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Soyons clairs !
par Nazim ESOOF
C?est de l?angélisme que de croire que la politique se conjugue avec le respect des principes. Un piège que nous éviterons. Le dernier exemple en date est la tentative man?uvrière du Premier ministre de détourner l?attention de l?opinion de l?affaire des paris illégaux. Sans préjuger de l?identité des personnes impliquées, on est en droit de se poser certaines questions relatives aux déclarations de Navin Ramgoolam. Hormis une paranoïa désormais légendaire, le Premier ministre souffre mal les critiques même les plus objectives. S?il n?était question que de cela, on n?aurait rien eu à redire.
Mais c?est cette énergie du désespoir avec laquelle il défend ses seconds mis en cause dans certaines affaires qui le trahit. C?était le cas récemment dans l?affaire Dulull. C?est toujours le cas maintenant qu?on évoque l?implication de certains dirigeants dans le scandale des paris illégaux. Sur les ondes de nos radios, il assure ainsi que cela participe d?une volonté des médias de le décrédibiliser et aussi l?action de son gouvernement. C?est l?argument préféré de tous les seigneurs du jour lorsqu?ils se sentent dans une position indélicate. L?opinion publique connaît la stratégie. Et il y a des impostures intellectuelles qui ont peu de chance d?atteindre leurs objectifs.
On ne prend pas comme prétexte la médiatisation de certaines affaires pour jeter l?opprobre sur les médias. Encore moins sur les médias indépendants qui ne sont pas à la solde des grands princes de la politique. M. Ramgoolam se trompe de cible et serait mieux avisé de regarder autour de lui. Cela lui est d?autant plus recommandé qu?il vient d?avoir un ministre des Finances qui a présenté un budget inédit dont les chances de réussite dépendent d?un consensus général. On ne joue pas aux réalistes avec l?économie pour ensuite se livrer à une irrationalité funambulesque juste pour sauver ceux qui risquent de vous traîner dans des eaux troubles. On n?exige pas l?esprit de sacrifice du peuple pour ensuite souffrir les embardées de ceux qui n?ont pas encore compris que nous sommes à un moment, où dans cet effort d?ascèse nationale aucune brebis galeuse ne peut sévir impunément. La rupture doit être partout et pas seulement dans un budget ou dans un discours de vérité sur l?économie. Et la morale, elle, ne peut être partisane et épiphénoménale.
On espérait que Navin Ramgoolam en retrouvant le poste de Premier ministre aurait appris ses leçons. On commence à avoir des doutes. Lorsque le chef du gouvernement de la République prend son téléphone pour appeler un journaliste, en l?occurrence notre confrère Bernard Saminaden, pour soutenir que l?implication d?un ministre à cette affaire de paris illégaux était l??uvre des propriétaires de campements qui souffrent de l?introduction de la taxe sur lesdits campements. C?est un peu facile de voir des conspirations partout. Cela l?est encore plus lorsqu?on se livre si ouvertement à une tentative de manipulation.
Il faudrait également que le Premier ministre précise si ce sont les médias qui l?ont pris en grippe ou les propriétaires de campement. Nous n?arrivons plus à le suivre. Ce n?est pas en cherchant des boucs émissaires qu?on parvient à masquer ses propres travers. Et le Premier ministre serait plus avisé en se rappelant qu?il suffit d?un rien pour que le doute s?installe. Un doute que nous ne pouvons pas nous permettre.
La synergie doit aujourd?hui être totale. Le réformisme exige un esprit de sacrifice et de rigueur. C?est cette pénible aventure dans laquelle le gouvernement veut nous embarquer. S?il y a des hommes en son sein qui ne sont pas capables de changer de «mindset», on est en droit de se demander pourquoi la population, elle, doit être contrainte à réaliser sa révolution des mentalités !
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