Publicité
?Augmenter la TVA risque de casser la croissance?
Par
Partager cet article
?Augmenter la TVA risque de casser la croissance?
<B>● Quelle est votre analyse de la situation économique qui sert de toile de fond au budget 2006-2007 qui sera présenté vendredi ? </B>
La situation n?est plus aussi favorable que dans le passé. L?environnement s?est dégradé pour les principaux piliers de l?économie. Les moteurs traditionnels de la croissance s?essoufflent. Le sucre est affecté par une baisse de prix drastique et le textile souffre du démantèlement de l?accord multi-fibre.
Une des conséquences est que le chômage a grimpé à 10 %. Il y a un ralentissement de la croissance mais on ne peut pas parler de récession. Il faut se rappeler que Maurice a connu deux décennies de croissance soutenue, ce qui est exceptionnel pour un pays en développement. Au niveau des finances publiques, le déficit budgétaire est élevé, autour de 6 %, et le problème de la dette, Rs 108 milliards, est aigu.
On aime comparer Maurice aux pays d?Asie. Eux aussi ont connu de graves crises économiques, comme la crise financière de 1997. Au milieu des années ?80, Singapour était en récession. Le plus difficile est de gérer et surmonter ce type de crise. L?essentiel est de savoir gérer les moments difficiles à venir. Je pense qu?il faudra surtout tenter tout ce qui est possible pour atténuer les conséquences négatives pour le social. Il faudra savoir mitiger les effets négatifs des décisions difficiles qui s?imposent pour relancer l?économie.
<B>● Pensez-vous que ce budget est plus important que les précédents ? Avez-vous le sentiment que l?attente est plus grande ? </B>
Compte tenu du fait que l?environnement économique est devenu plus défavorable, ce budget est très important pour l?avenir économique du pays. Nous attendons des réponses aux défis qui se posent.
<B>● Quels devraient être les principaux objectifs du budget ? </B>
Ils sont deux : assainir les finances publiques et relancer l?économie afin de retrouver le dynamisme d?antan. Le ministre des Finances a évoqué à plusieurs reprises le danger du cercle vicieux de la dette. C?est un risque bien réel.
Selon moi, le plus facile à faire serait de rétablir les fondamentaux de l?économie. Les économistes du ministère des Finances savent comment s?y prendre. On a vu déjà des initiatives pour contenir les dépenses avec, entre autres, l?annonce de la fermeture de la Development Works Corporation. Pour un économiste, c?est la partie la plus facile à réaliser mais pour un politicien, c?est sans doute le plus difficile. Le plus dur sera de relancer l?économie. Il faudra faire preuve d?audace et d?imagination comme dans les années ?80.
<B>● Pourquoi dites-vous qu?il est important de ne pas oublier le facteur social ?</B>
Dans les pays d?Asie qui ont connu des crises économiques, le fardeau de la restructuration économique a été équitablement réparti. Si on ne partage pas le fardeau équitablement, la période de transition risque d?être plus longue et plus pénible pour tous.
Il faut à tout prix maintenir la cohésion sociale. Je pense que le ministre des Finances est conscient qu?il ne faut pas provoquer une situation où les pertes d?emploi déstabilisent le tissu social. Il faut maintenir la cohésion sinon il y aura des résistances qui rendraient les mesures moins efficaces.
<B>● Vous avez évoqué le problème de la dette et du déficit budgétaire. Quelle est la marge de man?uvre du ministre pour accroître les revenus de l?Etat ? </B>
Les options sont limitées. Je pense que le ministre des Finances n?augmentera pas le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afin de ne pas risquer de casser la croissance. Mais il peut garder le même taux tout en élargissant l?assiette des produits et services assujettis à la TVA.
Par ailleurs, nous avons entendu des rumeurs sur une possible introduction d?une taxe à la source sur les intérêts, les dividendes et les plus-values. On saura ce qu?il en est vendredi.
Le ministre des Finances a démontré sa volonté de réduire les dépenses publiques en rétrécissant la taille du gouvernement au fil des futures années. Mais Rama Sithanen a déjà répété à plusieurs reprises que la vraie solution aux problèmes de la dette et du déficit est de retrouver des taux de croissance supérieurs qui génèreront automatiquement plus de revenus pour le gouvernement, notamment en termes de TVA.
<B>● Le budget 2006-07 suscite des attentes et appréhensions par rapport au concept d?ouverture de l?économie et surtout sur l?éventualité d?un abaissement tarifaire drastique. Que pensez-vous de ce débat sur la l?abolition complète des droits de douane ? </B>
Je suis davantage en faveur d?une approche graduelle. On ne peut pas protéger les industries inefficientes indéfiniment mais en même temps, je ne souhaite pas voir de nouveaux chômeurs manifester dans les rues. La priorité est de créer des emplois. Il vaut donc mieux avoir des politiques qui favorisent la création d?emplois plutôt que des politiques qui en détruisent. C?est logique.
L?ouverture du marché mauricien comprend des risques. Le dernier budget d?avril 2005 a été un choc pour de nombreuses entreprises. Il y a des compagnies qui ont déjà consenti à des investissements importants en prévision d?une libéralisation graduelle du marché local. Si nous ouvrons le marché domestique subitement, elles seront pénalisées. En Europe et aux Etats-Unis, on y a réintroduit des droits de douane sur les vêtements chinois car même ces grands pays développés n?arrivent pas à contrer la concurrence chinoise.
Par ailleurs, on dit souhaiter le développement des petites et moyennes entreprises (PME) mais quel sera leur sort si nous ouvrons subitement notre marché local aux produits importés, de pays qui ont des économies d?échelle supérieures.
Dans un récent rapport intitulé Learning from a decade of reform, la Banque mondiale est arrivée à la conclusion qu?il n?y a pas une solution miracle unique aux problèmes économiques. La politique de libéralisation a échoué en Afrique et en Amérique latine. Je concède que la libéralisation nous est imposée par l?Organisation mondiale du commerce mais il faut trouver des moyens pour éviter des pertes d?emploi.
La globalisation n?est pas un concept nouveau. Il existait avant la Seconde Guerre mondiale quand des Européens possédaient des fermes immenses en Amérique latine. Les pays développés sont devenus riches en pratiquant le protectionnisme et maintenant ils veulent bloquer l?ascenseur pour les pays pauvres.
Lorsque les Etats-Unis ne pourront plus soutenir la compétition des pays asiatiques, ils remettront en cause le libéralisme.
<B>● Quels sont les secteurs qui peuvent potentiellement contribuer à la relance de l?économie et à la croissance ? </B>
Il y a d?abord le tourisme, un secteur dans lequel nous sommes compétitifs. Avec 2 millions de touristes annuellement, ce secteur peut avoir un effet d?entraînement sur l?agriculture. Si nous arrivons effectivement à attirer 2 millions de touristes, il faudra les nourrir.
La production de fruits et légumes sous serre a déjà pris une certaine ampleur. Les hôteliers ont un rôle à jouer pour accompagner les petits entrepreneurs afin qu?ils puissent satisfaire les normes de qualité qu?exige l?industrie touristique. Puisqu?on parle de démocratisation de l?économie?
On peut également faire une évaluation sur l?état de développement des services financiers où il y a un potentiel de croissance en se lançant dans des services plus spécialisés et à plus forte valeur ajoutée. Cette recherche d?une plus forte valeur ajoutée s?applique également aux technologies de l?information et des communications. Le seafood hub est également prometteur. On a également évoqué un knowledge hub.
L?état doit se concentrer davantage sur ces secteurs. Cela a toujours été le rôle de l?Etat de donner le signal aux investisseurs.
<B>● Aujourd?hui comment l?Etat peut-il aider ces secteurs émergents ? </B>
Il faut d?abord alléger la bureaucratie comme l?avait promis Rama Sithanen en septembre 2005. Le concept de silent agreement qu?il avait évoqué n?a pas encore été mis en pratique. Le jour où un entrepreneur n?aura plus à aller chercher quatorze permis différents, ce sera une belle avancée.
Par ailleurs, les PME ne se sentent pas suffisamment soutenues. Il y a des institutions telles que le Small Enterprises and Handicraft Authority et la Banque de développement de Maurice qui sont supposées les aider. Mais dans la réalité ce sont davantage des obstacles que des facilitateurs.
Publicité
Publicité
Les plus récents