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Le pouvoir de l?alliance

5 août 2006, 00:00

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par Aline GROËME

Ils attendaient ce jour depuis longtemps. Comme un aboutissement. Passage obligé qui n?arrive qu?une fois dans une vie. Celui du premier renouvellement de leur alliance. Elles étaient nombreuses à Ébène, les jeunes mariées immédiatement identifiables dans leur sari aux froufrous blanc, rouge et or.

Selvina et Rajen Coochanah se sont unis en décembre. Huit mois de bonheur pour ces mariés au sourire encore adolescent. Une première expérience vécue sur les berges de la rivière Ébène, le jeudi 3 août, date propice pour l?aadi.

«Nous étions impatients», raconte Rajen, 20 ans. «C?est la première et dernière fois que l?on va vivre cette cérémonie comme si c?était le jour des noces», ajoute Selvina, 19 ans. «Apre ou kapav fer li dan lakaz si ou le. Me sa zour la, ou bizin vinn dan bor larivyer.» Le flot de l?eau symbolisant ici le cours de la vie.

Timidement, ces jeunes mariés de Belle Vue Harel ? qui insistent qu?ils veulent respecter la tradition à la lettre, qu?ils tiennent à ces repères transmis par leurs parents ? nous expliquent qu?ils ont précieusement conservé les habits du plus beau jour de leur vie, pour les porter à nouveau le jour de l?aadi ou renouvellement du cordon jaune que l?épouse porte autour du cou.

Alors qu?ils nous racontent brièvement leur histoire d?amour ? comment Rajen a fait le trajet jusqu?à Quatre-Bornes aussi souvent que possible pour voir sa bien-aimée, comment il a fréquenté Selvina pendant trois ans avant mo rant kot li», comment ils se sont mariés un an plus tard ? des sonos diffusent des chants dévotionnels à tue-tête.

C?est que le jour de l?aadi est une fête familiale pour les Tamouls. Une célébration qui prend des allures de kermesse, car y participent aussi les vendeurs de gato ros, d?adulson, de gato patate ou de merveilles croquantes servies avec une généreuse cuillerée de satini.

S?empresser pour ne pas rater l?heure propice

C?est en haut des marches menant au bord de l?eau que les marchands ont installé leurs échoppes. D?un côté, le rayon alimentaire. Majoritairement des sucreries, mais aussi des rotis plus consistants pour apaiser les fringales de ceux qui se sont empressés de venir pour ne pas rater l?heure propice.

Tout est disponible sur place : guirlande de fleurs artificielles piquées sur des pinces à cheveux prête à servir. Sur un fil, des aadi dans différents tons de jaune et aux tissages variés, attirent les couples. Dans les plateaux, la chair ferme des bananes se cogne aux noix de coco. Les pommes rouges partagent l?espace avec des oranges. Un décor tout entier enveloppé dans une entêtante odeur d?encens.

Rien n?est laissé au hasard en ce jour opportun. Chaque couple a au préalable consulté l?achagar (le prêtre) qui leur a prescrit l?heure à laquelle ils doivent accomplir les rites. Il est plus de 10 heures. Selvina et Rajen ont fini.

Apaisée et heureuse, Selvina, le visage badigeonné de safran, est une épouse rayonnante. Elle n?a pas oublié de ressortir la guirlande qu?elle portait le jour de son mariage. Des fleurs mortes déposées sur une feuille de banane. Ce petit radeau poussé dans l?eau pour être emporté par le courant. Ouf, tout va bien. Les rochers qui affleurent à la surface de l?eau n?ont pas arrêté la course de ce radeau symbolique.

Patricia et Pravin Govindarajee de Quatre-Bornes, eux, ont eu moins de chance. Ils ont retenu leur souffle quand la feuille de banane a buté contre un rocher pendant de longues minutes, avant de reprendre sa course. Est-ce le signe de difficultés futures ? Qu?à cela ne tienne, gracieusement drapée dans son sari blanc bordé de rouge et or, Patricia est plongée dans ses souvenirs du 30 avril, jour de ses épousailles.

Et si le fond de l?eau à ébène n?est pas aussi clair que les couples l?auraient souhaité ? cadavres de bouteilles en plastique, pots de yaourt, vieux journaux jonchent le lit de la rivière ? cela n?empêche pas les mariés d?exprimer leur piété.

Seul le taali, cordon jaune qui sert d?alliance, compte. Une alliance qui, pendant la première année de mariage, n?est ornée que d?un seul bijou en or. Au jour du renouvellement, l?épouse reçoit deux autres pièces en or symboles additionnels de son statut de femme mariée.

Des morceaux de pierre jaune que Davida Kuppusami attend depuis deux ans. Si elle a épousé Mervin en décembre 2003, ses deux accouchements successifs l?ont empêché d?accomplir les rites. C?est donc après trois ans de vie commune qu?elle reçoit un taali tout neuf. éclatant comme son amour.

«Taali» ou l?inventaire de la vie

Le taali, cordon jaune porté par l?épouse, est un «bijou sacré offert par l?époux durant la cérémonie de mariage». C?est le swami Govinda Rajen Payaniandy Gurukal, prêtre au kovil d?Ébène qui nous explique le sens des rites de l?aadi. Il poursuit en citant le sage Tiruvalluvar, auteur du long poème épique qu?est le Tirukural. Il a dit que «L?amour et la pratique de la vertu dans la vie conjugale sont les récompenses de cette vie.»

Le swami continue : «Quand l?épouse le porte, elle est un avec son mari, comme la fleur et le parfum, comme le lait et sa blancheur.» Un cordon safrané qui symbolise également «la transparence qu?il faut avoir dans la vie du couple, que ce soit en action, en parole et en pensée».

Le jour de l? aadi, c?est un «inventaire de la vie d?un couple. Il repense à tout ce qu?il a vécu. Le cordon porté pendant un an est épuisé, que ce soit par le bain et par les actes, ainsi que par les contrariétés du quotidien. L?échanger, c?est commencer une nouvelle ère dans la vie à deux, que ce soit celle de jeunes mariés ou des vieux couples.»

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