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« Les émotions prennent le dessus,on agit? sans réfléchir à ce que l?on fait »
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« Les émotions prennent le dessus,on agit? sans réfléchir à ce que l?on fait »
Quel est votre définition d?un crime passionnel ?
Le définir n?est pas chose aisée. Tout d?abord, ce terme est utilisé à la légère par tout le monde alors qu?il n?y a pas de définition précise. Mais je dirais qu?il faudrait plutôt parler de crime intentionnel ou de crime non-intentionnel. Ainsi, le terme juste serait plutôt crime non-intentionnel lorsque l?on fait référence aux cas survenus ces derniers temps. La personne commet l?acte sans l?avoir planifié au préalable.
Lors de cet acte « non-intentionnel », la personne est-elle consciente de la portée terrible de ce qu?elle est en train de commettre ?
Là encore, cela dépend des cas. Je dirais que la personne sait ce qu?elle est en train de faire, mais que les émotions sont tellement fortes qu?elle est poussée à bout et ne se contrôle plus. Ce n?est plus une question d?être lucide ou pas, mais plutôt de garder ou non le contrôle de soi, son sang-froid. Les émotions prennent le dessus, on agit dans l?instant présent sans réfléchir à ce que l?on fait. C?est pour cette raison que, dans la plupart de ces cas, ceux qui ont succombé à leurs pulsions du moment le regrettent amèrement par la suite.
Pourquoi certains se laissent-ils emporter et pas d?autres ?
Chaque personne est unique. Et là beaucoup de facteurs entrent en jeu. Cela dépend du conditionnement social, psychologique, et familial. Il faut prendre le cas en question et essayer de le comprendre dans son ensemble. Il faut tout d?abord se poser cette question : qu?est-ce qui l?a amené à agir ainsi ? Il y a une expression que j?aime bien utiliser : « c?est la goutte d?eau qui fait déborder le vase ». Il y a une accumulation de facteurs qui soumettent la personne à énormément de tensions et de stress. Par exemple, les difficultés financières qui s?ajoutent aux difficultés familiales ou relationnelles. Puis arrive un incident, parfois insignifiant, qui met le feu aux poudres. Freud parlait de catharsis. Quand tout s?accumule, il y a le besoin d?extérioriser. Cela peut se faire à travers le sport par exemple.
La personne se sent alors apaisée. Mais s?il y a un manque de structures ou d?opportunités pour canaliser les problèmes de manière saine, tout peut arriver. Examiner l?enfance de la personne peut aussi apporter des éléments de réponse. De 0 à 7 ans le conditionnement déterminera quel genre d?individu sera une personne à l?âge adulte. S?il y a eu un conditionnement positif, le profil psychologique d?une personne sera également positif, mais si ce conditionnement a été vécu de manière négative, elle aura un profil psychologique déficient.
« Le tissu social doit être complètement revu. Il faudrait rétablir les normes et les valeurs qui ont tendance à se perdre »Croyez-vous que la prison soit la solution ?
Non. Parce que je considère qu?elle n?agit pas comme elle devrait. Le rôle que doit jouer la prison dans une société a évolué depuis sa création.
Avant, elle n?avait qu?un rôle répressif, mais aujourd?hui la réhabilitation est aussi au programme. Lorsque la personne se trouve derrière les barreaux elle apprend à faire quelque chose de ses mains, ce qui lui sera utile lorsqu?elle sortira. Mais une fois dehors c?est une toute autre histoire. Les prisonniers sont stigmatisés. Personne ne souhaite leur offrir un emploi. Alors que deviennent-ils et que peuvent-ils faire ?
Que préconisez-vous donc ?
Malheureusement, il n?y a pas d?alternative à la prison. Son rôle, comme je l?ai dit, est celui de la réhabilitation, mais à Maurice ce n?est pas le cas. C?est tout le système qui demande à être changé. Mais lorsqu?un système est déjà bien établi, qu?il y a eu des investissements massifs afin de mettre en place toutes ces structures, il très dur de tout changer, c?est même quasiment impossible. Je pense que c?est pour toute la société qu?il faudrait trouver des changements pour que les gens n?aient pas à subir toute cette pression qui fait monter la tension. Il faut aussi combattre la pauvreté.
De même, de nos jours il existe beaucoup de frustration par rapport au marché du travail. Les jeunes étudient pour obtenir leurs diplômes, croyant pouvoir gravir l?échelle sociale. Mais lorsqu?ils arrivent dans le monde du travail, ils sont désillusionnés. On ressent également qu?ily a un besoin pour plus de soutien familial parce que de nos jours, nous avons tendance à délaisser le collectif pour l?individualisme.
Auparavant, les familles vivaient ensemble. Les grands-parents pouvaient assurer la garde des enfants, et ils pouvaient prodiguer de bons conseils. Aujourd?hui la famille est devenue nucléaire, les parents travaillent, les enfants sont laissés à eux-mêmes pour faire leurs propres expériences. Nous avons aussi plus de familles recomposées qui entraînent avec elles leur lot de changements, le tout chargé de stress. Le tissu social doit être complètement revu. Il faudrait rétablir les normes et les valeurs qui ont tendance à se perdre.
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