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Toujours debout

8 juillet 2006, 00:00

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Il n?y a parfois rien à faire, face à l?endormissement perpétuel d?un ministère des Arts et de la Culture qui n?écoute pas ses artistes. Pis, il n?y a rien à faire contre une gangrène appelée le piratage. Faut-il dans ce cas continuer à croire que l?on peut malgré tout faire carrière, quand on est un label, et qu?on s?appelle Cassiya ? Il suffit simplement d?apprivoiser ses nerfs et de chercher d?autres sources d?existence, souvent à l?étranger. C?est hélas, la voie que choisit Cassiya, pour continuer à exister en tant qu?artistes. Cassiya décide de continuer sa route, malgré un contexte économique qui ne présage rien de bon. Cassiya se met donc en parenthèse sur le plan local, histoire de reculer, pour mieux sauter.

Aucune traversée du désert pour la formation de Cassis, juste une parenthèse, loin derrière les années de vertige d?un groupe phare qui depuis ses débuts, n?a eu de cesse de revigorer la musique locale. S?ils étaient en Europe, leur succès se mesurerait aux millions de disques vendus.

Mais nous sommes à l?île Maurice, pays où le succès d?un groupe ne se mesure qu?à sa popularité. Nous, on pense à Cassiya, en l?associant à des souvenirs, comme ce premier carton en 1993 avec une chanson devenue porte-drapeau, Séparation, ou encore Zoyseau, Ici kot nou été, Rev nou zancet, Péser, Diégo, Le Morne, pour ne citer que ceux-là.

«Pirat affaibli nou»

Puis, il y a rupture, avec le départ de Gérard Louis et d?Alain Ramanisum, partis faire fortune ailleurs. Mais Cassiya, porté par deux de ses figures, Désiré François, dont la voix, est sans doute l?une des plus appréciée du pays, et de son ami de toujours, Alain Lafleur, est resté dans la course. Cassiya 9, qui faisait écho à Nou destiné, renvoyait Cassiya au succès de ses débuts, avec une chanson type : Séga dan vilaz. «Succès ine vine enn zafer bien mince parski zordi, pirat fer la loi. Longtem, nou ti capav van 20 000 Cd, zordi nou pé van zis 5000. C?est pirat ki affaibli nou. Mo regrete ki ena sa kantite pirat la ki fer nou perdi nou valer. Gouvernman pa soutenir nou. Li laiss nou tombe. Nou prefer sante la Renyon, kot Cassiya li autant enn nom ki enn style,» explique Désiré François totalement désabusé.

A l?île s?ur, Cassiya tient ferme depuis 1993. «La bas, pena corription. Ici pena mem enn la sal kot nou capav sante. Kan contacte Cassiya, zot oule zis Désiré. Mais Cassiya c?est enn fami, enn grup qui zoue ensam,» insiste Alain Lafleur.

A la Réunion, où Cassiya a participé il y a peu, à la foire d?élevage de la Plaine des Cafres, invité par la mairie de la ville, pour venir mettre de l?ambiance, la bande à Désiré François est toujours chaleureusement accueillie.

Cassiya y retournera d?ailleurs dans quelques jours, afin de participer aux réjouissances dans le cadre des célébrations du 14 juillet. «L?accueil la Réunion li extra, pas trouve mem ici. Nou kone selman ki nou banne fans zot enkor la mem. C?est piblic mauricien kine amene nou la. Mais zot pas trouv nou lor enn la scene pars ki pena aucaine strictir. Et tou sel, nou pas capav monte enn concert. Li coute trop cher et bann permis pou fer bann l?evenement koum sa li pas facil pou gagne, » précise Désiré François.

Au bout de ses rêves

Le succès de Charbonier, une chanson écrite par Lindsay Rose depuis 1982, prouve néanmoins que Cassiya reste l?un des groupes les plus «bankables » du pays, avec Cassiya Productions, sa boîte de productions à gérer. Un paradoxe qui fait sourire la grande famille Cassiya, et un succès qu?ils ne s?expliquent pas eux-mêmes.

Les textes de Cassiya, toujours proche de la souffrance du peuple, cette conscience sociale qui ne se tarit guère, ces mélodies recherchées, ces passages à l?Olympia ou au Zénith et ce plébiscite populaire, expliquent sans doute un succès qui dépasse largement le succès d?estime. Le succès aussi, c?est le sens que la musique de Cassiya a pris au fil des années. Le sens, c?est aussi de ne pas devenir des stars, une performance unique à ce niveau de popularité.

Les Mauriciens connaissent bien leur musique, mais pas forcément leur amitié depuis l?enfance, dans les faubourgs de Cassis. Assis «en bas la boutik», guitare à la main, «mem si la guitare la ena de ou trois difil,» Désiré François et Alain Lafleur faisaient naître les produits Cassiya.

Ensemble, avant même que le succès ne soit retentissant, ils se mettaient à faire évoluer la manière de faire de la musique. «Mone touzour rode enn ti melodie, enn ti melodie triste, enn ti parol triste, fer enn ti text lor enn ti foyer ou enn ti poukni,» raconte Désiré François en riant.

Et si Cassiya donne l?impression de s?être mis en congé, sa passion est toujours à fleur de peau. C?est son atout majeur. Aujourd?hui, Cassiya ne cherche pas la gloire, seulement la place qui lui revient de droit. Avec la sortie prochaine du single de Désiré François, qui bénéficiera d?une sortie en France, Cassiya ira encore au bout de ses rêves. Et s?il faut continuer avec les moyens du bord, Cassiya le fera. Jusqu?ici, cela leur a plutôt réussi.

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