Publicité

Les baleines menacées par la chasse commerciale

26 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

A en croire plusieurs observateurs présents à la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI), qui s'est achevée récemment à Saint-Kitts-et-Nevis aux Caraïbes, la diplomatie n'était pas la règle. La raison ? La guerre de la baleine qui a permis à ce minuscule Etat des Caraïbes (39 000 habitants) d'entrer dans l'histoire comme le lieu où, pour la première fois, une majorité de pays membres de la CBI (33 contre 32) ont condamné le moratoire sur la chasse à la baleine adopté en 1986.

Si cette décision n'a pas de conséquence immédiate – la levée du moratoire qui protège les cétacés ne peut se faire qu'avec les trois quarts des votes –, elle renforce la position du Japon et de la Norvège. Ces deux pays pratiquent depuis longtemps déjà la “chasse scientifique” que l'article 8 de la Convention autorise. Et le vote qui vient d'être obtenu aux Caraïbes les conforte dans leur position, fortement décriée par les associations de défense de l'environnement.

Espèces en danger</B>

Le Japon, qui a tué 916 grands cétacés en 2005, prévoit ainsi de porter ce chiffre à 1 143 en 2006 et à 1 325 en 2007. De même, la Norvège, qui a chassé 639 baleines en 2005, envisage de prélever 1 052 individus en 2006 et 1 200 en 2006. Pour sa part, l'Islande prévoit aussi de tuer 100 de ces mammifères marins. Ces trois pays remontent donc lentement, mais sûrement, au niveau qu'ils occupaient en 1987. Cette année-là, la dernière qui autorisait la chasse commerciale, 6 000 rorquals et cachalots au total ont été pris. Déçus, les écologistes s'apprêtent à mobiliser leurs forces pour la réunion de la CBI qui se tiendra en 2007 aux Etats-Unis – en Alaska –, plus sensibles aux actions de protection.

Toute la difficulté du débat sur la protection des cétacés dépend aujourd'hui de la capacité que l'on a à évaluer les populations des différentes espèces et de l'interprétation que l'on fait ensuite de ces chiffres.

Si plusieurs espèces de grands cétacés (baleines franches, baleines grises de l'ouest Pacifique) sont menacées d'extinction, si certaines sont dans une situation incertaine (comme la baleine bleue, le plus grand animal terrestre, dont il ne reste plus que quelques milliers d'individus), d'autres ont bien retrouvé la santé depuis l'arrêt d'une chasse qui a mené les stocks, espèce après espèce, au bord de la disparition. Ainsi, rorquals communs et jubartes sont maintenant estimés à plusieurs dizaines de milliers d'individus, tandis que les cachalots seraient environ 360 000.

C'est sur ce point que s'appuient les pays chasseurs en ciblant essentiellement le petit rorqual, riche de centaines de milliers d'individus dans les deux hémisphères, et qui pourrait donc, disent-ils, supporter un “prélèvement limité” . Dans les années 1980, le comité scientifique a ainsi adopté une procédure de gestion (dite RMP, revised management procedure) qui légitime la chasse d'une espèce dès lors qu'elle ne met pas en danger sa survie. Mais la Commission n'a jamais adopté cette RMP, et a maintenu le moratoire. C'est contre cette position que s'arc-boutent les chasseurs, tandis que les opposants refusent par principe toute capture.

Ce blocage est d'autant plus gênant qu'il dissimule de nouveaux dangers auxquels sont exposés ces animaux marins. Selon un rapport de novembre 2005 rédigé par l'Allemand Boris Culik, biologiste marin pour le Programme des Nations unies pour l'environnement, les petits cétacés, dauphins et marsouins, sont sous la menace, notamment des filets de la pêche hauturière.

On craint d'autre part que le réchauffement du climat n'entraîne une diminution du krill, nourriture de base des cétacés en Antarctique. Enfin, la contamination par des produits chimiques s'observe de plus en plus chez les cétacés à dents (odontocètes), situés au sommet de la chaîne alimentaire. Ainsi, le gouvernement japonais a dû interdire la consommation de viande de cachalot aux femmes enceintes en raison du degré élevé de pollution chimique des chairs. Derniers périls : les collisions entre cétacés et navires et les effets fâcheux et destructeurs de certaines techniques d'exploration pétrolière (notamment les canons sonores) qui conduiraient à désorienter les cétacés, qui s'échouent. La CBI a adopté une résolution critiquant ces pratiques. Mais l'acrimonie des débats empêche, malheureusement, que les nouvelles nuisances subies par les mammifères, et qui sont le reflet de la dégradation constante de l'environnement océanique, soient sérieusement prises en compte.

<B> © Le Monde 2006.

Distribué par

The New York Times Syndicate</B>

Publicité