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« Une question à la fois complexe et délicate »

23 juillet 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

David Jammookeeah directeur à la Bradford University.

Faut-il accorder le droit de vote aux Mauriciens de la diaspora ?

C?est une question très délicate. Avant qu?une décision ne soit prise, il faudrait qu?une discussion sérieuse soit engagée entre le gouvernement et la diaspora mauricienne afin de cerner les implications, à mon avis très importantes. J?ai une position assez neutre sur cette question. Je reste attentif à toutes les propositions qui pourraient émerger lors des débats.

Quelles sont les conditions pour l?application de cette proposition ?

Il faudra d?abord savoir sur quelle base cette idée pourrait évoluer. Il me semble qu?il faudrait un niveau d?engagement au service du pays. Le mot clé devrait être la somme et la qualité de l?engagement, que ce soit au niveau économique, éducatif ou autre. Être actif et aider le pays par un engagement concret, pas par proxy. Mais j?insiste sur le fait que cela devrait faire l?objet d?une discussion sérieuse. Des implications légales et des problèmes juridiques vont se poser, car il s?agit de notre statut légal dans nos pays d?adoption. Je reconnais que je dois aider mon pays qui m?a nourri et m?a aidé à grandir. Mais, je pense que chaque membre de la diaspora vit sa réalité économique, sociale et culturelle dans son pays d?adoption. Et ce serait faire preuve de manque de vision si on faisait un amalgame de toutes ces réalités. Chacun devrait réfléchir sur la question.

Et vous, que faites-vous pour contribuer au développement de votre pays ?

Je collabore étroitement avec l?université de Maurice. J?aide dans des programmes de formation et l?élaboration de certains projets. Savez-vous qu?en venant ici je perds £ 1 200 par jour, mais cela ne me gène pas, car je veux aider mon pays. La diaspora peut aider au développement des villages et il faudrait que la population voit des actions tangibles sur le terrain et ainsi créer la confiance.

Pourquoi cette réserve sur la diaspora mauricienne ?

Il faut être réaliste. Nous savons dans quelles conditions certains ont quitté le pays. Il n?a pas été facile de s?en aller. Chacun a sa propre histoire. Il ne faudrait pas que certains à leur retour refassent les mêmes expériences d?avant leur départ. C?est pour cela qu?un débat s?impose afin de lever toutes les ambiguïtés et que les membres de la diaspora puissent aider au développement du pays.

Anil Gayan politicien et juriste.

Êtes-vous pour le droit de vote aux immigrés de la diaspora ?

La diaspora reste la diaspora. Je crois que la question de droit de vote pour cette dernière est un red herring. La diaspora ne doit pas conditionner son engagement pour le pays en fonction du droit de vote.

Des réserves ont été exprimées ici et là sur cette question. Votre sentiment ?

Il faut bien comprendre que Maurice n?est pas le seul pays au monde qui fait appel à la diaspora. Quand l?on voit comment l?Inde traite le sujet de la diaspora, c?est plus une question d?investissement matériel et intellectuel que de droit de vote. J?ai l?impression que s?il n?y a pas de droit de vote, la diaspora mauricienne ne sera pas intéressée à s?installer. La question du droit de vote a faussé le débat.

C?est une question éminemment politique à votre avis ?

Je reconnais que Maurice est un pays très politisé et le droit de vote devient la condition sine qua non de tout engagement et de toute réflexion. Cela ne devrait pas être la question fondamentale. La diaspora devrait savoir comment on a traité un investisseur mauricien en l?occurrence Harry Sookhun, qui a fait revivre la First City Bank avec ses investissements en millions de livres sterling. La diaspora risque de se poser la question sur la crédibilité et la « predictability » des déclarations politiques. Il y a un langage et une attitude qui sont diamétralement opposés. La parole ne suit pas toujours les actes.

Mais la diaspora est sensible au devenir de ce pays. Pourquoi ne pas lui tendre la perche ?

De quoi la diaspora est en train de nous parler ? Quelle contribution économique pourrait-on attendre d?elle à un moment où beaucoup de Mauriciens délocalisent car la communauté des affaires n?a plus confiance dans le pays ? Est-ce le moment d?inviter la diaspora à investir dans le pays ?

Quelles sont les conditions pour assurer la participation de la diaspora mauricienne ?

La première condition, c?est que l?on cesse avec la vengeance politique. Il faut qu?on déclare publiquement que la politique de « leve paké allé » est morte. Qu?il n?y aura plus de vendetta politique et qu?on ne va pas traiter les ressortissants en fonction de leur appartenance et de leurs amitiés politiques, mais plutôt par la qualité des profils donnés.

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