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Le virage
Beaucoup veulent jeter le discrédit sur le Mouvement rodriguais, parce que ce parti prend les commandes de la dépendance après un cafouillage politique. Ce n?est pas juste. A un moment où cette île vit une rupture radicale avec son passé et où le jeune chef commissaire Roussety amorce un virage important pour la population rodriguaise, il faudrait plutôt créer les conditions pour qu?il réussisse.
Le MR est fustigé pour l?accueil qu?il réserve à deux transfuges. Mais les changements d'allégeance ne sont pas un crime en politique. C?est seulement quand ils sont le résultat de marchandages entre politiciens sans scrupules qu?ils sont révoltants. Or, les récentes défections au sein de l?OPR ne sont pas la conséquence de tractations durant lesquelles des faveurs ont été sollicitées en échange d?un changement de loyauté.
En fait, tout part d?une interview donnée par le leader de l?OPR, Serge Clair, à ?l?express? en avril dernier. ?Il y a des commissaires indisciplinés?, s?exclame-t-il alors en parlant de ses propres collègues. ?Il y a parmi les commissaires ceux qui ne faisaient pas partie des structures du parti, constituées alors de gens simples et qui ont été rejoints par la suite par des enseignants?Ces personnes n?ont pas suivi la discipline du parti. Elles ont commencé à mener un train de vie qui ne reflète pas la ligne du parti. Certaines ont construit une grande maison à étage tout comme celle qui a commencé à faire des excès après une beuverie.?A partir de là, on pouvait sans difficulté prévoir la suite des événements.
C?est le Parlement mauricien qui a été le théâtre de transfugisme digne de mépris. Des députés sont passés d?un bord à l?autre pour des raisons obscures. Par exemple, les élus MMM qui s?étaient ralliés au PTr de Seewoosagur Ramgoolam vers la fin des années 70 l?avaient fait pour des raisons peu transparentes. Plus récemment, on a eu la pirouette des députés Guimbeau et Allet, deux élus de l?alliance MSM-MMM qui ont rejoint les rangs de la majorité alors qu?on ignore la raison de leur démarche. Bien sûr, ils invoquent l?intérêt supérieur de la nation, mais personne ne les croit.
Il faut reconnaître que dans le cas des deux démissionnaires de l?OPR, Robertson Mercure et Marie Lindsey Castel, il n?y a aucun mystère. La cause de leur irritation était connue. L?enchaînement des événements était prévisible et l?éclatement du gouvernement régional était inévitable. En outre, il n?y a pas forcément d?entorse à l?éthique quand un politicien, en désaccord avec son parti, décide d?adhérer à une formation adverse. Le plus grand spécialiste mauricien des lois électorales, Rama Sithanen, disait récemment que seuls les élus à la proportionnelle devraient être soumis à une éventuelle loi anti-transfuge.
Les péripéties politiciennes oubliées, c?est l?avenir de la population rodriguaise qui devrait revenir au centre des préoccupations des dirigeants de l?île. Un chemin important a été parcouru depuis l?avènement de l?autonomie, il y a bientôt quatre ans. De nombreux projets ont été réalisés. Certes, la personnalité de Serge Clair et ses méthodes monarchistes ? dont l?usage du pronom ?nous? en parlant de sa personne ? n?ont pas aidé à créer une bonne entente dans l?île mais globalement l?autonomie compte un bilan positif.
Johnson Roussety, lui, privilégie l?économie et promet d?attirer plus de 100 000 touristes dans son île. Il aura assez de mal à réaliser sa folle ambition, ne lui compliquons pas davantage sa tâche.
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