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L?argent qui dort
Le Parti travailliste osera-t-il froisser les sacro-saints villageois, électeurs à ce point précieux qu?il n?a pas manqué de leur promettre de ne lui imposer aucune taxe rurale ? Il appelle pourtant, aujourd?hui, de ses v?ux un effort collectif, l?implication du citoyen dans la réduction des dépenses publiques. Initiative citoyenne sensée, cette taxe, qu?on l?appelle « fee » ou « levy », est une réponse à ce souhait. Si les dirigeants veulent d?une autre cohérence que celle des slogans électoraux, ils devraient autoriser le ministre Sithanen à l?annoncer. Et amorcer intelligemment ainsi la décentralisation.
Certes, l?administration régionale est loin de représenter la plus lourde dépen-se publique. Un milliard de roupies pour des services de base à l?ensemble des citoyens, ce n?est pas cher payé. Mais aucune économie n?est négligeable. Si l?idée d?une taxe rurale aura été longtemps défendue par les uns et les autres comme le moyen de promouvoir une plus grande démocratie, c?est bien d?économie qu?il s?agit cette fois. L?augmentation annuelle constante de 10 % en moyenne du budget des entités régionales n?est plus possible.
Or, leurs dépenses augmentent.
Les seuls items ramassage d?ordures et éclairage des routes représentent presque la moitié du budget des districts. Si le prix de l?essence et de l?électricité monte encore comme cela risque d?être le cas durant l?année, comment se débrouilleront-ils avec un budget réduit de 2 % ?
L?on se souvient du cri d?alarme poussé en ch?ur par les conseils de district il y a quelques mois, amenant au beau milieu de l?année, le ministre à une ponction d?urgence. Avec une facture d?électricité atteignant Rs 6 millions de plus que prévu, Moka-Flacq menaçait de plonger dans le black-out 36 villages. Jouer aux pompiers, c?est ce que le gouvernement central ne pourra se permettre de faire désormais.
Une taxe serait d?autant plus logique que ce qui bloque les politiques est depuis longtemps ridicule. Il faut arrêter de se mentir ; il n?y a pas de différence entre nos districts et nos villes. Ils ont chacun, à des degrés divers leurs poches de pauvreté, ici les cités, là les villages, et leurs quartiers riches.
Le développement résidentiel se faisant désormais sur le littoral, c?est évidemment là que se déploient les plus luxueuses demeures. Il faut cesser de citer Vale, Sottise ou Barlow et d?argumenter qu?ils n?ont « rien » qui justifie une taxe pour refuser de changer de mentalité. Si on ne les taxe pas ou, plus largement, leurs voisins plus riches, ils ont peu de chances d?avoir un jour autre chose que rien.
Le comble, c?est que dans une loi pensée pour moderniser l?administration est inscrite en toutes lettres cette légitime égalité. Dans le « Local Government Act » de 2003, ne lit-on pas : « an annual local rate may be levied on the owner of every immovable property situated in the rating area of a local authority », ce terme se référant à Pamplemousses comme à Vacoas ? Nous ne sommes pas prêts pour donner à ces deux « villes » une même considération ; c?est incompréhensible. Les responsables de district continuent à se nier le droit de réclamer les moyens de leurs actions, attendant le bon vouloir du ministre ; et c?est fort irritant.
Le seul problème réel est celui de la gestion. Quand le président Woochit dit que les conseillers ne sont pas prêts pour l?autonomie, c?est le peu de méthode d?administration dont ils sont pourvus qu?il déplore. Mais ce n?est pas insurmontable. Tant qu?ils n?auront pas, d?ailleurs, la pression de citoyens qui veulent en avoir pour leur argent, les conseilleurs n?auront pas la contrainte de la nécessité d?un apprentissage professionnel. Il restera enfin à établir un système d?évaluation des propriétés, celui qui est appliqué dans les villes n?étant pas d?une grande modernité.
Avant d?en arriver là, il faut le courage de ses idées. À une semaine du budget, l?association des présidents des conseils de district n?a fait aucune démarche officielle pour faire aboutir la sienne. Nous ne sommes pas sortis de l?auberge si aucun n?a encore compris que l?audace est la première qualité de l?administrateur.
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