira aussi à s?attaquer à certains mythes propagés par le Parti travailliste, depuis l?indépendance, dans le but de glorifier Seewoosagur Ramgoolam. Grâce à ses relais dans les médias officiels et dans l?enseignement, le PTr est parvenu à créer des perceptions populaires qui n?ont parfois aucun rapport avec la réalité. Ces mythes perdurent même si des historiens crédibles ont essayé de les détruire. L?un d?eux concerne la position de SSR sur la question de l?indépendance.

Pendant de longues années, SSR s?était opposé à l?indépendance, préférant le modèle d?intégration au Royaume-Uni proposé par Malte. Même s?il a adhéré au Parti travailliste en 1947, ce n?est qu?en 1959, soit après que les Britanniques eurent rejeté la demande de Malte, que SSR prononça ses premiers mots timides en faveur de l?indépendance. L?histoire officielle ne nous dit pas que les frères Bissoondoyal l?avaient devancé.

Le leader du MMM risque, à son tour, de se laisser tenter par un exercice d?autoglorification quand il abordera les années allant de 1968 à 1982. Il a joué un rôle important durant cette période et ses panégyristes disent que c?est son ardent militantisme qui a façonné le paysage revendicatif des années de braise. Il répétera cette thèse s?il se laisse aller à la manipulation politicienne. Mais son analyse laisse entrevoir une plus grande objectivité. Pour lui, si deux ans après sa création, le MMM a pu se propulser au rang de premier parti du pays et pousser SSR à renvoyer les élections de 1972, c?est parce qu?il était porté par les événements et non uniquement en raison de ses mérites propres.

L?historien Bérenger viendra également remettre les pendules à l?heure justement en ce qui concerne le renvoi des élections. Cette mesure arbitraire est souvent attribuée à Gaëtan Duval, mais des documents historiques témoigneraient du contraire. Elle serait le fait de SSR.

Le piège à éviter pour tout historien est celui de raconter l?histoire de manière fragmentée. La nouvelle génération d?historiens a su le faire plutôt bien mais il fut un temps où il était courant de décrire les cheminements de chaque groupe ethnique séparément. Alors que nous avons en partage une histoire tourmentée et des sacrifices communs, certains historiens avaient une vision réductrice de notre passé et racontait les histoires parallèles des communautés. Ceux-là n?ont pas compris le passé. Ils ne peuvent pas nous aider à appréhender notre avenir.

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