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Pierre Bonnard dans l?intimité du bonheur?
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Pierre Bonnard dans l?intimité du bonheur?
La conférencière en art, Michèle Malivel, nous laisse ses impressions sur Pierre Bonnard, peintre et lithographe français. Un artiste souvent influencé par les mouvements artistiques japonais et qui a fait l?objet d?une conférence tout dernièrement.
Avec Pierre Bonnard, ?c?est le charme discret de la bourgeoisie qui agit sur nous comme une phrase musicale? Les grands mouvements de la peinture seraient comme des coups de cymbales, percutants, assourdissants...?
Cette appréciation sonne d?autant plus juste lorsqu?on s?aperçoit que Bonnard est né en 1867, l?année même de la mort de Jean-Auguste Ingrès (peintre français surtout connu pour le Bain Turc) et qu?il meurt en 1947, après la Deuxième Guerre mondiale. Il a donc été le témoin des plus grands bouleversements de l?histoire de l?art qui ont participé à la naissance de l?art moderne.
Bien que Bonnard ait été considéré comme le continuateur de l?impressionnisme, il connaissait fort mal les toiles impressionnistes à ses débuts. Il faisait même partie du milieu de la Revue Blanche, la plus subversive des revues littéraires de l?époque et qui était résolument hostile à l?art impressionniste.
Il a une vingtaine d?années quand les murs de Paris se couvrent de l?affiche qu?il vient d?imaginer pour France Champagne, affiche qui va frapper Toulouse-Lautrec et lui donner l?idée de créer lui-même des affiches.
Ce jeune homme de la bonne bourgeoisie rencontrera à l?Académie Julian, institut privé qui prépare au Prix de Rome, Maurice Denis, Sérusier, Vuillard. Voilà la genèse des Nabis, ces nouveaux prophètes de la peinture. Les Nabis se constituaient aussi d?artistes qui estimaient être les nouveaux prophètes de la peinture en cette fin de siècle.
À la suite de Paul Gauguin, ils vont simplifier la ligne, exalter la couleur et, comme le souligne Maurice Denis le théoricien du groupe, vont considérer que le tableau est avant tout ?une surface plane couverte de couleurs en un certain ordre assemblées? et faire de l??uvre d?art ?une transposition, une caricature, l?équivalent passionné d?une sensation reçue?.
Bonnard s?intéressera aussi beaucoup aux estampes japonaises qui inondent alors Paris, au point qu?on l?appellera ?le nabi japonard?. Il préfère l?arabesque au modelé, néglige délibérément la perspective et les lointains. Il pratique volontiers la déformation expressive et caricaturale et néglige surtout la représentation de la réalité qu?il interprète d?une façon décorative, souvent capricieuse et humoristique mais toujours avec une profonde humanité. Il dira d?ailleurs : ?Toute ma vie, j?ai flotté entre l?intimisme et la décoration.? C?est à travers la liberté, la fantaisie et l?irréalisme que permet la décoration qu?il élabore son style personnel.
Si on le sent parfois attaché à donner plus de cohérence à sa peinture sous l?influence de Paul Cézanne dans des toiles où la couleur irradie dans le cadre d?une structure formelle et rigoureuse, on sentira parfois, dans l?exaltation de cette même couleur, son intérêt pour le fauvisme.
Du cubisme, il retiendra la volonté délibérée d?organiser un espace calculé. Il devance et annonce l?art abstrait utilisant de façon très novatrice un jeu imaginaire de couleurs qui nous obligent à faire un effort d?attention pour finalement discerner la forme réelle.
L?être humain habite le tableau pour lui donner vie en laissant la lumière irradier sa peau plus que pour ce qu?il est lui-même. Dans ses paysages, Bonnard traduit le regard mobile qui déplie l?espace. Pour essayer de capter un champ intégral, il utilisera les miroirs et les portes-fenêtres. La porte-fenêtre restitue le réel dans sa transparence.
Il n?y a plus ni avancée, ni lointain. Deux univers distincts se mêlent, et les deux mondes ne font plus qu?un dans la mouvance du regard. L?horizon illimité et l?univers du peintre se confondent dans une sorte de fouillis où les couleurs se brouillent.
Chaque année, Bonnard peignait l?amandier en fleurs de son jardin. Ce sera sa dernière toile en 1947. Le frémissement des blancs s?élevant dans le ciel est le dernier hommage de Bonnard à la nature, celle-là même qu?il a exaltée toute sa vie, inondée de soleil, éclatante et somptueuse. Il est enfin empli de sérénité et peut se tourner vers le cheval au regard tendre, le cheval pâle de la mort qui finit par l?emporter.
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