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Rallyes clandestins : La nuit de tous les risques
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Rallyes clandestins : La nuit de tous les risques
La route déserte fait office de piste sur 400 mètres. Deux bolides, une Subaru Impreza et une Mercedes AMG, s?alignent sur les deux voies. Ronflements agressifs des moteurs, beaucoup de bruit pour impressionner l?adversaire.
Au signal, ils détalent sur des crissements de pneus et quelques secondes après passent une ligne d?arrivée à plus de 180 km/h !
La Mercedes remporte le duel sous les acclamations de la petite foule, tandis qu?à l?autre bout de la piste, deux autres véhicules s?alignent déjà pour s?affronter. Ces duels mécaniques se poursuivent jusqu?aux petites heures du matin?
Il est devenu coutume dans le cercle fermé des amateurs de drags de se donner rendez-vous chaque samedi soir aux alentours de 23 heures, alors que l?île Maurice s?endort graduellement. Le lieu de rendez-vous, habituellement un coin retiré de l?île, est choisi avec beaucoup de précaution. Il ne faut absolument pas éventer le lieu. Car ces courses de voitures sont illégales.
Une question d?argent et d?ego
Ces courses semblent directement inspirées des éléments du film Fast and Furious et se déroulent chaque week-end depuis deux années déjà. Au départ, c?était une poignée de copains férus de tuning qui « testaient » leur engin, mais petit à petit le cercle s?est agrandi et aujourd?hui, c?est devenu une question d?argent, d?ego, d?insouciance, donc de danger?
« Nous avons le choix entre plusieurs sites : La Nicolière, La Marie, Midlands ou Grand-Bassin. D?habitude, nous nous décidons le jour même et faisons passer le mot de bouche à oreille », confie l?un des organisateurs. La prudence et la méfiance sont les maîtres mots et la décision du point de rendez-vous ne circule que par SMS dans un premier temps. « Nous changeons de sites régulièrement pour des raisons évidentes. Si nous entendons dire que des bruits de moteurs ont été entendus pendant la nuit aux alentours d?un site, nous évitons cette piste pendant un certain temps. »
Les voitures impliquées sont de toutes catégories, de gros bolides tels que des Mercedes, Mazda RX8, Subaru ou encore des véhicules moins puissants, sans « tuning » (modification visuelle ou mécanique des voitures) quelconque. Toutefois, il précise vite que le but de ces courses n?est que « pour le fun », et non pour l?argent comme certains pourraient le croire.
Mais il arrive que l?enjeu des drags prenne une tournure sérieuse et les paris avoisinent les Rs 1 000 par course.
Pour des raisons évidentes, les organisateurs s?arrangent pour surveiller les mouvements et descentes éventuels des policiers dans le périmètre du site où se déroule le drag. Si certains avancent que les policiers seraient au courant de ces courses, notre confident se montre évasif en déclarant « qu?il est possible » qu?ils aient des contacts dans la police.
Contacté à ce sujet, un sergent de la Police des Transports affirme que c?est la Traffic Branch qui s?occupe de tels cas. Ces derniers déclarent ne pas être au courant de ces activités nocturnes.
« Nous ne dérangeons personne »
Interrogé sur ce phénomène, Rajesh Ramdenee, ancien champion de rallye (officiel bien-sûr !) et grand amateur de grosses cylindrées, explique que
« Le tuning est à la mode depuis plusieurs années. Maurice est un petit pays, mais il est dommage qu?il n?y ait pas de piste officielle, offrant toutes les normes de sécurité. Ces jeunes sont amateurs de voitures et de vitesse, mais où pratiquer cette passion ? Mais je tiens à dire que je suis contre toute manifestation de courses illégales, ces jeunes se montrent un peu trop inconscients. »
L?inconscience de ces jeunes se traduit souvent par les bagarres et accidents mineurs mais fréquents entre ceux qui ont du mal à gérer la montée d?adrénaline que procurent les événements. Cependant, les organisateurs disent que tout accident est réglé à l?amiable et les bagarres s?éteignent aussi vite qu?elles éclatent. Même s?ils connaissent les risques qu?ils encourent, les organisateurs se défendent en affirmant « nous ne faisons que nous amuser et les drags se font loin de toute région résidentielle. Nous ne dérangeons personne ».
Soit. Mais encadrer ces jeunes, leur donner un cadre où ils pourront pousser à fond leur engin, sans courir des risques inutiles, serait mieux? Avis aux autorités !
A. B.
Wesley, 23 ans, coureur de « drag »
Il avait déboursé environ Rs 150 000 pour s?offrir une Peugeot 206. Quelques mois et plus de Rs 50 000 d?investissements après, Wesley a transformé sa voiture en une bête de course. Avec un moteur de 16 valves de plus de 1 900 cc, ce jeune homme de 23 ans est un habitué des drags.
« J?en ai entendu parler à travers mes amis. J?avais déjà participé dans le passé avec mon ancienne voiture, mais avec celle-ci j?ai dû courir environ une dizaine de courses sans jamais perdre », lâche-t-il fièrement. Toutefois, il avoue ne jamais avoir couru pour de l?argent, mais que pour le fun.
Aussi, il mesure ses chances face aux autres voitures et affirme : « Je ne vais pas me mesurer à une Subaru, par exemple, même s?il n?y a pas de catégories, j?estime mes chances avant de courir. »
Il avoue aussi avoir poussé sa voiture jusqu?à 210 km/h mais à cause de la distance des courses (400 mètres), il passe généralement la ligne d?arrivée aux alentours de 150 km/h.
Toutefois, il avoue ne plus courir depuis la dernière fois où le drag se tenait à La Marie. Ce soir-là, il y a eu une descente de la police qui a débarqué dans plus de cinq véhicules. « C?était le branle-bas général. J?ai vraiment flippé ce jour-là, et depuis, je n?y vais pas. Je n?ai pas envie de voir ma voiture finir à la fourrière. »
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