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?Former les défavorisées à un artisanat de qualité?

7 juin 2006, 00:00

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<B>● Vous êtes ?chairperson? au National Women Entrepreneur Council depuis cinq mois. Vos premières actions?</B>

J?ai institué une banque de données des entrepreneuses. Le conseil avait certes 1 200 membres enregistrés mais elles n?étaient pas répertoriées en fonction de leur secteur d?activité et de leurs qualifications académiques. Ce répertoire a permis de les catégoriser en secteurs, soit 235 femmes dans le textile, 192 dans le secteur agricole, 126 dans celui des services et 391 dans l?artisanat. L?exercice a aussi permis de connaître leur niveau académique pour mieux élaborer des cours de formation taillés sur mesure pour elles.

<B>● Comptez-vous en recruter d?autres ? </B>

Oui, car il semblerait que bon nombre de femmes dont les affaires marchent se soient abstenues jusqu?ici de se faire enregistrer. A toutes celles qui sont susceptibles d?être membres, j?ai envoyé un formulaire à remplir dans une enveloppe prépayée. Elles doivent répondre à des questions simples telles que leur secteur d?activités, leurs qualifications académiques, leur chiffre d?affaires. Ces informations, qui resteront confidentielles, nous permettront de les évaluer pour mieux les encadrer et leur offrir des cours très spécialisés, notamment en branding et marketing international. Au bout de deux ans, nous procéderons à une réévaluation pour voir leurs progrès. J?ai suggéré à Indira Seebun, ministre de la Femme, d?éliminer les frais d?enregistrement de Rs 100 exigés jusqu?ici pour les entrepreneuses qui débutent. Par contre, pour les femmes d?affaires déjà établies et dont l?entreprise prospère, il y aura des frais d?enregistrement. Le conseil revoit actuellement tous ses cours de formation pour qu?ils soient adaptés aux aptitudes et besoins de ses membres. Pour les femmes d?affaires payant la TVA et qui s?enregistreront auprès de nous, je négocie actuellement avec Air Mauritius pour qu?elles bénéficient de remises intéressantes sur les billets d?avion lorsqu?elles vont assister à des foires internationales. La compagnie aérienne m?a proposé un pourcentage mais j?essaie d?avoir une meilleure offre. J?ai aussi demandé une remise sur les billets pour des déplacements privés et j?attends également une réponse d?Air Mauritius en ce sens. Finalement, le conseil a maintenant un agent en Chine. Si un de nos membres veut faire des affaires dans ce pays et ne sait pas trop où s?orienter, cet agent peut prendre tous les renseignements en amont pour elle afin qu?elle gagne un temps précieux.

<I>?Si un de nos membres veut faire des affaires en Chine, notre agent peut prendre tous les renseignements en amont?...</I>

<B>● Avez-vous pensé aux femmes des milieux défavorisés? </B>

Elles n?ont pas été oubliées. J?ai élaboré un projet d?intégration sociale à leur intention dans le secteur touristique. J?ai considéré ce secteur en premier lieu car je le connais bien et il est florissant. L?idée de ce projet est de regrouper une quarantaine de femmes défavorisées vivant non loin des régions touristiques et de leur faire suivre des cours d?artisanat qui seraient délivrés par des experts étrangers. Le tout dans un centre aménagé exprès à cet effet. A Maurice, un artisanat de qualité et ayant un cachet couleur locale fait défaut. Pour y pallier, j?ai contacté plusieurs ambassades, hauts-commissariats et consuls mauriciens à l?étranger ? le Pakistan, l?Inde, la Chine, l?Afrique du Sud, l?Indonésie ? pour leur demander de nous déléguer des experts capables de former ces femmes. Plusieurs d?entre eux ont répondu favorablement. Je vois bien le conseil créant quatre centres qui serviraient à la formation mais opéreraient aussi comme des ateliers de fabrication d?objets artisanaux. Chaque centre sera pourvu d?une crèche pour celles qui ont des enfants en bas âge. Le conseil fournira les matières premières pour qu?elles commencent la fabrication jusqu?à ce qu?elles soient à même de générer des profits et d?en acheter. J?ai aussi pris contact avec les groupes hôteliers pour qu?ils soient partie prenante du projet et placent nos produits dans leurs boutiques. Jean-Michel Pitot, directeur du groupe Véranda, a déjà signifié son accord. Mon but est que tous les hôtels quatre à cinq-étoiles fassent de même et ce, sans prendre de marges sur ces objets. J?ai parlé à Xavier-Luc Duval, ministre du Tourisme, qui a accepté de faire de la place à ces produits dans les futurs bureaux de la Mauritius Tourism Promotion Authority. Je vais aussi contacter les tour-opérateurs pour qu?ils incluent la visite de ces centres dans leurs excursions. Ainsi, les touristes pourront voir ces femmes au travail et acheter sur place. Cette formule d?intégration sociale des plus vulnérables sera répliquée à d?autres secteurs identifiés.

<B>● Combien coûtera ce projet ? </B>

Le budget défini pour ce projet est de Rs 70 millions. Je sais qu?il est ambitieux mais je crois qu?il faut placer haut la barre si l?on veut réussir. J?ai eu une réunion avec Rama Sithanen, ministre des Finances, et il m?a dit de soumettre mon projet et s?il est valable, il tâchera de trouver les fonds nécessaires. J?ai aussi approché l?Union européenne et j?attends une réponse. Je vais commencer à appliquer cette idée dans un centre existant à Triolet. Je me donne deux mois pour commencer à recruter les femmes et un an pour qu?elles soient à même de produire un artisanat de qualité.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Marie-Annick SAVRIPÈNE</B>

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