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La mort de Moussab Al-Zarkaoui ne résout rien
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La mort de Moussab Al-Zarkaoui ne résout rien
Il y avait des soldats américains qui affichaient un large sourire : ceux qui exhibaient le portrait d'Abou Moussab Al-Zarkaoui mort. Avoir tué dans un raid celui que les États-Unis considéraient comme l'ennemi public numéro un est une «victoire dans la guerre internationale contre le terrorisme», s'est félicité George W. Bush, et une occasion pour le nouveau gouvernement irakien de «renverser le cours de ce combat». La composition du nouvel exécutif irakien a été achevée le même jour, après des mois de blocage.
L'annonce de la mort d'Al-Zarkaoui, Jordanien de 39 ans dont la tête avait été mise à prix 25 millions de dollars (quelque 20 millions d'euros) par Washington, est «le premier élément de bonne nouvelle pour la coalition depuis des mois», a souligné l'analyste Paul Beaver, ancien responsable de l'hebdomadaire Jane's Defence Weekly. «Ils ont réussi d'une certaine façon à décapiter la principale organisation terroriste extérieure en Irak».
A Bagdad, on a entendu des Irakiens se réjouir de la mort du Jordanien, «prince» d'Al-Qaida adoubé par Oussama Ben Laden. Dans la cité jordanienne de Zarka où avait grandi le chef de guerre sunnite, des proches du défunt pleuraient sa mort, priant pour que «mille Zarkaoui» se dressent pour combattre à sa place. Le gouvernement jordanien, lui, s'est félicité d'avoir contribué, grâce à des renseignements livrés aux Américains, à la disparition de ce citoyen, plusieurs fois condamné à mort par contumace, notamment pour avoir revendiqué un triple attentat à Amman en 2005.
Dans le concert de louanges mondial qui a suivi la mort d'Al-Zarkaoui, on percevait pourtant beaucoup de prudence. «C'est un moment important pour l'Irak», a affirmé Tony Blair, tout en se disant «sans illusion» sur les «énormes défis» à relever dans ce pays. Le haut représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure, Javier Solana, la chancelière allemande Angela Merkel ou le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan étaient sur la même longueur d'onde.
Têtes tranchées
Symbole fort, Al-Zarkaoui pesait sûrement moins dans la réalité. «Les Américains avaient fait d'Al-Zarkaoui l'ennemi numéro un pour une raison : attribuer à Al-Qaida en Irak plus de choses que ce dont elle était vraiment responsable», estime Rosemary Hollis, experte du Proche-Orient à l'Institut Chatham House, à Londres. «C'était un message seulement à l'usage des Américains et du public occidental», a ajouté James Denselow, autre expert de l'institut. Selon ces experts, mettre en avant le leader d'Al-Qaida permettait au gouvernement américain de justifier la guerre en Irak comme un moyen d'empêcher des attaques terroristes aux États-Unis. Une stratégie que le Jordanien a alimentée, en diffusant des vidéos de décapitation sur Internet.
«Le principal moteur de la violence en Irak est l'insurrection qui est dominée par des éléments de l'ancien régime, des rebelles et des nationalistes», estime pour sa part Jeffrey White, spécialiste américain du renseignement. Les attentats contre les troupes internationales en Irak ne devraient pas reculer après la capture d'Al-Zarkaoui. George W. Bush a d'ailleurs précisé, qu'il ne comptait pas rappeler de soldats américains.
L’héritage d’Al-Zarkaoui
Sitôt Al-Zarkaoui rayé de la carte, le porte-parole de l'armée américaine à Bagdad a annoncé le nom du successeur «le plus probable» du Jordanien : «Abou Al-Masri, qui était un de ses lieutenants». Pour des experts égyptiens de l'islamisme, le nom avancé par les Américains n'est qu'un «pseudonyme», qui ne correspond pas à celui d'un leader connu d'Al-Qaida.
D'après Amr Al-Choubaki, chercheur au centre d'Al-Ahram, une hypothèse vraisemblable est que la nébuleuse Al-Qaida «s'irakise» en Irak et ne choisisse pas comme chef un «djihadiste transnational très dogmatique» comme Zarkaoui. Au lendemain de la mort du terroriste le plus sanguinaire d'Irak, trente-cinq personnes ont été tuées dans quatre attentats à la voiture piégée dans des quartiers à majorité chiite à Bagdad.
Le FBI va analyser l'ADN de Zarkaoui
Des échantillons biologiques des corps d'Abou Moussab Al-Zarkaoui et de ses lieutenants ont été livrés au laboratoire scientifique du FBI à Quantico en Virginie.
«Du matériel biologique appartenant à trois individus différents dont Al-Zarkaoui ont été reçus par le laboratoire du FBI», a dit l'agent spécial Ann Todd, la porte-parole du laboratoire. «Les scientifiques du FBI vont travailler 24 heures sur 24 pour ces examens génétiques». Selon le porte-parole du FBI Richard Kolko, les tests ADN permettront de comparer ces échantillons avec un autre échantillon appartenant également à Zarkaoui. Todd et Kolko se sont refusés à tout commentaire sur le lieu ou la manière dont a été obtenu cet échantillon. Les résultats sont attendus d'ici trois jours. Les autorités américaines ont déjà formellement identifié grâce notamment à ses empreintes digitales le chef d'Al-Qaïda en Irak, alias Zarkaoui. «Les tests ADN servent un peu à mettre les barres aux «t» et les points sur les «i».
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