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Parapublic : Une question d?hommes
Que dire de la décision du gouvernement de dissoudre la Development Works Corporation (DWC) ? On est tenté d?applaudir l?action forte d?une administration qui poursuit sa traque de l?inefficience. Réflexion faite, on se demande si ce n?est pas là qu?un trompe-l??il.
Les signaux sont plutôt contradictoires. D?une part, le pouvoir s?attaque à un symbole d?inefficience. De l?autre, il perpétue le système qui en est responsable. D?un côté, il annonce la fermeture de la DWC et de l?autre, il procède à des nominations discutables à la tête d?organisations parapubliques clés.
à Krishna Coonjan, critiqué par l?Audit pour son administration de la Farmers? Service Corporation, est confiée la direction du National Productivity and Competitiveness Council, malgré l?opposition du board. Gilbert Philippe, montré du doigt durant son passage à l?administration portuaire, est nommé conseiller au Premier ministre. Fareed Janjeerkhan, ancien caméraman, est promu à la présidence de la Mauritius Broadcasting Corporation?
Sans doute de telles personnes ont-elles de grandes qualités personnelles. Le contribuable, lui, leur reconnaît surtout une ?qualité? commune : elles ont toutes activement ?uvré au retour de leur parti au pouvoir. On peut comprendre alors qu?il doute de la sincérité du gouvernement à combattre l?inefficience dans les institutions publiques.
L?administration c?est l?affaire des hommes qui sont à la barre. S?ils n?ont pas au départ les compétences pointues, les qualités personnelles pour inspirer et diriger, l?organisation est vouée à une mort lente mais certaine. Peu importe alors la quantité de sérum que l?Etat lui injecterait sous forme de subventions.
L?appareil administratif des organismes parapublics est chapeauté par le conseil d?administration et constitué du directeur général, qui en est le commandant de bord. Deux autres pôles d?influence agissent sur l?organisme, le ministre de tutelle et ses conseillers. Le board est constitué de fonctionnaires représentant des ministères, quelques ?indépendants? désignés par le ministre de tutelle et un président nommé par ce dernier. Souvent, le gouvernement choisit le directeur exécutif. Un autre protégé.
Il paraît que le poisson pourrit par la tête. Les anciens qui ont pratiqué le système ont fort à dire sur les boards qui président à la destinée des entités constituées. Il sont confirmés par ceux encore en poste. Ils parlent, certes, sous le couvert de l?anonymat.
?Les personnes nommées au conseil d?administration sont des individus sans perspectives d?avenir. Ni dans le privé, ni dans le monde des affaires. Ils ont souvent le seul mérite d?avoir aidé le parti à revenir au pouvoir. Ils n?ont en général aucune compétence ni expérience du domaine dans lequel évolue l?organisation. Cela suffit pour rendre le board impotent?, affirme un ex chief executive du parapublic.
Les fonctionnaires sont censés défendre le point de vue de leur ministère. Mais souvent, ils n?en ont absolument aucune idée. Frileux, ils préfèrent s?enquérir auprès de leur ministre, bloquant ainsi le processus de prise de décision. Alternativement, ils coupent court à toute réserve qu?un conseil d?administration pourrait avoir sur une question particulière en faisant entendre la phrase magique : ?This is policy.? C?est en effet le ministère qui décide des grandes orientations politiques auxquelles doit obéir l?organisation.
?Le fonctionnaire est opportuniste. Li get kot divan soufle, veut être gagnant quelle que soit la configuration politique?, déplore un observateur.
A l?origine, un organisme parapublic est créé dans un souci de minimiser l?influence de la bureaucratie dans le processus de prise de décision. ?Mais l?organisme parapublic n?est souvent qu?un simple département du ministère de tutelle. Il perd toute son indépendance?, renchérit un directeur en poste.
Les politiques se défendent de pratiques d?ingérence. Ils font remarquer que c?est eux qui doivent répondre du fonctionnement de l?organisation au Parlement. Il leur est donc naturel de suivre de près les parapublics sous leur tutelle.
?Parfois, l?administration est si incapable de suivre que nous sommes obligés de tout lui dicter?, avoue un ancien ministre qui a aussi dirigé un organisme parapublic. Et puisque ce sont les ministres eux-mêmes qui président à la constitution des équipes administratives, peut-être faut-il lire ici un aveu de culpabilité?
Les conseillers politiques sont aussi mis à l?index. Comble de l?ingérence, un conseiller aurait récemment exigé l?annulation d?une réunion du conseil de la Cargo Handling Corporation, outré que l?organisme ne lui ait pas communiqué l?agenda au préalable. Or, en tant que conseiller , il n?y a pas droit?
?Un organisme parapublic est créé dans un souci de minimiser l?influence de la bureaucratie dans le processus de prise de décision?
?Finalement, le ministre a son mot à dire sur tout. De l?allocation du contrat au recrutement d?un planton?, résume un directeur. Le board n?est en réalité qu?un pantin, ajoute-t-il.
Et quid des structures et procédures prescrites par la loi pour assurer la transparence et l?indépendance dans la prise de décision ? ?Dans le set up actuel, tout est en place pour permettre la fraude et le trafic d?influence. Même l?appel d?offres, à priori très transparent, peut être perverti?, explique un ex-haut cadre.
Un directeur exécutif de trempe pourrait faire rempart contre ces ingérences. Mais à en croire ceux qui en ont fait l?expérience, il ne saurait durer. Et trop souvent, il est là en raison de son affiliation politique. Il est alors tentant de céder aux camarades?
Le middle management n?est pas jugé avec plus de sympathie. ?Ils ne sont pas performance oriented. Ce qui leur importe, c?est leur salaire, les perks qu?ils perçoivent et la retraite qu?ils toucheront. Ils sont réfractaires à tout changement qui menacerait leur confort?, se plaint un directeur.
Le système encourage-t-il cette attitude ? En général, l?inefficience n?est pas sanctionnée. L?emploi dans le parapublic est protégé et le directeur n?a pas latitude de hire and fire. A entendre ceux en poste, il y a grand besoin de renouvellement. Mais, il faudrait déjà revoir la grille salariale pour attirer les meilleures compétences, souligne l?un d?eux.
La liste des récriminations est longue. Ceux qui pratiquent le système ou l?ont fait dans le passé n?en sont guère impressionnés. Ils sont les plus sceptiques par rapport à la sincérité du gouvernement dans ses velléités de réforme. S?il veut aller jusqu?au bout, ils lui suggérent des réformes, selon eux, indispensables.
Il faudrait instituer un audit régulier et indépendant pour mesurer l?efficience de ces institutions. Cela pourrait se faire tous les deux ans. Les auditeurs jugeraient l?institution sur l?utilisation des ressources, la bonne gouvernance, la réalisation des objectifs. Si une administration échouait au test, elle serait licenciée.
?En l?absence de profit et de cash- flow comme indicateur de performance, il est dur pour l?organisation parapublique de mesurer son efficience. Ne sachant où elle se dirige, il lui est souvent impossible de savoir si elle est arrivée à destination. Ce qu?il y a de pire, à mon avis, c?est de persister dans l?erreur?, se désole un ancien.
Eliminer le parapublic serait-il une solution ? Tous sont unanimes à dire que non. Maurice a tout intérêt à consolider ses institutions en se donnant les moyens de devenir le Singapour tant rêvé. Un pays qui lui a construit sa prospérité sur des institutions publiques solides, intègres et efficientes.
LA DWC, PREDESTINEE A L?ECHEC
Aujourd?hui symbole d?inefficience, la Development Works Corporation (DWC) représentait hier le salut. Sa création a jadis été louée par des milliers de pères de famille qui trouvaient un moyen supportable de vivre leur réalité de chômeur. Dutt, fringant quinquagénaire, se souvient de ses jours de misère noire.
?Pa ti ena manze dans lakaz. Mo ti pe al lapes pou gagne en ti cari. Ti ena enn de poule dan lacour. Lavi pa ti ser me pa ti ena kas pou aste rasion. Travay ti mizer?, raconte-t-il.
Plus tard, dans les années post-Indépendance, le gouvernement crée la DWC. Décision tant politique que sociale. La montée du chômage alimente l?instabilité. Un nouveau parti, le Mouvement militant mauricien monte en puissance, ralliant des milliers de sans-emploi portés par ses discours socialistes. Manifestations de masse et grèves se succèdent. On réclame le droit à l?emploi. On exige aussi des conditions meilleures.
L?oisiveté est mère de tous les vices, dit-on. Le gouvernement d?alors l?a vite compris. La précarité de la situation sociale exige aussi une attention immédiate. La création d?emplois devient la première priorité. Le tout premier plan stratégique pour le dévéloppement économique du pays, en 1971, préconise la création de la DWC. Des ouvriers vont être recrutés par milliers pour construire des routes et des immeubles publics, cultiver des produits agricoles, s?occuper des bois et forêts? Le boom sucrier et les industries naissantes (tourisme et zone franche) contribuent, cinq ans plus tard, à gommer le chômage et à ramener le rang des sans-emploi à un honorable 7 %.
Au départ , l?Etat employeur n?est pas en mesure de générer le volume de travail nécessaire pour occuper les recrues de la DWC. Il procède donc au rationnement. On a de quoi s?occuper trois ou quatre jours par semaine. La fameuse formule ?Quatre jours à Paris? est née. D?autres expressions savoureuses font leur entrée dans le vocable populaire. ?SlowMenatWork? ou encore le poste de ?virr go?.
Dutt se souvient de cette époque. ?Souven pas ti pe gagne enn zurne full. Ti pe al debrans pie, pios lerb dan bor simin? Lapey la ousi pa ti bel. Ti pe donn nou koupon rasion. Kan ou presente sa laboutik, ou gagne diri, lafarin, disik, deluil, disel.??
Les débuts sont durs mais Dutt et les 15 000 à 20 000 autres recrues s?accrochent. L?Etat ouvre des centres de formation avec l?aide de pays amis : à Bel-Air, à Rivière-Dragon, à Cap-Malheureux, on apprend la maçonnerie, la charpenterie, la menuiserie et la mécanique légère aux chômeurs. La DWC se structure, participe aux grands chantiers : le Vrac, le quartier général de la radio-télévision, le service météorologique, l?université... Elle participe en tant que bâtisseur, en tant que sous-traiteur, comme entrepreneur principal ayant sous-traité à une société privée.
Dutt opte pour les bois et forêts. Il devient fonctionnaire permanent avec droit à la retraite et bénéfices négociés au gré des dicussions syndicales. Il trouve la stabilité pour fonder une famille, se construire une maison et élever ses cinq enfants. Près de la retraite, il respire la sérénité d?un homme qui a réussi.
La DWC, elle, suit un tout autre parcours. Les années passent, le pays prospère. Des possibilités d?emploi se multiplient dans le privé. Les infrastructures de l?Etat se font plus sophistiquées, requièrent des connaissances pointues, des équipements modernes que la DWC ne possède pas forcément. Les investissements qu?elle fait pour rester dans le jeu s?avèrent inadéquats. Elle commence à accumuler les déficits. La concurrence, elle, se renforce à coup d?alliances stratégiques avec des entreprises étrangères.
Cette situation s?aggrave. Les gouvernements successifs continuent à imposer à la DWC directeurs et présidents de ?boards? ?politiques? alors qu?elle a besoin d?as de l?administration capables d?en faire un opérateur efficient et autonome. Les politiques l?utilisent pour séduire l?électorat à l?approche des élections : asphaltage de routes, constructions de centres sociaux et de jardins d?enfants? Le hic c?est que souvent les ministères qui commandent ces projets sont mauvais payeurs.
La DWC s?érige en monstre budgétivore, symbole d?inefficience attaquée lors des campagnes électorales mais que les gouvernements successifs conservent telle quelle pour leurs propres fins. Le dégraissage du personnel s?avère un répit de courte durée. Le destin de la DWC est scellé. Mais ce n?est que maintenant qu?un gouvernement a le courage politique de l?assumer.
Aurait-on pu décider d?un sort différent ? Certainement. La DWC aurait pu gagner en efficience pour devenir une compagnie de construction respectée. Il aurait fallu, comme l?a réclamé le syndicaliste Deepak Benydin, mettre à jour le ?mission statement? de la corporation. Il aurait fallu lui donner les moyens logistiques et surtout les ressources humaines adéquates pour atteindre les sommets. Mais les politiciens d?hier et d?aujourd?hui en ont décidé autrement.
COMPRENDRE
Un organisme parapublic est créé à travers un acte parlementaire. Cette loi définit le statut de l?organisme, régit son fonctionnement et en délimite le champ de pouvoir. La notion de service public est prédominante dans les attributions de l?entité. Celle-ci existe ? en théorie du moins ? pour promouvoir l?intérêt public.
Ainsi, la station nationale de radio et de télévision est régie par le ?Mauritius Broadcasting Corporation Act? spécifiant ses rôle et responsabilités de prestataire de service public. Cette loi distingue la MBC des radio privées, par exemple, où la rentabilité dicte le fonctionnement.
Les organismes parapublics assurent des services essentiels destinés à la consommation directe du public, tels que le transport et les services bancaires. Ils offrent des services d?encadrement et de facilitation à la communauté des affaires. Ils sont actifs comme prestataires de services sociaux pour les plus démunis.
L?organisation parapublique ne fonctionne pas dans un vacuum. Elle est placée sous la tutelle d?un ministère et elle est tenue de rendre compte au Parlement et donc aux représentants du peuple qui y siègent. Le ministre responsable en est le porte-parole à l?Assemblée nationale.
Le parapublic est distinct des compagnies étatiques. Celles-ci sont incorporées sous le ?Companies Act?, tout comme le serait n?importe quelle autre société privée. Elles ont la structure, le mode de fonctionnement et les mêmes objectifs de rentabilité que les compagnies privées, même si elles sont tenues d?observer des devoirs de prestataire public. Mauritius Telecom, Air Mauritius et la State Bank of Mauritius en sont les plus illustres exemples.
Contrairement aux organismes, les compagnies d?Etat ne doivent aucun compte au Parlement et donc au public. Elles ne répondent qu?à leurs actionnaires, dont l?Etat qui est souvent le plus important participant au capital. En tant que tel, le Parlement ne peut avoir qu?un contrôle très relatif sur leur fonctionnement.
En revanche, les organismes parapublics et les compagnies d?Etat peuvent tous deux grandir pour se doter de filiales ou pour s?associer à d?autres entités. Le Sugar Investment Trust est un de ceux à avoir pris avantage de cette liberté en créant des filiales se spécialisant dans les services de loisirs et dans le développement et la promotion fonciers.
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