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Émigration entre espoir et chemins tortueux
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Émigration entre espoir et chemins tortueux
Australie, Angleterre, Canada? Voulez-vous y travailler ?
Y vivre aussi ? Pas de problème. On s?occupe de tout pour vous ! Voilà des offres alléchantes que proposent certaines agences. Depuis quelques années, ces dernières poussent comme des champignons et assistent les Mauriciens qui veulent tenter leur chance ailleurs ! Et bon nombre d?entre eux décident de franchir le pas. Des accords et des lois passés entre les pays respectifs permettent justement de s?établir à l?étranger.
Qu?est-ce qui pousse ces compatriotes à vouloir émigrer ? « Tout augmente ici, on ne sait plus comment faire pour joindre les deux bouts ! J?en ai assez de cette vie ici. Je préfère partir à l?étranger », confie Sameera, 45 ans, et mère de deux enfants. Elle n?est pas la seule à éprouver ce ras-le-bol.
Antoine, 38 ans, multiplie ses efforts pour quitter Maurice : « Je travaille dans la comptabilité depuis dix ans, mais j?ai l?impression de stagner, de tourner en rond. Il n?y a pas de débouchés. À la longue, je commence à en avoir marre. En Australie j?aurai plus de chances. »
Assurer son avenir et celle de sa famille : ce sont là les principales raisons qui poussent les Mauriciens à partir, indique Amalsingh Badal, Regional Manager de Singh Abrahams Joomratty (SAJ) International Lawyers, qui effectue les démarches administratives pour l?émigration vers le Canada et l?Angleterre. « Pour les Mauriciens, ce n?est pas la destination qui compte, mais c?est d?avoir une porte vers l?étranger pour aspirer à une vie meilleure », soutient-il.
Environ 200 candidatures sont traitées chaque année. Celles-ci doivent être accompagnées de plusieurs documents, notamment des photocopies de carte d?identité, d?acte de naissance, de certificat de mariage, ou encore de diplômes. Il faut également présenter son passeport et des relevés bancaires. Tous ces critères sont pris en considération pour déterminer l?éligibilité de la personne qui désire s?installer à l?étranger.
Les agences procurent donc toutes les informations de base et effectuent les demandes au nom du candidat. Elles font également des démarches pour trouver une famille d?accueil, une résidence, ou un poste pour le demandeur. « Nous offrons les services pour toutes les catégories de visa. Nous travaillons directement avec le Department of Immigration and Multicultural Affairs (DIMA) directement en Australie comme un agent de la Migration Agents Registration Authority (MARA), contrairement à une agence privée qui fera la demande à un département régional, mais cela prendra plus de temps pour la procédure », déclare Charles Ah Lan, Barrister and Sollicitor d?Ah Lan Asso-ciates. Quelle est la durée des procédures justement ? En moyenne, cela peut prendre un an et demi à deux ans, en fonction des critères.
<B>Le succès n?est pas toujours garanti</B>
Pendant cette période, il faudra également effectuer le paiement. Par exemple, pour le Canada, chez SAJ International Lawyers, il faut débourser environ Rs 48 000 pour les démarches administratives, et disposer de Rs 275 000 sur son compte, comme caution. Pour vivre et travailler en Angleterre sous le Highly Skilled Programme (voir encadré), il faut débourser entre Rs 56 000 et Rs 60 000 (1 000 livres sterling) pour les procédures. Pour l?Australie, il faut compter à partir de Rs 100 000 en moyenne.
Et avec le nombre grandissant d?agences mais aussi d?agents indépendants, divers tarifs sont proposés. Mais ces intermédiaires sont-ils tous fiables ? Il faut savoir que plusieurs agents exercent au noir et escroquent leurs clients sans vergogne ! Sarojini, 42 ans, en a fait les frais il y a quelques années. « Je voulais aller vivre en Angleterre. Des proches m?ont mis en contact avec un homme qui effectuait les procédures. Nous n?avions pas d?argent et nous avons dû mettre notre maison en gage. On lui a donné Rs 75 000, mais ensuite, il a disparu. Nous avons essayé de le retrouver mais en vain. C?était trop tard, il nous avait déjà escroqués », raconte-t-elle.
Comme elle, plusieurs personnes ont vu leur espoir voler en éclats ! Certains ont perdu jusqu?à Rs 250 000, voire même plus, en sollicitant les services d?agents. Et elles n?ont jamais pu partir ! D?ailleurs, le succès de la procédure, n?est pas toujours garanti !
Comment faire le tri parmi les agences ? « Lorsqu?on retient les services d?un agent d?immigration pour l?Australie, le public mauricien doit savoir que ce dernier doit être enregistré avec la MARA et détenir une licence qui lui permet d?opérer. L?agent doit être en conformité avec les clauses de l?Immigration Act et les autres amendements parlementaires pour opérer », affirme Charles Ah Lan.
Il ajoute que l?éducation du client est un élément déterminant pour éviter d?être victime d?escroquerie. Aussi, avant de vous embarquer dans ce genre d?aventure (ou plutôt de mésaventure !), il vaut mieux y réfléchir deux fois ! Car on peut facilement y perdre ses économies ! Comme quoi l?herbe n?est pas toujours plus verte ailleurs !
<B>Éviter de se faire piéger</B>
Si vous désirez émigrer et souhaitez avoir recours à un agent, choisissez une firme légale. Celle-ci est accréditée dans ce domaine. D?ailleurs, n?hésitez pas à vous renseigner. Si vous avez du mal à retrouver les données, il se peut qu?il s?agisse d?une escroquerie ! Lorsque vous remplissez votre fiche, dites la vérité. Surtout ne mentez pas ou n?inventez pas des choses. Cela aura pour résultat de vous discréditer, sans compter que vous risquez d?être poursuivi selon les dispositions de l?Immigration Act. Lisez attentivement les documents qui vous sont soumis. En général, lorsque vous retenez les services d?une firme spécialisée dans l?émigration, un contrat doit être signé entre les deux parties. Voyez s?il y a une clause sur le remboursement en cas d?échec. En général, certaines agences remboursent les frais à l?exception de certains coûts administratifs. Si rien n?est mentionné à ce sujet, il faut vous renseigner.
<B>Les différents programmes</B>
Débarquer dans un pays, y travailler et y vivre : cela ne se fait pas au petit bonheur ! L?immigration est régie par les lois et des programmes variant selon les pays. Pour le Canada, par exemple, l?obtention d?un permis de résidence permanent est possible, avec possibilité d?y travailler. « Le Canada est une nouvelle économie et elle a besoin de main-d??uvre pour la renforcer. C?est pour cela qu?elle autorise l?immigration », déclare Celva Runghen, Immigration Consultant et spécialisé dans l?Immigration Law de l?étude Lallah, qui s?occupe des cas relatifs à des refus de visa ou d?escroquerie. Environ 250 000 ressortissants de tous horizons sont accueillis chaque année. En revanche, pour les autres pays, la loi n?est pas aussi permissive. Pour l?Angleterre, par exemple, beaucoup essaient d?opter pour une couverture d?étudiant afin d?y vivre. En l?an 2004, 200 Mauriciens ont été expulsés car ils s?étaient fait passer pour des étudiants ! Pour pouvoir y travailler, il faut obtenir un permis de travail valide de son employeur à Maurice, qui sera ensuite soumis avec sa demande pour le visa. Il existe une nouvelle politique, lancée récemment, aux dires d?Amalsingh Badal, ? le Highly Skilled Migrant Programme ? permettant d?y travailler. « Il faut détenir un diplôme, être le directeur d?une petite entreprise ou être Head of Departement d?une grande entreprise. Dans ce cas, les relevés bancaires ne sont pas nécessaires. On obtient ainsi un permis de travail pour les quatre premières années et subséquemment un permis de résidence », indique-t-il. Et en Australie, on peut adhérer à deux types de programmes ? le Skill Migration Stream ? avec des catégories professionnelles, et le Family Migration Stream, pour des personnes sponsorisées par un/une Australien(ne).
<B>Michael, 34 ans :
« Mon ami s?est fait escroquer » </B>
Québec, Montréal, le Canada? Michael a toujours été fasciné par ce pays. En 1999, il entame des démarches pour s?y installer. Cédric, un de ses amis, a eu vent d?une agence spécialisée, et s?y est inscrit quelques mois plus tôt. Michael lui emboîte donc le pas et se rend à l?agence. Celle-ci est ornée d?affiches et d?images vantant les paysages du Canada, et fait déjà bonne impression. « En arrivant, j?ai eu à remplir une fiche. C?était un genre de CV Ensuite, j?ai rencontré le responsable de l?agence, un avocat. On a discuté de plusieurs choses. Par exemple, ce que je comptais faire au Canada, si je souhaitais y travailler ou encore si j?y avais de la famille. Pendant l?entretien, il notait des points. Cela permet de déterminer l?éligibilité. Il m?a dit que je l?étais », raconte Michael. Ensuite, la discussion porte sur les frais. Il doit payer Rs 2 000 mensuellement pour les procédures, sur une durée d?un à trois ans, et au final, débourser Rs 50 000, pour l?obtention du visa et disposer d?une somme importante sur son compte bancaire.
Pendant environ trois mois, Michael paie ses mensualités mais lorsque l?inscription de son ami Cédric est interrompue, Michael déchante.
« Le responsable l?a convoqué en lui disant qu?il n?était pas éligible après deux ans de paiement. C?est étonnant, car cette même personne lui avait pourtant dit le contraire deux ans plus tôt. Il n?y a pas eu la moindre explication. Cédric n?a même pas été remboursé. Mon ami s?est fait escroquer. Il a fait ces paiements sur une longue période pour rien ! C?est alors que nous avons découvert que le but des responsables était de se remplir les poches. Plusieurs personnes ont vécu des situations similaires. J?ai alors décidé d?interrompre mon application », confie Michael.
Et finalement, le jeune homme a choisi de rester dans son île natale, et ce, malgré son engouement pour l?étranger. Une chose est sûre, elle ne l?escroquera pas, elle, au moins !
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