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L’énergie du désespoir
À bien voir, c’est peut-être l’énergie du désespoir qui a fait gagner l’Italie mardi soir, à Dortmund.
Acculée, rejetée, critiquée, dénoncée, la Squadra Azzurra, telle une bête blessée, est allée chercher, dans l’enfer du Wesfalerstadion, un billet inespéré pour la finale de la Coupe du monde, ultime tremplin vers la gloire éternelle.
Une victoire qui s’est dessinée au bout du bout, dans les ultimes minutes d’une prolongation qu’on croyait cadenassée, et que l’Allemagne, son fier adversaire, espérait repousser jusqu’aux tirs au but, un exercice qui lui réussit généralement bien.
Une victoire qui venge le Calcio, trempé dans un méga scandale de matches arrangés qui conduira, très certainement, la Juventus de Turin, le Milan AC, la Lazio Rome et la Fiorentina, quatre de ses clubs les plus représentatifs, dans l’enfer des divisions inférieures.
Marcello Lippi, le sélectionneur de la Squadra Azzurra, a, assurément, raison quand il dit que cette sombre et tristre affaire a, au moins, eu le mérite de resserrer les liens entre ses joueurs, de donner une âme revancharde à l’Italie.
Un jour, à l’heure de rédiger sa propre biographie, Fabio Grosso, l’inconnu devenu star, nous dira peut-être ce qui lui a traversé l’esprit à la fameuse 119e minute de cette demi-finale qui restera, pour lui, quoi qu’il advienne, son match référence, celui, à tout le moins, qui aura véritablement lancé sa carrière.
Quel culot, quelle audace ! Ce tir brossé du jeune défenseur de Palerme, personne ne l’a senti venir. Pas même Jens Lehmann, le gardien allemand, qui avait paru, jusque-là, si sûr de lui.
Grosso est en passe de devenir un récidiviste notoire. C’est déjà lui qui avait fait gagner l’Italie dans l’ultime minute du huitième de finale de triste mémoire gagné dans des circonstances douteuses face à l’Australie. Ça vous revient ? Le fameux plongeon en pleine surface ? Le penalty transformé par Totti ? Grosso, l’homme du Money-time, nous dit l’AFP. Bien vu.
À cette même page, dans ces même colonnes, nous avons plus d’une fois pris position contre l’Italie pour son style et ses méthodes pas très catholiques, contraires à l’esprit du football, en totale opposition au spectacle qu’on est en droit de s’attendre d’une Coupe du monde.
Contrairement à nos confrères d’Italie, ceux de la Gazetta notamment, nous ne renierons pas ce que nous avons écrit. Oui, cette Italie-là ne plaît pas. Oui, pour l’ensemble de son oeuvre, cette Italie-là ne mérite pas d’être à Berlin le 9 juillet. Les matches contre les États-Unis et contre l’Australie sont encore dans les mémoires. Mais c’est vrai aussi que mardi, à Dortmund, la Squadra Azzurra était plus forte, plus conquérante et plus déterminée que l’Allemagne.
La voici en finale. L’histoire, on vous l’a dit, ne retient pas la manière. Seulement le résultat. C’est dommage, mais c’est comme ça.
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