Publicité

Questions à Krishna Thirapathi

10 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Le cas de Jennia Arékion établit que le malaise social s’envenime. Quels sont les facteurs qui provoquent la pédophilie ?

Il ne faut surtout pas établir de corrélation entre le climat social et la pédophilie. La pédophilie existe aussi dans les pays riches comme il existe dans les milieux «riches». Dans 70 % des cas, c’est un proche qui est l’abuseur. Le pédophile est généralement une personne au-dessus de tout soupçon avec une bonne situation sociale.

Les abus sexuels déstructurent complètement le développement de l’enfant par rapport à sa sexualité et ses relations avec les autres parce qu’il y a une dévalorisation de sa personnalité. Les victimes d’inceste et de pédophilie se tournent aussi vers d’autres problèmes : drogue, alcoolisme, prostitution, anorexie, boulimie et autres conduites suicidaires.

● Est-ce que les parents sont en partie à blâmer ?

Beaucoup de parents tendent à rejeter leurs responsabilités sur l’école. C’est vrai cependant que les parents doivent apprendre à connaître les signes d’attouchements sexuels sur leurs enfants afin de pouvoir les déceler. Quand un enfant est abusé sexuellement, cela laisse des traces et les parents ont la responsabilité de vérifier cela. Le comportement de l’enfant change, il envoie des signaux à son entourage. Il y a très certainement une campagne à mettre en place afin d’éduquer les parents sur la question.

● Le parent doit-il parler de la pédophilie à son enfant ?

Bien sûr que les parents doivent en parler. Mais les sensibilités religieuses et culturelles font qu’il est difficile pour certains parents d’en parler à leurs enfants. Il y a un travail à faire sur ce sujet. Il faut avoir une attitude simple et adaptée à l’âge de l’enfant. On peut lui apprendre les parties de son corps qu’on a le droit de toucher ou pas.

● Est-ce un vide institutionnel qui occasionne la pédophilie ?

Il est inexact d’affirmer que la pédophilie est le symptôme d’un vide institutionnel. Les causes de la pédophilie sont ailleurs. Par contre, si on veut combattre la pédophilie, il est très important qu’il y ait une structure légale appropriée. Par exemple les pédophiles, c’est connu, utilisent beaucoup Internet. Or à Maurice, il n’y a pas de loi pour interdire l’accès aux sites Internet ou la publication d’images pédophiles sur le Net…

● Pensez-vous que des séminaires ou des causeries soient suffisants pour freiner ce mal social ?

On constate déjà qu’il y a peu de séminaires et de causeries sur ce problème. Il faut mettre en place un important plan de communication. On travaille sur un projet en ce sens. L’information et la communication sont un travail à faire en permanence. Plus on va parler de la pédophilie, de l’inceste et des abus sexuels, plus on va déranger les abuseurs et les empêcher d’agir. On va aussi apprendre aux enfants que leur corps leur appartient, que les adultes n’ont pas le droit à certains actes.

Il est également très important que le système éducatif puisse inclure dans son cursus des informations sur la pédophilie et sur d’autres sujets sensibles. Il faut arrêter de débattre sur la nécessité changer le cursus scolaire. Il faut inclure ces informations, point à la ligne.

Propos recueillis par Tania HUËT

Publicité