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Ambiance tendue après la victoire de James Michel
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Ambiance tendue après la victoire de James Michel
Saint-Louis, 13 h 30. Une pluie fine tombe sur Mahé alors que nous nous garons devant la porte d?entrée de Wavel Ramkalawan, le leader de l?opposition des Seychelles, battu à la présidentielle de dimanche. Regard déçu, visage préoccupé, ?Father?, comme le surnomment les Seychellois, nous accueille tout de même avec un franc sourire.
A peine assis, le téléphone mobile de notre hôte se met à sonner. Ramkalawan le regarde, puis le réduit au silence. A l?autre bout, on persiste. Il décroche. ?Esaye calme lespri mo ser. Meyer se ki zot tou sorti laba. Fer tou ale kot zot. Mo ti dir zot pa sorti dehors ozordi?, dit il d?un ton qui trahit l?agacement.
Une bagarre a éclaté à Anse- Raffin entre partisans du Seychelles Peoples Party Front (SPPF) qui a remporté la présidentielle par 54 % de voix et ceux du Seychelles National Party (SNP), son parti à lui qui en a récolté 46 %. La police est intervenue. Elle aurait tiré des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène avant d?investir les maisons des partisans du SNP, à la recherche de fauteurs de trouble.
Alors même qu?il prend la mesure de la situation, un activiste du SPPF crache dans une porte voix à partir d?un véhicule qui tourne autour : ?Ramakalwan, nou pou met dife dans to lakaz !? Matraque à la main, les gorilles postés dans la cour de la résidence du leader de l?opposition commencent à s?agiter.
?Qu?ils montent donc !? lâche le maître des lieux au garde du corps venu discuter de la marche à suivre avec lui. A l?intérieur de la maison, la famille du candidat battu continue de regarder la télévision comme si de rien n?était?
Vu du camp SNP, la journée de lundi avait tout l?air d?être sous couvre feu. Partisans et activistes sont restés chez eux par souci de sécurité alors que les activistes du SPPF sillonnaient les rues de Mahé, vêtus du rouge sang de leur parti et lançant leur cri de guerre à la fois moqueurs, jubilants et provocants: ?JJ !? (pour James Michel et son adjoint Joe Belmont).
Réjouissances pour les uns. Martyr pour les autres. Aux Seychelles hier, il importait de se rappeler à quel bord politique on appartenait. L?oublier et s?aventurer dehors équivalaient à s?exposer à de la provocation et possiblement à de la violence du SPPF.
Ainsi, on a failli en venir aux gourdins et à la matraque devant le quartier général du SNP quand un groupe de Rouges est venu narguer ceux présents sur place. Peu avant, un jeune couple a fait tout le chemin jusqu?à Victoria pour se faire soigner d?entailles infligées à l?arme blanche dans le village de Port-Glau. Dans l?après-midi, une escarmouche à la hauteur de Bel-Air a ramené sur les lieux deux fourgonnettes remplies de soldats qui ont dispersé le groupe d?activistes des deux bords qui se confrontaient.
C?était pour ainsi dire le scénario de la journée d?hier, décrétée congé public afin de permettre au parti victorieux de célébrer. Les rues étaient désertes à l?exception de ces ?motocades?. Les commerces étaient sagement fermés, du moins jusqu?à l?après-midi quand les portes ont été entrouvertes pour laisser passer l?alcool.
?Cette nuit va être très longue. A mesure que l?alcool coulera, les esprits s?échaufferont et qui sait ce qui peut se passer ? J?ai intimé à mes partisans de laisser la scène à ceux du SPPF. Ce moment est le leur. Mais en même temps, je peux comprendre qu?ils veuillent eux aussi s?exprimer. Après tout, nous avons recueilli 46 % de votes?, confie Ramkalawan. Selon lui, toutefois, les dérapages et scènes de violence auraient été pires si le SNP avait lui aussi organisé son ?motocade? ou s?il avait gagné la présidentielle.
De son côté, James Michel a appelé à la célébration dans le calme et la paix. Il a dirigé un rallye à travers Mahé pour remercier ses sympathisants. Le SPPF prévoit des activités plus importantes durant ce week-end pour célébrer une victoire qui, selon le président Michel, a été difficile dans la mesure où ?toutes les forces étaient contre ce parti?. Il récuse la perception de violence dont souffre son parti et se positionne comme l?apôtre de l?unité nationale. ?Je serai le président de tous les Seychellois?, dit-il.
Ramkalawan ne semble guère convaincu de la sincérité de son adversaire et il n?a pas mâché ses mots pour le lui dire dès l?annonce des résultats hier. ?Vous dites de belles paroles, mais ces deux dernières années nous ont prouvé qu?on ne peut pas trop s?y fier. J?espère que cette fois ce sera différent. Que vous honorerez vos engagements de justice, d?égalité et d?équité?, a-t-il lancé.
Ramgoolam à Mahé
Le nouveau président des Seychelles prête serment aujourd?hui. Il a convié les chefs de gouvernement des pays de la région à la cérémonie dans un esprit d?ouverture et de consolidation des liens d?amitié avec les voisins.
Le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, a répondu à l?invitation et est à Mahé depuis hier soir.
La prochaine échéance électorale pour les Seychelles est pour dans quelques mois, quand se tiendront les élections législatives pour élire les trente membres de l?Assemblée nationale. Wavel Ramkalawan n?écarte pas la possibilité que la date soit annoncée pour d?ici un mois ou deux et ce, pour des raisons de stratégie politique. De fait, les Seychelles entrent de nouveau en campagne électorale. Et ce dès aujourd?hui.
Shyama SOONDUR (des Seychelles)
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