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L?unanimité autour de la réforme
LA PRIVATISATION, UNE SOLUTION ?
L?annonce a été faite en fin de semaine. La Development Works Corporation sera démantelée. Nos invités parlent de l?opportunité de privatiser certains corps parapublics, tout en s?accordant à dire que d?autres services essentiels doivent être assurés par l?État.
■ Pierre-Yves Pougnet : « La question ne se pose pas immédiatement. Ce ne sont pas des privatisations qui pourraient changer la donne sur le court terme. Durant cette année, on pourrait avoir un débat approfondi sur le sujet. L?État a la responsabilité de mettre en place des services d?utilité publique. Des activités comme le trading de la State Trading Corporation ne sont pas indispensables à la population, on pourrait commencer par là. Plus généralement, ce sont les nominations dans les corps parapublics qui sont de mauvais signaux. On en fait des refuges de petits copains politiques. »
■ Ashok Subron : « La privatisation n?est pas la solution miracle. Nous penchons plutôt pour la démocratisation des corps parapublics, en les protégeant des interventions et du clientélisme politiques. Jusqu?ici les corps parapublics qui ont été privatisés génèrent plus de profit. Il y a des institutions qui fournissent des services essentiels au pays : énergie ou eau par exemple. On a besoin d?eux et la privatisation n?est pas une solution. Dans le cas de la Develop-ment Works Corporation, il faut dire que si elle est endettée, c?est aussi parce que l?État et certaines entreprises ne l?ont pas encore payée. »
■ Thomas Buffard : « Une fois qu?on aura privatisé, ce qui est possible, on fait quoi ? Ce n?est pas une solution. Cela permet de sortir de certains secteurs qui ne sont pas fondamentaux. »
■ Saoud Baccus : « Certains corps parapublics ont des fonctions intouchables. Mais certains d?entre eux, au lieu de devenir des fournisseurs de services de qualité, deviennent des fardeaux pour l?État, et donc pour nous. »
■ Leckrani Soobagrah : « Ce n?est pas la privatisation en elle-même qui réglera quoi que ce soit. L?État doit d?abord remettre de l?ordre dans le fonctionnement des organisations, comme c?est le cas avec la DWC. »
■ Jacques de Navacelle : Il faut se préparer à penser autrement. L?État doit se charger de certains services cruciaux : santé, éducation et infrastructures. Mais jusqu?ici la pensée traditionnelle a été que si l?État souhaite contrôler une activité, il faut qu?il en soit le propriétaire. On n?a pas besoin de la STC pour connaître le prix du pétrole à l?étranger, pour passer les contrats d?achats. Une seule personne peut faire cela à partir d?un bureau. L?État doit trouver d?autres moyens de réguler en mettant en place des outils de contrôle et de sanction sur les activités économiques.
■ Rajiv Servansingh : « Monsieur Subron dit qu?au départ il s?oppose à la privatisation comme principe. Je pense qu?il faut avoir une approche pragmatique. La situation politique et économique ne permet pas de privatiser l?eau, par exemple. Mais nous pouvons le faire pour l?aéroport, qui n?est pas un service essentiel. Cela amènera des revenus à l?État. La privatisation doit apporter plus d?argent dans les caisses et plus d?efficience dans l?économie de service, sans bouleverser l?ordre public. »
OU TROUVER LES COMPETENCES ?
Tandis que Maurice affiche de grandes ambitions dans le développement des secteurs de pointe comme les techno-logies de l?information et de la communication (Tic), elle souffre en même temps d?un cruel manque de main-d??uvre hautement qualifiée pour lancer ses secteurs. L?appel aux compétences étrangères est inévitable, selon la majorité de nos invités.
■ Thomas Buffard : « Qu?est ce qui est à la mode aujourd?hui ? C?est l?immigration choisie. C?est faire venir des gens compétents qui apportent un savoir-faire, qui le transmettent à d?autres et qu?on peut renvoyer chez eux après. Je préférerais embaucher des Mauriciens si je le pouvais, mais je ne trouve pas les personnes qualifiées, il faut aller chercher ailleurs.
À Maurice j?ai huit expatriés pour 200 personnes. Au Maroc, quand j?y avais une société, j?en employais seulement 3 pour 200 parce que j?avais les compétences localement. Mais avec les Integrated Resorts Schemes, d?autres étrangers viendront. Dans certains cas ce seront des jeunes directeurs d?entreprises, et ils pourront commencer à se poser la question d?implanter leurs activités ici. Mais de toute ma-nière, il vont dépenser leur argent ici. Ce qui est bien pour l?économie. »
■ Ashok Subron : « Un salaire de base dans le textile est de Rs 2 455. Si la paye était quatre fois supérieure, les usines textiles ne devraient même pas importer de main-d??uvre. Et pourtant, les travailleurs étrangers dans le textile évoluent dans des conditions de quasi esclavage. »
■ Rajiv Servansingh : « La main-d??uvre pour la zone franche et l?arrivée de personnes hautement qualifiées sont deux questions différentes. Il faut permettre aux professionnels de venir à Maurice en grand nombre, le faire à travers des contrats à durée déterminée sur trois ans, par exemple, et le formaliser avec une condition. Chaque expatrié doit s?engager à former un Mauricien. Cette condition existe déjà, mais il faut faire en sorte qu?elle soit rigoureusement respectée. Il y a une crainte chez les Mauriciens, ils croient que les étrangers en veulent à leur emploi. Il faut les rassurer à ce sujet.
Pour ce qui est de la main-d??uvre étrangère dans les usines, c?est une question de réglementation des lois du travail, et le privé demande qu?on libéralise le secteur. Si un ouvrier veut travailler trois mois dans une usine avant de changer d?entreprise, qu?on le lui permette. En gagnant en flexibilité, les usines paieront mieux ces ouvriers. »
■ Leckrani Soobagrah : « Je suis d?accord avec Rajiv Servansingh. L?arrivée d?étrangers qualifiés ne pourra qu?aider le pays et son économie à se développer. »
■ Jacques de Navacelle : « On nous demande souvent pourquoi on ne recrute pas des Mauriciens. Je rêve de le faire, parce que leur salaire sera quatre fois moins élevé que celui d?un expatrié. Malheureusement, on ne trouve pas les compétences. Je rejoins ce qui a été dit, car plus on aura d?étrangers dans le pays, plus on aura de clients pour notre production. »
QUELLE FORMATION POUR NOS RESSOURCES HUMAINES ?
La question de la formation et du recyclage est toujours d?actualité. Le ministre des Finances annonce l?essor des institutions de formation privées pour bientôt. Nos invités penchent plutôt pour une complémentarité entre l?État et le secteur privé en matière de formation.
■ Rajiv Servansingh ■ : « Nous allons vers une société de services qui, par définition, est basée sur la connaissance. La formation doit donc suivre. J?ai eu, lors des années précédentes, plusieurs investisseurs, notamment dans les Tic, qui sont venus me voir. Sur huit que j?ai rencontrés, 5 sont repartis parce qu?ils n?avaient pas trouvé assez de personnes formées. Si dans les 5 ou 6 prochaines années on a 5 000 personnes formées, cela créera 5 000 emplois dans ce secteur. Et pour 15 000 personnes formées, 15 000 emplois verront le jour. Je n?ai aucun doute à ce sujet. »
■ Saoud Baccus : « Le gouvernement doit d?abord identifier quelle main-d??uvre il recherche pour quelle industrie et il doit laisser ensuite le soin au privé de développer le personnel avec certains encouragements. »
■ Pierre-Yves Pougnet : « Ce qui m?inquiète le plus, ce sont tous ces gens qui n?ont même pas un CPE, et ils sont nombreux à éprouver des difficultés pour trouver du travail. C?est un problème de société à Maurice, et cela les rend difficilement recyclables, sauf dans la pêche ou la construction par exemple. Mais ces emplois ne sont pas fixes. Il faut savoir ce qu?on va faire de tous ces gens. Je n?ai pas de solution, mais il faudrait leur trouver des formations techniques rapides pour qu?ils trouvent de l?emploi dans le court terme. L?Industrial and Vocational Training Board (IVTB), ou encore l?École hôtelière font une partie du travail. Il faut toutefois l?accentuer. » ■ Leckrani Soobagrah : « L?IVTB fait aussi des formations pour des gens qui n?ont pas un niveau scolaire élevé, mais n?accueille pas suffisamment de monde. La formation est très importante, car s?il y a beaucoup de faillites parmi les petits entrepreneurs, c?est par manque de formation. Il nous faut un follow up, un encadrement accessible facilement et sans gros moyens car il n?est pas donné à tout le monde de suivre des cours à la DCDM Business School. »
■ Ashok Subron : « On doit viser plusieurs niveaux. Il existe des connaissances de base que toute la population doit avoir. Mais il y a aussi un drame terrible : voir le grand bâtiment de l?IVTB à Ph?nix qui abrite des bureaux, plutôt des salles de cours, ça me désole. Pour ce qui est des formations payantes, je dirais aussi qu?elles ne sont pas très accessibles, d?autant plus que les employeurs ne permettent souvent pas aux salariés de suivre des cours de formation tout en leur permettant de bénéficer de leur paye. Plus généralement, je crois que l?État doit assurer une formation de base, tandis que l?IVTB assume son rôle. »
■ Jacques de Navacelle : « Nous souhaitons proposer un système de formation pour tous ceux qui se retrouvent au chômage à cause des fermetures d?usi-nes et pour les aider à trouver un autre emploi. Il y a un diagnostic à faire. Et il reste à identifier les contributions financières respectives de l?État et des entreprises à ce projet. »
■ Thomas Buffard : « S?il y a un secteur dans lequel l?État doit investir, c?est bien dans celui de la formation. Quand une société internationale arrive et se rend compte qu?il lui faudra un an ou deux pour former une personne, elle ira ailleurs. Il ne faut pas attendre qu?on vienne vous demander si vous avez telle ou telle compétence. Il faut déjà que les gens parlent correctement le français et l?anglais et aient des notions de base. Il y a complémentarité comme on l?a dit. L?État fournit les compétences de base et le secteur privé assure une formation professionnelle pure et simple. »
Réalisé par Rabin Bhujun
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