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Un budget pour se responsabiliser

12 juin 2006, 00:00

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Premier réflexe, s?exclamer : ? Mais il n?y a rien pour stimuler le secteur culturel dans le budget.? Mais passées les réactions primaires, demandons?nous quel signal le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, envoie en direction de l?un des parents chroniquement pauvres des finances publiques.

Contexte général : la création d?emplois. Avec, pour y parvenir, l?accent sur la facilitation de l?investissement, la TVA qui reste au même taux, la simplification de l?impôt, un appel du pied plus que pressant à la diaspora mauricienne, la chasse au gaspillage, entre autres.

Autant de mesures qui ne manqueront pas d?affecter le quotidien du citoyen, qu?il soit artiste, créatif ou juste lambda. Qui incite surtout à la responsabilisation. Et invite à ne plus dépendre de tel ou tel ?boute?.

Prenons l?exemple de la diaspora. Les pages culturelles font régulièrement état des tournées internationales de chanteurs locaux ? de Cassiya à Zot Sa en passant par Jean-Claude Gaspard ou Alain Ramanisum ? dans les capitales européennes ou en Australie.

Alors que naïvement, certains pourraient croire que se concrétise enfin la percée internationale du séga, force est de constater que le public qui court à ces rendez-vous, provient majoritairement de la diaspora mauricienne. Pas seulement des nostalgiques de l?île-paradis, qu?ils ont quitté en craignant l?enfer du marasme économique, mais également la jeune génération née de parents mauriciens, qui se tient au courant de l?actualité du pays.

Les rappeler à Maurice, n?est-ce pas drainer un peu du public qui fait tourner les artistes à succès ? Réduire leurs chances de voir du pays. Mais ceci est un autre débat.

à y regarder de plus près, l?art est effectivement pour Rama Sithanen cet atout visant à inciter l?étranger à mettre la main au porte-monnaie. Le budget 2006?2007 fait état de la création de cinq villages touristiques. Pour les rentabiliser : des PME, un brin d?artisanat et d?art mauricien. De quoi ramener des souvenirs de zoli pei Moris et éventuellement donner au touriste l?envie d?y revenir.

Associer l?art au tourisme n?est pas nouveau dans la pensée du présent régime. L?intérêt du ministère du Tourisme pour le patrimoine est un exemple récent de cette stratégie. Rénover ? la Citadelle, entre autres ? pas uniquement pour que les générations futures se souviennent, mais surtout pour rentabiliser. Créer des emplois directs et indirects en mettant à profit un héritage jusque-là malmené par le temps et les hommes.

Stimuler la création en lui fournissant un marché est nécessaire dans le contexte actuel. Nous n?en doutons pas. La production et la vente d?objets valorisés sont le plus sûr moteur de la créativité. Ce n?est un secret pour personne. Il faut des sous pour se payer le matériel ? même s?il est de base ? servant à créer. Mais comment s?acheter des pinceaux et des couleurs quand on n?a pas de quoi vivre ? L?idée des villages touristiques et des débouchés qu?ils présentent est donc à retenir.

Mais gare aux dérives. L?appât du gain ou tout simplement les impératifs commerciaux risquent d?imposer leur diktat à la créativité. Au risque de l?uniformiser. De pousser l?artiste à produire toujours plus d?objets pour touristes (l?enfermer dans un système) et dévier la source de son originalité.

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