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Anne Jennia, 4 ans abusée depuis plusieurs mois

11 juin 2006, 00:00

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Qui est le pervers qui a provoqué la mort de la petite Anne Jennia ? La question est sur toutes les lèvres à l?avenue Toureau, Camp-Levieux. Le quartier était en état de choc mardi. Victime d?agression sexuelle, cette fillette de 4 ans a rendu l?âme le matin à l?hôpital Candos, des suites des convulsions liées aux sévices qu?elle a subis.

La question revient, lancinante, aux funérailles jeudi. Chacun se demande comment la famille ne s?est pas doutée que la malheureuse était abusée, d?autant plus que des traces auraient dû être visibles lorsque ses proches lui faisaient sa toilette quotidienne. « Mo bien kroir ki koupab la pa loin », chuchote un homme à son ami. « Bizin enn dimounn dan fami mem ca », rétorque ce dernier.

Les Arékion ne savent quoi répondre. La mère de la petite, Arvina, 24 ans, soutient n?avoir rien décelé d?anormal dans le comportement de sa fille. Elle était de bonne humeur et joviale, soutient la jeune femme.

Rien dans son attitude, confie la jeune femme, ne présageait que son aînée était abusée. Lorsque sa mère l?a informée quelques semaines plus tôt que sa fille souffrait de brûlures au vagin, Arvina n?y avait pas prêté attention, pensant qu?Anne Jennia « ti pe gagne le ver ».

Mardi, Arvina ne s?attendait pas à vivre un tel cauchemar. Anne Jennia est morte au lendemain de son admission à l?hôpital Candos. Elle y avait été conduite par le responsable de son école maternelle alors qu?elle était plongée dans un coma profond.

Violée et sodomisée plusieurs fois

Elle est d?autant plus secouée par le constat du Chief Police Medical Officer, Satish Boolell. Pour lui, il n?y a pas de doute : la fillette a été terrassée par une convulsion, séquelle d?un abus sexuel répété. La pauvre a dû être violée et sodomisée à plusieurs reprises ces derniers mois d?après les explications qu?il a fournies aux limiers de la CID de Stanley et de la Major Crimes Investigation Team qui enquêtent sur cette affaire.

Cette horreur ayant été diffusée à la radio, colère et tristesse se lisent sur le visage des personnes présentes aux funérailles. Pendant que certains se frayent un passage pour avoir accès à la maison, d?autres attendaient leur tour, sous un soleil de plomb, dans l?impasse couverte de terre qui mène chez la famille Arékion.

Face à la porte du salon, le corps sans vie de la petite Anne Jennia repose dans un cercueil frigorifié. Un jeune homme, sans doute un proche de la famille, ne cesse de prier ceux qui sont venus rendre un hommage à Anne Jennia de circuler rapidement en ressortant par la porte de la cuisine. « Rane enn service, pas trop tarde. Ena trop boucou dimoune pe attane divant la porte. »

Des cris et des pleurs

Hommes et femmes, qui regardent pendant quelques secondes le corps sans vie de la fillette, ne restent pas insensibles. « Pas fasil sa », laisse échapper un homme en s?éloignant du cercueil. Une femme, suivant le pas, ne peut retenir son chagrin. Elle éclate en sanglots.

Consterné par cette subite disparition, le jeune avait déposé des friandises sur le cercueil en verre. « Gut mo zoli tifi. To pe kit mwa to pe ale », se lamente Arvina. Le père, Radessen est inconsolable, il ne peut retenir son chagrin.

Pendant ce temps dans la cour, la tension monte d?un cran. Certaines personnes dans la foule proclament la peine de mort. « Bizin mett pandi sa kalite dimounn la », lance une femme en colère. « Get letan pou gaign li, li pou sorti lor kosion », fulmine un autre. « Quand zot al dans prizon, zot gaign manze boir sigaret avek telefonn portab. Bizin met zot pandi. Zot bizin soufer kouma zot fer zanfan dimounn soufer », ajoute un autre.

Pendant que la foule grossissait, l?accès à la maison devenait difficile. Ceux qui n?ont pas pu avoir accès chez les Arékion ont grimpé sur le toit d?une maison afin de pouvoir regarder ce qui se passait. Pour que les choses ne dégénèrent pas, un voisin conseille aux curieux de vider les lieux.

Il est 14 h 34 lorsqu?un proche demande à la foule de libérer l?impasse car le cortège funèbre démarrera dans quelques minutes. Au même moment, on entend des cris et des pleurs venant du domicile des Arékion lorsque le cercueil blanc d?Anne Jennia est transporté par des proches. On pouvait entendre dans la foule quelques femmes exprimer leur colère. « La loi pas ase sever. Gouvernma pa pe faire enn fer f? ! Amenn sa dimounn ki fine fer sa dan nou la main. Se nou bann fam ki pou rann zistis aster la. »

Lorsque le cortège funèbre quitte lentement l?avenue Toureau, la grand-mère et la mère de la victime écrasée par la douleur tombent sans connaissance au milieu de la foule.

« Guett mo ti la princesse... »

La vie a repris son cours normal à Camp-Levieux vendredi depuis les funérailles de la petite Anne Jennia la veille. Mais chez les Arékion, la tristesse se lisait sur le visage des proches venus soutenir le jeune couple endeuillé. Dans le salon sombre de la maison, quelques-uns ont pris place dans le salon en attendant les dernières nouvelles concernant la mort d?Anne Jennia à la radio.

Assis sur son lit dans sa chambre, Radessen, le père de la victime, est visiblement accablé. Entouré de son épouse, de sa s?ur, de son frère et de sa mère, il nous livre ses sentiments concernant la mort subite de son aînée. « Gett mo ti la princesse kouma zoli », lâche-t-il, la gorge nouée.

En regardant quelques photos de sa fille étalées sur le lit, il se remémore des bons moments passés quel-ques jours avant le drame. Il se souvient du 3 juin dernier, jour où il l?avait emmenée chez le pédiatre et au supermarché Winner?s de Camp-Levieux. « Li ti pe fer la lafiev la vey. Kan nou finn al kot pediat le landemin, mo ti donn li so bann medikaman kan nou ti retourn lakaz. Lerla li finn dir moi li anvi vinn Winner?s ar moi », raconte Radessen, les larmes aux yeux.

Il nous affirme qu?il n?avait rien remarqué d?anormal chez sa fille avant le drame.

« Nou ti al Rose-Hill ansam avek mo madam. Nou ti fer enn letour dans larkad e apre nou finn al dezene kot Kentucky. Mo zanfan ti bien. Li ti pe zoue. » Concernant les rumeurs selon lesquelles il serait l?agresseur de sa fille, Radessen nous confie qu?il n?aurait jamais fait subir de tels sévices à la petite. « Mo pena narien pou kasiet divan bondie ek divan mo fam. Mo konsians kler. » « Mo ti a kontan konn laverite », poursuit-il. Il se demande comment un tel drame a pu arriver car le rapport rédigé par le médecin légiste ne parlait pas d?agression sexuelle. « Gete ou mem », lance-t-il en nous montrant le rapport.

Arvina, la mère de la petite Anne Jennia, nous raconte que lorsqu?elle avait récupéré les vêtements sales de sa fille à l?hôpital, les infirmières ne lui ont rien dit quant aux tâches de sang sur la culotte d?Anne Jennia.

« Fode letan bann la polis finn dimann moi linz mo zanfan ki mo finn soké létan mo finn trouv disan lor so souvetman. »

Jeanine, la grand-mère toujours inconsolable, poursuit à son tour et affirme qu?elle regrette de n?avoir pas pris au sérieux des souffrances de sa petite fille lorsqu?elle lui a donné son bain.

« A sak foi mo baign li, li ti pe ser so lazam e li dir moi : ?? Boubou mama??. Mo ti pe kroir ki li ti pe trop grat li akoz samem li ti pe gaign brile avek savonet. Mo ti dir mo bel fi amenn li gett enn dokter. Mo pou konsole si vre mem li finn gaign enn konvilsion. Zame mo latet pou trankil si vre mem kikenn finn fer li kiksoz de malsain », lance-t-elle avant d?éclater en sanglots.

Arvina ajoute à son tour qu?elle n?y avait pas prêté attention, car elle ne pensait jamais au pire. « Zame mo ti pense ki ti pou arriv enn zafer koumsa mo tifi. Mo ti pe kroir ki li finn gaign le ver ». Elle nous confie qu?Anne Jennia ne parlerait jamais à une personne qu?elle ne connaît pas. « Si vre mem enn dimounn finn fer sa ar li, fode enn dimounn ki li kone. » D?ailleurs, nous raconte-t-elle, Anne Jennia ne passait jamais la nuit chez des proches, sauf chez sa grand-mère maternelle pendant les week-ends.

Réactions

Indira Seebun, ministre de la Femme et du Bien-être de l?enfant

« Je suis très peinée, mais j?ai été soulagée lorsque j?ai vu la révolte des gens aux funérailles de la petite Jennia. Cela montre que le public réalise ce qui se passe dans la société. Les gens ne sont plus passifs maintenant. Lorsque je me suis rendue là-bas, j?ai pu constater qu?il y avait des gens de toutes les communautés. Il y avait une grande solidarité. Cela m?a beaucoup touchée. Celui qui a commis cet acte odieux doit payer »

Anil Nookadee, de Childhope Mauritius

« La situation est alarmante et grave. Nous ne pouvons pas laisser ce genre d?actes continuer. La société civile est en léthargie. Les gens ne réagissent plus aux atrocités commises sur les enfants.

Les ONG, les forces vives et les travailleurs sociaux doivent se rencontrer pour trouver une solution. Nos enfants sont en danger. Il est grand temps pour nous d?agir? et vite »

Gervais Dorassamy, président du comité de quartier de Camp-Levieux

« Nous n?allons pas négliger ce cas. Le comité du quartier va bouger pour sensibiliser les gens de la localité. Ce genre de chose ne doit pas se reproduire. Notre but, c?est d?avoir un quartier propre. Nous attendons la fin de l?enquête pour savoir si nous allons faire une marche ou une manifestation, en collaboration avec les quartiers avoisinants. »

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