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Défendre les libertés
C?est une grenade conçue pour attaquer le droit des citoyens à l?information. La Media Commission est lancée officiellement. Le Premier ministre suppléant a confirmé hier au Parlement l?avènement de cet organisme et l?élaboration d?une nouvelle loi sur les médias. Cela ne saurait tromper personne : l?intention du pouvoir est de rétrécir la marge de liberté de la presse, pas de veiller sur la qualité de l?information.
La démarche du gouvernement est suspecte car il n?y a pas lieu de revoir les lois existantes. A bien des égards, l?arsenal juridique qui protège les citoyens de la diffamation est déjà plus répressif que celui qui existe dans les pays qui sont nos références en matière de démocratie. Les juges appliquent avec rigueur les sanctions prévues à l?encontre des journalistes qui ont enfreint ces lois. Celles-ci protègent déjà adéquatement les citoyens et, surtout, les politiciens. Toute tentative de durcir ces lois et de ?discipliner? les journalistes ne peut que procéder d?une volonté de voir une presse aux ordres.
Le Media Trust, organisme qui était géré jusqu?ici par des journalistes, sera appelé à disparaître. Le Premier ministre par intérim a signifié, hier, son intention de le mettre sous l?éteignoir : ?The role and function of the Media Trust may have to be revisited in the light of the new legislation?. Les professionnels de l?information ne sauraient rester longtemps impassibles face à ces brimades. Quelques heures après la déclaration du Premier ministre par intérim, le rédacteur en chef de ?l?express-dimanche?, Nad Sivaramen, soumettait sa démission du Media Trust. Il craint d?avoir à servir au sein d?une Media Commission contrôlée par des hommes nommés par le pouvoir.
Tout indique que cette commission aura pour vocation d?étouffer la liberté de la presse. En tout cas, sa création fait suite à des attaques contre la presse par des politiciens qui dans des accès de paranoïa, accusent les journaux nationaux d?avoir des agendas cachés. Chaque information gênante pour le pouvoir est citée comme une preuve des ?motivations partisanes? de la presse. La nouvelle loi va probablement contraindre les journaux à ressembler à la MBC et à diffuser que des communiqués officiels.
Si nous sommes parvenus à une telle situation, et si c?est une commission dirigée par des nominés politiques qui régulera l?activité journalistique, c?est aussi la faute aux journalistes. Depuis des années, les plus prévoyants d?entre nous appellent les membres de la profession à mettre sur pied un organisme d?autorégulation afin de ne pas donner un prétexte aux politiciens pour dicter à la presse sa conduite. L?idée d?un organisme géré par des journalistes n?a pas plu à certains journalistes trop soucieux de leur liberté. Désormais ils auront affaire à des censeurs de l?État !
Il est encore possible de réagir face aux menaces qui pèsent sur la presse. Si la Media Commission devait effectivement absorber le Media Trust, rien n?oblige les journalistes à accepter qu?un organisme d?État s?occupe de leur formation. Les entreprises de presse peuvent contourner la commission et créer leur propre institut de formation pour prendre la relève du Media Trust. Le groupe auquel appartient ?l?express?, La Sentinelle Ltée, soutiendra par tous les moyens ce projet.
Mais, au final, bien plus que des organismes de régulation, c?est le lecteur qui demeure juge du rôle des journaux. Dans une société démocratique, c?est lui et pas les censeurs, qui décide quels journaux exercent leur fonction avec responsabilité.
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