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Quand l’insécurité fait fuir les touristes
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Quand l’insécurité fait fuir les touristes
Des efforts considérables sont faits en ce moment pour redonner au bazar de Port-Louis ses lettres de noblesse. Mais cette opération passe d’abord obligatoirement par l’assainissement de ses environs. C’est là le prix à payer pour assurer la sécurité à l’intérieur et aux alentours des rues Farquhar, la Reine et le Quai afin de permettre aux touristes d’y revenir en grand nombre après une longue période pendant laquelle les nombreuses agressions et les différentes arnaques les ont éloignés de ce haut lieu touristique, berceau d’un des patrimoines le plus riche du pays.
Les premiers a tirer la sonnette d’alarme ont été les maraîchers eux-mêmes. Nasser Peerally, le président de la Market Traders’Association (qui regroupe les marchands bazar) ne s’embarrasse guère de précautions. Selon lui, la situation s’est détériorée et l’insécurité est devenue grandissante à cause des marchands ambulants qui ont envahi la place. « Il n’y a plus aucun contrôle. Ces marchands ambulants (pas tous heureusement) ne peuvent gagner leur vie avec ce qu’ils vendent, il y a un gros trafic de drogue », dit-il.
<B>Une concentration d’individus louches</B>
Nasser Peerally dénonce aussi le laxisme des autorités municipales qui ont toléré dans les environs du bazar les marchands ambulants, source de tous les maux. « De plus, dit-il, la drogue a permis une concentration d’individus louches dans ce lieu fréquenté par les Mauriciens aussi bien que les touristes. »
Cette faune a aussi permis aux voleurs à la tire d’opérer en toute impunité.
Pas un jour ne se passe sans une agression, un vol de chaîne en or et de porte-monnaie, ajoute Nasser Peerally, qui estime que la mairie de Port-Louis devrait tout faire pour mettre un terme a cette situation en transférant les marchands ambulants ailleurs .
Même son de cloche de la part de Santosh Ramnauth, président de la Shop Owners’Association : « Le commerce a sensiblement diminué, les gens, encore moins les touristes, ne viennent plus comme auparavant. Ils ont peur pour leur sécurité », dit-il.
Comme pour amplifier la panique, certains tour operators ont donné la consigne depuis quelques mois à leurs guides d’éviter le bazar de Port-Louis. Sauf qu’ils refusent d’officialiser cette consigne pour les besoins de cet article. Le nombre de touristes a diminué au bazar depuis des mois. Les touristes nous boudent parce qu’il y a aussi des courtiers qui les arnaquent. Des touristes ont payé un sachet de poudre de curry à Rs 400, nous dit un maraîcher soucieux, pour sa sécurité, de garder l’anonymat.
Cette dénonciation est soutenue par une guide d’une importante agence : « Quand nous arrivons au marché avec un groupe de touristes, nous sommes assaillis par ces courtiers qui deviennent très agressifs quand nous mettons nos clients en garde. J’ai mal au cœur que des touristes soient arnaqués de cette façon alors que dans une grande surface ils auraient payé le même produit a dix fois moins le prix », nous a dit une guide touristique.
Les autorités municipales sont parfaitement conscientes de la situation. Le lord-maire, Reza Issac, concède que pour des raisons humanitaires, du temps avait été donne aux marchands ambulants pour qu’ils vident les lieux, mais qu’à partir de ce lundi, les dispositions ont été prises pour qu’ils soient transférés au Ruisseau du Pouce ou des étals ont été aménagés pour eux.
« Cette situation a assez duré. Nous avons fait preuve de patience à l’égard des marchands ambulants. Nous leur avons préparé des étals ailleurs. Ils ont jusqu’à lundi pour déménager, faute de quoi la police fera le nécessaire. Nous sommes déterminés à mettre de l’ordre ; nous n’allons pas devenir l’otage de 140 marchands », dit-il. Le lord-maire a aussi précisé que, depuis deux semaines, cette offre a été faite aux marchands ambulants, mais qu’ils ont refusé de se soumettre à un tirage au sort pour l’allocation de ces étals au Ruisseau du Pouce, en alléguant la non-transparence de cet exercice. Pour Reza Issac, les marchands refusent cet emplacement parce que la première rangée a été réservée aux fleuristes dans un souci d’esthétique.
Les autorités policières, alertées de cette situation, n’ont pas chômé entretemps, des actions coup de poing ont été menées régulièrement avec les collaborations de la mairie de Port-Louis avec en soutien, des éléments de l’Adsu et du CID. En 2005, 255 marchands ambulants ont été verbalisés (illegal hawking) et 304 articles saisis et depuis le début de 2006, 55 avec saisie d’articles aussi.
Pour les délits de drogue, ce sont des petits dealers qui ont été arrêtés dans les environs du bazar. Pour l’année, de 2005 au 8 juin 2006, 72 arrestations au total pour possession de gandia, d’héroïne et d’autres psychotropes : 44 pour 2005 et 28 depuis le début de l’année 2006. Il faut ajouter à ces chiffres les contraventions distribuées par les officiers de la mairie contre les Road Traffic Offenders : 608 en 2005 et 249 depuis le début de 2006 !
Pour l’assistant-surintendant Max Louison, du Police Press Office, ces opérations, menées contre les dealers qui sévissent dans les environs du marché central, nécessitent une grande préparation car il faut les prendre en flagrant délit.
« Ce n’est pas évident a priori, mais nous faisons de notre mieux pour assainir la situation avec la collaboration de tous nos services et des autorités municipales », dit Max Louison. Dans cette optique, Nasser Peerally ajoute que tous les dealers du coin connaissent les plaques d’immatriculation des véhicules de l’Adsu aussi bien que ses éléments !
Un patrimoine en otage</B>
Pourtant quand le marché avait été livré aux autorités municipales d’alors en mars 2004, après des travaux de rénovation au coût de Rs 335 millions, le ministre des Collectivités locales, Prittiviraj Putten, et le maire, Tirat Moosun, avaient mis en garde pour que ce marche ne devienne pas « un repaire de gens louches » !
Le bazar retrouvera-t-il sa sérénité quand les marchands ambulants seront casés de force au Ruisseau du Pouce ? Comment les empêcher de déborder sur la Chaussée par la suite en utilisant des intermédiaires ? La mairie n’est pas au bout de ses peines, mais au moins cela permettra de libérer, en quelque sorte, les environs du bazar.
À ce titre, pour mieux assurer la sécurité, Reza Issac veut accélérer l’installation du système de surveillance par le truchement de caméras (closed circuit TV) ; ce qui permettra de mieux contrôler la situation, à l’instar d’autres pays, dans des endroits névralgiques.
Quoi qu’il en soit, le gouverneur William Nicolay, fondateur du Marché de Port-Louis aux environs de 1835, serait loin de se douter que ce bazar allait devenir un haut lieu touristique menacé aujourd’hui par quelques voyous qui tiennent en otages un patrimoine et une mairie.
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