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« Mélanger 10 % d?alcool à de l?essence n?a rien d?original, mais c?est peut-être un passage obligé »

6 août 2006, 00:00

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On dit que l?industrie sucrière est conservatrice en ce qui concerne la production de l?éthanol?

Dans toute la surmédiatisation de ces dernières semaines, on semble avoir oublié la contribution de trois éminents technologistes sucriers mauriciens. Mais rendons à César ce qui est à César. On veut présenter l?industrie sucrière comme une industrie d?attardés alors que toute la question de sous-produits, y compris l?éthanol, a comme autorité mondiale le regretté Maurice Paturau. Les autres Mauriciens qui ont beaucoup contribué sont René Leclézio et René Noël, et il conviendrait de leur rendre hommage, d?autant plus que René Noël est toujours parmi nous.

On semble aussi oublier que le document Feasibility Study for the Production of Ethanol, qui a été produit par la Lonrho Ltd en 1980 pour le compte du gouvernement mauricien et où toutes les considérations liées à l?éthanol, qu?elles soient techniques, financières, économiques et socio-économiques, avait comme auteurs principaux, ces deux hommes. Ceci étant, mélanger 10 % d?alcool à de l?essence n?a rien d?original au niveau technologique, mais c?est peut-être un passage obligé.

Dans quel contexte devrait se faire la production de l?éthanol à Maurice ?

L?option de l?industrie comprise dans le plan stratégique actuellement mis en exécution consiste à construire des flexi factories. Celles-ci pourraient produire des sucres (blanc, bio, spéciaux), et de l?éthanol dans des proportions dictées par les cours du marché. Mais aussi l?électricité parce que ce dernier élément est incontournable pour générer l?énergie nécessaire à ces activités. C?est l?option la plus sensée et l?avenir viendra certainement le prouver.

Au niveau de l?institut, quelles sont vos activités de recherche sur l?éthanol ?

Nos travaux de recherche au niveau de la valorisation des co-produits concernent naturellement la production d?éthanol et se font sur plusieurs fronts. D?abord trouver des souches de levure plus performantes que celles actuellement utilisées dans la fermentation de la mélasse.

Si le prix du pétrole atteint les 100 dollars le baril, la production d?alcool à partir du jus de canne deviendra rentable. Mais cela nécessitera d?autres travaux de recherche pour son optimisation. Pour une production annuelle d?environ un demi-million de tonnes de sucre convertie en éthanol, cela représenterait 310 millions de litres d?alcool, largement supérieur aux 120 millions de litres d?alcool nécessaires pour faire rouler tous nos véhicules actuellement utilisant de l?essence, assumant qu?ils seront tous des flexi-véhicules. Un autre volet de nos travaux qui est tout aussi important, c?est l?écoulement des effluents. Chaque litre d?alcool génère 13 litres de vinasse. Le volume d?effluents avoisinerait près d?un demi-milliard de litres annuellement en utilisant la mélasse.

Comment disposer d?un tel volume d?effluents ?

Ce problème n?a pas encore été résolu. Les effluents peuvent être concentrés et convertis en bio-engrais, mais une phase de recherche dite d?adaptation est nécessaire pour pourvoir à la canne la dose optimale d?éléments nutritifs dont elle a besoin dans nos différents types de sols et micro-climats.

Par ailleurs, transporter un volume considérable de vinasse même concentrée, demandera la logistique appropriée et cette opération a des aspects économiques et environnementaux qui devront être résolus. Idéalement, on devrait concentrer la vinasse pour la brûler dans des chaudières et produire davantage d?énergie, mais la technologie demande à être mise au point. C?est une piste de recherche très intéressante et pertinente.

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