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Vacheries
J?ai toujours pensé qu?il y avait une certaine discrimination à l?encontre des vaches. Ainsi, pourquoi n?a-t-on jamais entendu parler de vaches-vapeur, ce glorieux privilège étant réservé aux équidés. Est-ce que vous trouvez cela équidable ? Les vaches sont-elles tellement occupées à émettre des meuhs d?amour envers les taureaux qui leur font un effet boeuf, qu?elles n?ont pas le temps d?avoir des vapeurs ? Et cette préférence en faveur des chevaux, est-ce par affinité avec les hommes qui, comme eux, n?ont pas de cornes, du moins visibles ? Est-ce parce que, comme il se chuchote, le Turf Club, ne pouvant résoudre toutes les dissensions internes, bien qu?il ne soit à cheval dit-on que sur ses principes, se préparerait à donner le droit de vote aux bourrins ? C?est sûrement cela, ?Thinking out of the box? et henni soit qui mal y pense.
Le mot vache est indûment péjoratif surtout pour l?industrie sucrière qui à l?issue du dernier festival de cannes est toujours considérée comme la vache à lait du pays. C?est injuste et les grosses dames physiquement incontournables qu?on afflige de ce nom en savent quelque chose, elles que la nature a gratifiées d?une amplitude qui devrait au contraire faire l?admiration de tous. Bien sûr, si une d?elles s?affale sur vous dans l?autobus ou qu?elle vous serre au point où vous n?arrivez plus à distinguer entre sein doux, saindoux et airbags, il n?y a pas d?autre solution que de respirer à tour de rôle, sinon bonsoir mammaire.
Mais réjouissons-nous si, en parlant d?une vache devant un Mauricien, la première image qui lui vienne à l?esprit n?est pas celle d?une dame trop enveloppée mais d?une honnête remâcheuse à l?oeil torve, un peu mélancolique depuis qu?on a aboli le chemin de fer sans qu?on soit sûr de voir de notre vivant le métro léger, ce faux train qui lui restituerait sa distraction favorite. Notre remuant ?self-appointed? commerçant international, qui est maintenant dans le gasoil et le tank à deux coques, avait bien essayé de remplacer notre lait en poudre par du lait à mules mais les clients ont préféré prendre à la place la poudre d?escampette.
Aussi, suis-je bien heureux qu?on ait décidé de recommencer l?élevage et de rendre ses lettres de noblesse à cette descendante de bisons futés qui nous laissera aller de pis en pis, bravant le décollement de la tétine et sans ruminer aucune vengeance. Évidemment, il y a toujours le risque de la vache folle qu?on ne peut ? aliéner mais nous sommes un peuple admirable et plein d?initiative et j?imagine déjà une cérémonie à la télé avec coupage de ruban, ministre enguirlandé (de fleurs, malheureusement) très zébu par l?occasion, entouré de gardes du corps à qui en France on crierait ?Mort aux Vaches?, avec discours et fanfare, inaugurant une annexe bovine à Brown Sequard. Je vois très bien au premier plan une Blanchette ou une Noiraude, selon vos préjugés, des fleurs de lys, rouges bien sûr, aux oreilles, souriant de toutes ses dents, bref faisant pâlir d?envie la Vache qui rit jaune.
Ce n?est pas pour être rétro-visionnaire, mais les anciens se souviendront de la livraison de lait à domicile ce qui était extrêmement agréable, pour la ménagère du moins, mais pas pour le malheureux cycliste pédalant péniblement, son encombrant bidon entre les gambettes, redoutant la perspective de terminer sa journée avec des jambes en arceaux, à l?extrême limite de l?évasement, comme un cornac descendant d?un mammouth.
Et je ne peux m?empêcher de penser que c?était pour lui une existence particulièrement dure, capable de faire mentir l?adage selon lequel: à chacun son laitier et les vaches seront bien gardées.
VOLCY
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