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Adieu Zidane
Cette fois c?est vraiment fini. Une victoire, une défaite, peu importe? Demain, à Berlin, c?est la dernière fois qu?on verra jouer Zinedine Zidane.
Pleure mon football bien aimé, toi qui perd ton fils prodige. Pleure cette étoile qui s?éteint. Car une étoile, ça ne se remplace pas? Avec Zidane, tu étais vivifié, gratifié, sublimé. Sans Zidane, tu le sais, tu le sens, ce ne sera plus tout à fait la même chose.
Même si aucun sondage, aucun référendum, aucune étude n?a pris le risque, jusqu?ici, de classifier les inclassables, il est peut-être temps, à l?heure où le maestro range ses crampons, de se rendre à l?ultime évidence. Zinedine Zidane, et je ne crois pas me tromper, est le troisième plus grand joueur de toute l?histoire du football. Derrière Pelé et Maradona, je vous l?accorde, mais devant, loin devant les Cruyff, Platini, Beckenbaueur et autres Puskas, autres génies de leur époque.
Si des doutes étaient jusqu?ici permis, ils sont maintenant effacés. Par la grâce d?un inoubliable récital contre le Brésil en quart de finale, sans doute le plus convaincant, le plus réussi d?une longue carrière entamée à Cannes en 1988 et continuée à Bordeaux, à la Juventus et au Real Madrid.
Contre le Brésil, Zidane, et toute la France avec lui, a semblé touché par la grâce divine. Il était au-dessus de tout le monde. Il donnait du plaisir au ballon. Il était, à lui seul, le football.
Que le Français ait choisi l?Olympiastadion, véritable sanctuaire du sport, lien symbolique entre le passé et le présent, pour nous offrir son dernier récital, est, en soi, un heureux hasard. Et nous ne bouderons pas notre plaisir. Comme ne l?ont pas boudé ceux qui, il y a soixante-dix ans, ont été les heureux témoins des fabuleuses conquêtes de l?athlète noir américain Jesse Owens sous les yeux hébétés d?Adolf Hitler.
On ne sait si la dernière virée de Zinedine Zidane sera couverte d?or. La fière et brave Italie, qui se dressera demain sur le passage du Madrilène, sera un rempart redoutable et redouté. Ce qu?on sait en revanche, c?est que le meneur de jeu et capitaine français a su s?offrir la plus belle des sorties.
Il aurait pu s?arrêter il y a deux ans sur un France-Grèce de triste mémoire, un match pourri, indigne de l?artiste qu?il est. Il a compris qu?un joueur de son niveau ne part pas sur la pointe des pieds. Alors, il a continué. Le voici à Berlin. En finale de la Coupe du monde. Face à l?Italie, un pays qui a contribué à faire de lui le joueur qu?il est aujourd?hui.
Que Zidane puisse, comme avant lui Pelé et Maradona, soulever la plus belle et la plus prestigieuse des coupes ne serait, tout compte fait, qu?une juste récompense pour l?ensemble de son oeuvre. Au moins la boucle sera vraiment bouclée.
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