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Morale sociale
Les transformations sociales entraînent inévitablement de nouvelles formes de déviances. Les repères traditionnels volant en éclat, l?être social pensant éprouve de plus en plus de difficulté à se penser lui-même. Dès lors, tout est mis sur le compte d?une perte des valeurs, d?une liquéfaction de la conscience sociale, d?un déficit de modèles voire d?une agression d?une modernité irrespectueuse de la morale ancestrale? Les actes de violence provoquent alors une demande de durcissement des lois. C?est le schéma classique. Le sentiment de révolte appelle effectivement une répression radicale. La conscience sociale collective se met en révolte. Et les décideurs logiquement rendent les dispositions punitives plus coercitives. Tout cela est bien, mais ce n?est qu?une démarche réactive ponctuelle qui ne va pas au fond des causes des dysfonctionnements sociaux.
Si on ne pose pas les bonnes questions, on n?aura évidemment pas les bonnes réponses. Depuis les agressions dont ont été victimes Sandra O?Reilly, Neetrawtee Mattapullut, Marie Linley Savriacooty et bien d?autres anonymes, l?opinion ne cesse de manifester son indignation. Cependant, il est un fait que ce ne sont pas des peines plus sévères qui viendront à bout des dérèglements sociaux. Aujourd?hui, il faut se remettre à interroger la pensée sociale à travers de nouveaux prismes. Certes les structures sociales ont évolué mais il n?y a pas de perte des valeurs. De nouvelles valeurs se mettent en place dans un cadre dynamique de mutation sociale. Les nostalgiques de la société mauricienne tolérante devront revoir leur copie.
Il est désormais temps de s?arrêter et de réfléchir à l?être social. De réaliser des études behavioristes sur lui. De le penser dans son nouveau rapport à la société. D?enclencher un vaste processus de recherches scientifiques. Les jugements de valeur et les réactions subjectives ne mènent à nulle part. Analyser pour mieux comprendre, telle devrait être la nouvelle démarche. Ce n?est qu?à cette condition qu?on fera sauter les verrous des clichés qui confinent le Mauricien dans la débonnaireté. Avec une police qui ne connaît que la loi de la violence, des autorités publiques qui sont obsédées par la radicalisation de l?arsenal répressif et une opinion à la morale vacillante, on sera éternellement la proie des solutions faciles.
La problématique est beaucoup plus nuancée. Les «méchants» sont les produits de la même société qui produit les «gentils». Dire que la société est malade est, en ce sens, un lieu commun qui nous éloigne d?une réflexion plus rationnelle sur elle. Remettons-nous à l?ouvrage pour mieux comprendre ce qui se passe autour de nous. Et il n?y a pas mille possibilités pour faire cela sinon par la recherche. On ne rate pas une occasion pour faire venir des consultants pour de multiples études. Pourquoi ne pas se tourner vers des ethnologues, des sociologues et des anthropologues pour une prise plus rationnelle de la société et de l?individu mauriciens ?
Nous ne pouvons nous arrêter aux seules morales religieuses et publiques. Celles-ci sont trop tolérantes, laxistes de ces groupes de pression et lobbies qui ne fondent leur pouvoir qu?exclusivement sur des références ethniques. Il n?y a qu?à voir la récupération communale dont sont les cas de Sandra O?Reilly et Marie Linley Savriacooty, entre autres, pour s?en rendre compte.
Il est impérieux aujourd?hui de sortir de la subjectivité pour entrer dans l?objectivité analytique. Une nouvelle relation s?établit entre l?individu et la société. Si on ne la saisit pas, nous serons aspirés par le rouleau compresseur de la modernité. Cessons d?être geignards ! Commencons une introspection collective !
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