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Gare à l?arnaque à la charité !

6 août 2006, 00:00

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«Mon c?ur se déchirait en la voyant ainsi. Elle, qui n?avait rien et qui allait bientôt accoucher. Nous lui avons donné tout ce que nous pouvions », déclare Sweety, 25 ans. Enceinte de sept mois, elle rendait visite à ses beaux-parents quand quelqu?un frappe à la porte. Une jeune femme enceinte lui lance alors un cri de désespoir :

« Elle disait qu?elle allait bientôt accoucher et qu?elle n?avait pas de quoi nourrir son enfant. Nous étions attristés. J?ai pris des vêtements, de la layette, du lait, des couches que j?avais achetés en prévision de l?arrivée de mon bébé. Ma belle-mère a tout mis dans une grosse valise et lui a remis Rs 500. La jeune femme nous a remerciés, puis elle est partie. »

Quelques instants plus tard, le beau-père se rend à la boutique. Et là, stupeur ! La mendiante est à l?arrêt d?autobus, valise en main mais? sans ventre ! Rebroussant chemin, il avertit son épouse, qui s?empresse d?arriver.

« Quand ma belle-mère l?a interrogée sur sa pseudo grossesse, elle a prétendu que c?était sa s?ur jumelle qui mendiait, avant de prendre la poudre d?escampette », raconte Sweety. Ahurie, indignée, révoltée, la jeune femme n?arrive toujours pas à croire qu?elle a été escroquée alors qu?elle voulait être généreuse.

Un arsenal pour apitoyer

Ces sentiments animent également Kaviraj, 22 ans, responsable d?un groupe de jeunes. Attendri par la détresse d?un homme, fébrile et maigrichon, mendiant dans l?autobus, il veut l?aider : « Il devait s?agripper à la barre pour monter les marches et peinait à se déplacer. On voyait une sorte d?attelle qui soutenait sa jambe plâtrée. Il parlait avec une voix saccadée, disait qu?il était gravement malade et qu?il avait besoin d?aide. Plusieurs fois, je lui ai donné de l?argent et puis un jour, j?ai décidé de l?assister ainsi que les autres membres du groupe. »

Mais Kaviraj n?aura même pas le temps de parler au « malheureux » car ce dernier avait disparu dans la nature. Son état s?est-il aggravé ? La maladie l?a-t-elle emportée ? Ces questions taraudent l?esprit de Kaviraj. Et deux semaines plus tard, la réponse est là. Kaviraj fait quelques achats à Port-Louis quand il aperçoit le mendiant. Fringant, ce dernier marche avec beaucoup d?entrain, sans attelle, et grille même une cigarette ! Kaviraj est médusé et reste bouche bée !

Comme eux, beaucoup de bons samaritains se font ainsi avoir. « Ces cas d?arnaque à la charité sont fréquents, mais les gens ne portent pas toujours plainte, car ils ont honte d?avoir été ainsi dupés », confie Taleb Sulyman, responsable de la Crime Prevention Unit. Ces escrocs sont omniprésents. Certains évoluent entre les gares d?autobus, dans les quartiers résidentiels, les abords des marchés ou des lieux de culte. Pour se faire de l?argent, ils affichent une mine déconfite, déchirent ou salissent leurs vêtements, clopinent ou portent des pansements. Puis vient une belle et sombre histoire. Parfois, c?est une maladie qui les torture sans relâche. Ou alors c?est la pauvreté qui les a plongés dans la détresse. Ils forcent même le trait en évoquant une ribambelle d?enfants qui sont dans le besoin. Bref tout un arsenal pour apitoyer.

« Et face à tout cela, l?être humain est forcément interpellé. Il a des émotions qui le poussent à essayer d?apaiser la détresse de l?autre. Nous sommes touchés par l?apparence de la personne qui semble être en difficulté. Mais en vérité, ces indélicats escroquent et s?enrichissent, ou alors ils le font pour acheter de la drogue ou de l?alcool », poursuit notre interlocuteur.

Aujourd?hui, ils déploient de nouvelles méthodes pour susciter la pitié, par exemple, les faux permis pour collecter des fonds au bénéfice d?une intervention chirurgicale. Laval, un père de famille, en a fait les frais au début de l?année. Sa fille, malade, doit être opérée. Il entame des démarches pour obtenir l?aval de la police et faire une collecte. L?autorisation lui est accordée jusqu?au 8 avril 2006.

Entre-temps, il contracte des emprunts pour pouvoir financer l?intervention, qui a eu lieu quelques semaines plus tard. Il se dit que le pire est passé ! Hélas, lors de la collecte, des individus en ont fait une photocopie et ont modifié la date avant de poursuivre la collecte, pourtant déjà terminée !

« Zot pe dir ki mo ti fi bizin reoperé. Zot finn sanz dat pou 9 juin, apre le 9 juillet. Ena pe passe sa papie la dans Roches-Brunes, Beau-Bassin ek Rose-Hill. Pendant troi moi, mo fine kass moi en kat, mo finn pran loan pour ed mo ti fi et aster la ena eskro ki pe fer cash are fos papie », déplore-t-il.

Ces faux documents peuvent d?ailleurs être facilement réalisés sur ordinateur. Kiran, 26 ans, ancien toxicomane, en avait fabriqué plusieurs, pour s?approvisionner en drogue, quelques années plus tôt. « Mo ti dir ki mo ti malad et mo bizin opere. Monn fer sa lor computer et monn donn mo bann kamarad ti pe pass sa partou kot kapav. Nou ti pe bien gaigne cash », confie-t-il.

Il a interrompu cette mise en scène lorsqu?il s?est retrouvé nez à nez avec une connaissance qui l?a dénoncé à la police.

Mendier est un délit

Ce type de supercherie est très répandu actuellement et ces gens sont dans la plus totale illégalité. « Pour toute collecte publique, il faut un permis. Que ce soit pour financer une intervention ou pour une institution charitable, c?est obligatoire », déclare Taleb Sulyman. D?après les dispositions du Public Collections Act, toute personne qui fait une quête sans permis ou avec un faux, encourt une amende n?excédant pas Rs 5 000 et une période d?emprisonnement ne dépassant pas une année.

L?article 330 du code pénal prévoit également des sanctions à cet effet. Cette loi stipule que tout individu qui se fait remettre ou délivrer des fonds, des meubles ou des obligations, dispositions, billets, promesses, quittances ou décharges, et aura par un de ces moyens escroqué la totalité ou partie de la fortune d?autrui, sera puni d?une peine de prison qui ne dépassera pas 10 ans et d?une amende qui n?excédera pas Rs 50 000.

Selon notre interlocuteur, mendier constitue également un délit si la personne n?est pas dans le besoin. Ceci en fonction de l?article 196 du code pénal. Il y est dit que toute personne qui sera prise en train de mendier, sera punie d?un mois d?emprisonnement s?il existe un refuge pour la recueillir ou si elle est apte à travailler. Mais si un tel établissement n?existe pas, les mendiants valides seront punis d?un emprisonnement de 15 jours.

Il convient donc d?avoir l??il pour ne pas se laisser berner. Car derrière ces mendiants qui poussent leur cri du c?ur, se cachent des comédiens qui escroquent votre générosité !

ÉVITER DE SE FAIRE PIEGER

Voici quelques conseils pratiques pour ne pas tomber dans le panneau des arnaqueurs à la charité :

● Ne croyez pas tout ce que vous dit le mendiant. Il va tout mettre en ?uvre pour vous apitoyer.

● S?il s?agit d?un permis de collecte publique, demandez même à le voir de plus près. En général, si c?est un faux, la personne va inventer une excuse pour ne pas vous le montrer.

● Si le permis ne semble pas être un original ou ne comporte pas le tampon de la police,ne faites aucun don.

● Si des mendiants viennent frapper à votre porte, évitez de sortir. Mieux vaut leur parler à travers la fenêtre car certains peuvent chercher à vous attirer hors de la maison ou détecter les systèmes de sécurité, pour vous cambrioler ensuite.

● Si une personne est louche et persiste pour que vous lui donniez de l?argent, n?hésitez pas à alerter un voisin ou la police.

148

C?est le nombre de cas d?escroquerie enregistrés de janvier à juin 2006. La « Crime Prevention Unit » classe aussi les escroqueries à la charité comme des plaintes de « swindling ». Il faut savoir que cette instance a recensé 379 cas en 2004, et 316 en 2005.

LE PERMIS

Toute personne qui souhaite effectuer une collecte publique, doit obligatoirement avoir le feu vert du commissaire de police (CP). Pour ce faire, il faut lui envoyer une lettre, lui expliquant les raisons et les bénéficiaires de la quête, au moins quinze jours avant le début de la collecte.

À la réception de la lettre, une enquête est effectuée par la police et lorsqu?il y a attestation de la nécessité de faire la collecte, le commissaire de police fait émettre un permis. Sur celui-ci, doivent obligatoirement figurer le nom de la personne qui fera la collecte, une copie de sa carte d?identité, la date du démarrage et de la fin de la collecte, le nom du bénéficiaire, la signature du CP et un sceau rouge de la police.

Aucune photocopie n?est autorisée. Si vous êtes plusieurs à vouloir réaliser la collecte, il faudra, faire une demande pour chaque personne. Seul le CP est habilité à émettre ce permis. Le ministère de la Santé entre autres, ne peuvent que référer les cas à la police mais en aucun cas donner une autorisation par écrit.

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