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Le blues du personnel soignant
La casualty room de l?hôpital Jeetoo, située à Port-Louis, ne désemplit pas alors que le soleil se couche sur la capitale. Quelques silhouettes, toutes courbaturées, s?en vont rejoindre une file d?autres patients qui attendent d?être examinés par les médecins de service. Certains, assis sur un banc, tentent d?attirer l?attention d?un infirmier d?un geste de la main alors que d?autres, debout près de la salle d?examen, guettent qu?un patient en sorte pour s?y engouffrer à leur tour.
Accoudée au dossier d?une chaise, Karima se laisse gagner par l?impatience. Elle dit attendre depuis une vingtaine de minutes qu?un médecin examine sa cheville ankylosée. L?attente, parfois longue, n?est rythmée que par les plaintes de ceux qui sont présents.
« Dimounn pe malad isi, zot, zot nek dir nou atan lor banc kouma bef », lâche, excédé, au bout de quelques minutes, un homme d?une quarantaine d?années, juste assez fort pour bien se faire entendre des médecins. Ceux-ci, habitués à ce genre de remarques, lui lancent des regards noirs. « Il ne faut surtout pas leur répondre mais leur faire comprendre que nous faisons ce que nous pouvons », explique une jeune infirmière qui a encore en tête les incidents survenus en début de semaine.
Las de cette situation
Un homme, accompagné de cinq proches, est arrivé à l?hôpital aux alentours d?une heure du matin en se plaignant de douleurs. « Le médecin de service, après l?avoir examiné, lui a conseillé d?attendre quelques minutes pour voir si l?injection qu?il lui avait faite ferait de l?effet », se rappelle un médecin. Le patient, qui n?a rien voulu entendre, s?est jeté sur le médecin en exigeant qu?il fasse disparaître la douleur immédiatement. Des collègues, témoins de la scène, ont immédiatement demandé la présence d?un policier. L?arrivée de ce dernier, qui a été vue comme une « provocation » par les proches du patient, a envenimé les choses. « Ils se sont tous jetés sur lui pour le tabasser. Il a été salement amoché », raconte un témoin de la scène.
Ce déchaînement de violence, bien qu?exceptionnel, est de plus en plus redouté par le personnel soignant qui dit être victime d?agressions verbales et physiques au quotidien.
« Travailler le soir est devenu, pour certains médecins et infirmières, un véritable calvaire. Il règne parmi le personnel un climat de peur à la nuit tombée », laisse entendre Vanessa, une jeune infirmière affectée à l?hôpital Jeetoo. Nombreux sont ceux qui disent ne plus vouloir travailler la nuit dans la casualty room de peur de se faire prendre à partie par des patients mécontents.
Las de cette situation, le syndicat du personnel soignant a récemment fait parvenir une lettre au ministère de la Santé pour dénoncer les agressions dont ils font « trop souvent » l?objet. « Cette agression n?aurait pas dû se produire, d?autant plus que l?on nous avait déjà assurés qu?un officier de police serait posté en permanence dans la casualty room. Il n?y a, malheureusement, jamais eu de policier présent », dénonce Cassam Kureeman, président de la Nurses?Union. Et d?ajouter que le personnel soignant n?aura pas d?autre choix que d?entreprendre des actions syndicales « musclées » si la sécurité n?est pas renforcée. « Ces actions concerneront tous les hôpitaux de l?île », précise-t-il.
Les blouses blanches, explique le président du syndicat, se rencontreront cette semaine sur ce sujet pour décider de la marche à suivre. Médecins et infirmiers comptent bien agir pour ne plus être la cible de leurs patients.
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