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L?histoire des municipales est celle des violations antidémocratiques

5 juillet 2006, 00:00

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Le débat parlementaire sur la notion d?annulation des arrêtés gouvernementaux, dissolvant les conseils municipaux, démocratiquement élus en avril 1977, ou encore nommant des commissaires administratifs, autrement dit des petits copains politiques, pour les remplacer, permet à Jean Claude de l?Estrac, maire de BBRH de 1977, de rappeler, à bon escient, certaines vérités concernant l?histoire municipale de Maurice. La coalition PTr-PMSD enfonce, estime-t-il, de nouveaux clous dans le cercueil de la démocratie régionale. D?où le besoin du rappel des vertus municipales, prévalant avant l?arrivée des ?accapareurs duvalo-ramgoolamistes?. Le constat de la transformation d?anciens gardiens de ces vertus municipales en fossoyeurs de la démocratie régionale est particulièrement révoltant, conclut-il.

En présentant la loi qui portera son nom (le Local Government Act de 1962), Félix Laventure, d?illustre mémoire, n?oublie guère de rappeler combien l?histoire municipale de Maurice, celle du Port Louis en particulier, est intimement liée à la conquête des droits et libertés politiques. La nomination de commissions administratives pour remplacer des conseils municipaux est donc la négation de ces conquêtes de libertés démocratiques. Elle est un retour à l?ère colonialiste et oligarchique qui prétendait que le Mauricien n?avait pas la maturité voulue pour participer au gouvernement de son pays, de la localité où il vit. (N.B. Ce droit est toujours refusé aux habitants des localités rurales et autres villageois. Ils n?ont droit qu?à un lointain conseil des districts auxquels ils sont rattachés par un obscure conseiller de district, n?ayant aucun pouvoir ou presque parce qu?agissant seul et non pas à l?intérieur d?un groupe structuré).

Félix Laventure rappelle, à juste titre, que c?est le droit des Mauriciens de gérer leurs propres affaires qui fut mis en avant dans les années 1840 quand se crée un mouvement, revendiquant la nomination d?un conseil municipal afin que des Mauriciens élus puissent gérer la ville du Port Louis. Chose faite en 1850. Les citoyens, réunis à l?Hôtel d?Europe, le bâtiment devant devenir le futur hôtel de ville de la capitale, pour réclamer la charte d?une corporation municipale, bravent même une interdiction policière d?un tel rassemblement dans un tel but.

Mais ce que ni Laventure ni De l?Estrac ne disent avec assez de force c?est que l?histoire municipale à Maurice se résume tristement en une lente érosion de toutes les prérogatives accordées par Londres aux premiers conseillers municipaux élus mauriciens. Et ce n?est pas Rivaltz Quenette, l?auteur émérite d?une histoire municipale du Port Louis en cinq volumes ? nous attendons d?ailleurs le sixième avec une impatience croissante ? qui nous contredira sur ce point. Il suffit de rappeler qu?au départ, le conseil municipal du Port Louis a le droit d?imposer des droits de quai aux marchandises, qui y sont débarquées, pour mesurer la lente érosion des pouvoirs municipaux, pour aboutir à des conseils émasculés, devant sans cesse recourir à une approbation ministérielle pour avoir un semblant d?autorité et de crédibilité.

A juste titre, De l?Estrac rappelle à Sir Seewoosagur Ramgoolam et à Gaëtan Duval que leur carrière politique commence véritablement au sein d?un conseil municipal, en 1940 pour celui-là et en 1960 pour celui-ci. Il rappelle à bon escient que le conseiller municipal Ramgoolam réclame, le 28 février 1948 ? De l?Estrac a alors 11 jours d?existence ? au Conseil du Gouvernement le droit de vote à tous les adultes résidant dans la capitale. Ce même Ramgoolam signe, trois décennies plus tard, un Government Notice anéantissant le droit de vote enfin accordé aux électeurs portlousiens et leur imposant des commissaires nommés.

Gaëtan Duval n?échappe pas non plus à la leçon d?histoire que lui prodigue De l?Estrac. Lors du débat parlementaire sur la loi Laventure, le futur leader du PMSD déclare : ?Il nous fait déplorer que le gouvernement refuse d?accepter que le temps des conseillers nommés est révolu?. Ce même Duval refuse que des conseillers municipaux soient surveillés par des ?mentors? nommés par l?Hôtel du Gouvernement. De l?Estrac constate avec amertume : Vingt ans après, ce même Duval mendie cette misérable présidence nommée qu?un Ramgoolam, apitoyé, lui accorde parcimonieusement.

Il en va de même pour Robert Rey. Le speaker-adjoint de 1981 déclare pourtant, en 1962 : ?Si nous voulons promouvoir la démocratie régionale à Maurice que cela se fasse par le truchement de conseils municipaux, élus par le peuple et pour le peuple?. Ce même Robert Rey accepte ensuite d?être le président nommé de BBRH, comme au temps des conseils urbains de l?époque colonialiste.

A juste titre De l?Estrac conclut : ?L?histoire municipale à Maurice n?est qu?une suite de violations des libertés démocratiques?. La situation ne s?est guère améliorée depuis.

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