Publicité

L?unanimité autour de la réforme

4 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>COMMENT DÉSENDETTER L?ÉTAT ? </B>

Rama Sithanen pose la question du désendettement de l?État comme étant un des principaux enjeux de son budget. En rappelant que la dette publique équivaut désormais à 70 % du produit intérieur brut du pays. Cette année, 25 % des recettes de l?État partiront au remboursement de la dette. Nos invités prônent des approches multiples sur le sujet.

Saoud Baccus : « La clé, c?est réduire les dépenses où il le faut et augmenter les revenus. Les mesures ne doivent pas être dictées par la politique. Pourquoi payer Rs 69 millions par an comme subvention aux cultes religieux ? Il faut aussi resserrer l?étau au niveau de la collecte d?impôt. Il y a des milliards que l?on ne récupère pas. À la douane, il y a eu un travail de sape pour empêcher la fraude. C?est important, il faudra continuer.

Il faudra aussi penser au gel en matière de recrutement des fonctionnaires. On ne peut pas licencier, ça ne se fait pas. Et redéployer le personnel en surplus et instaurer une autre culture dans la fonction publique. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra aussi mettre l?emphase sur la productivité. »

Rajiv Servansingh : « Quand le déficit budgétaire dépasse une certaine limite, il commence à affecter l?activité productive et économique du pays. Je ne suis pas partisan pour faire de l?économie sur les budgets. Beaucoup de nos dépenses, comme les salaires des fonctionnaires, ne sont pas compressibles. Ce sont les gaspillages qu?il faut éliminer. Et relancer l?activité économique que créer la tax buoyancy pour assurer la rentrée des revenus.

Il faut aussi éplucher les rapports de l?audit chaque année et suivre les recommandations, nous économiserons par centaines de millions. Enfin, le département du gouvernement qui s?occupe des appels d?offres, gagnerait à être professionnalisé. Car souvent un projet qui commence avec un budget qui est initialement prévu à x, finit à 2x. Le résultat des magouilles et des fautes dans l?analyse de ce département. »

Jacques de Navacelle : « La dette est le fond du problème. L?État ne pourra rien faire tant qu?il n?aura pas de situation financière supportable. L?État n produit pas un sou, il bénéficie du succès des affaires économiques qui génèrent des revenus à travers la taxe. Il doit créer les conditions pour que les affaires prospèrent.

Dans son fonctionnement, il a aussi des économies à faire, des gaspillages à éviter. L?État est aussi engagé dans des activités sans que ce soit son rôle de le faire. Quand on regarde l?ensemble des entreprises possédées par l?État, on n?est pas impressionné par leur performance. »

Thomas Buffard : « Il faut améliorer les rentrées fiscales. On dit tous la même chose, il faut en finir avec les gaspillages. Tout en améliorant l?efficience des services de l?État. Il faut plus généralement améliorer l?efficience des services. Le gel des embauches doit être considéré avec des redéploiements de certains fonctionnaires, par exemple, d?un département à un autre. »

Leckrani Soobagrah : « Le service civil est surnuméraire. Il faut aussi trouver les moyens de faire travailler davantage les fonctionnaires afin qu?ils produisent plus aussi. Le gouvernement doit se serrer la ceinture. Il y effectivement beaucoup de gaspillage dans le service civil. »

Ashok Subron : « Sithanen disait en 2001 qu?il ne fallait pas être obsédé par le déficit budgétaire. Le budget d?un pays est élastique. Concentrer toute la réflexion économique sur comment diminuer les dépenses publiques et sociales pour transférer les ressources nationales vers le secteur privé n?est pas une bonne chose. Trouver des revenus supplémentaires afin de désendetter l?État passe par la révision des concessions fiscales.

Il y a aussi les petites mesures comme la pension des ministres, éliminer les gaspillages, diminuer le nombre de conseillers, de voitures. Je m?oppose toutefois à tout licenciement ou même à un gel de recrutement des fonctionnaires. Mais certes, il ne doit pas y avoir d?over-recruitment.

Pierre-Yves Pougnet : « Le combat doit être sur deux fronts : la lutte contre le gaspillage et la recherche du value for money. Ce n?est pas le coût des services publics que l?on doit remettre en cause, mais leur efficience. Il faut aussi d?abord créer les richesses avant de les partager. Je suis pour le maintien des mesures que l?État met en place pour soutenir les communautés en difficulté dans le cadre de l?État providence. Je ne suis pas tout à fait contre ce que M. Subron vient de dire. Généralement, c?est une question de change management.

Se remettre en cause pour travailler mieux doit être une attitude partagée par les secteurs privés et publics. »

COMMENT CREER LA RICHESSE ?

C?est en augmentant la production dans le pays qu?on augmente les possibilités de redistribuer la richesse. La quasi-unanimité règne à ce sujet. Il s?agit d?aider les entreprises à se développer et les entrepreneurs à se lancer. Tout en enlevant les obstacles pour les investisseurs locaux et étrangers. Ashok Subron défend, lui, l?idée que l?État doit continuer à investir pour produire de la richesse.

Jacques de Navacelle : « Je crois qu?il faut faire une étude sur les obstacles que les investisseurs rencontrent et essayer de les enlever. L?État ne peut pas aider quelqu?un à faire du business. Il faut juste lui mettre le moins d?obstacles possibles sur son chemin. »

Leckrani Soobagrah : « Il faut encourager les investisseurs étrangers à s?implanter chez nous. Et encourager les Mauriciens à lancer leurs entreprises. Il faut beaucoup plus de petites entreprises pour que l?économie prospère et que les emplois se créent. Il doit même y avoir la possibilité de les exempter de la taxe ou de la TVA.

Il y a aussi les formations que nous devrions pouvoir donner aux petits entrepreneurs. L?AMFCE a aidé un groupe de femmes licenciées de la ZF. Avec l?aide du ministère des Finances et du National Women Entrepreneur Council, nous avons pu trouver Rs 315 000 pour financer des petits projets d?une soixantaine de femmes. »

Thomas Buffard </B> : « Il faut protéger le secteur privé pour qu?il investisse. Le retour sur investissement peut prendre plusieurs années dans certains cas, alors quand un Mauricien ou un étranger veut investir, il faut lui assurer un environnement des affaires stable. Mais il n?y a pas que les incitations diverses, si je suis à Maurice, c?est pour la sécurité et le cadre de vie. S?il y avait moins de formalité, ce serait encore mieux. Par ailleurs, il faut aussi se demander qui l?on veut faire venir et pour faire quoi ? On peut faire venir des sociétés offshore prestigieuses mais qui n?emploieront que cinq personnes chacune ! Ou des petites comme la mienne, mais qui emploieront 200 personnes. Il faut attirer le capital, la technologie et la main-d??uvre qualifiée. »

Pierre-Yves Pougnet </B> : « Il faut accompagner les entrepreneurs pour qu?ils trouvent le moyen de mettre en ?uvre leur projet. Le Board of Investment doit réduire le nombre d?obstacles, mais aussi accompagner l?entrepreneur pour l?encourager à aller de l?avant avec son projet. La démocratisation est peut-être un slogan, mais il ne faut pas que cela mette mal à l?aise les investisseurs qui ont déjà fait de gros efforts. Je suis pour la libéralisation avec certaines protections. »

Rajiv Servansingh </B> : « La démocratisation, si elle n?est pas qu?un slogan politique, peut servir à libérer l?entrepreneuriat de ce pays. Nous avons des infrastructures bien développées, il nous faut une politique d?investissement bien pensée. Il faut viser les PME dans le monde, en attirant les petits investisseurs comme Thomas Buffard. Car ceux qui sont comme lui seront plus sensibles au niveau et à la qualité de la vie que Maurice pourrait leur offrir ainsi qu?à leur famille. Plus généralement, il va nous falloir viser des marchés plus niches. Si un acheteur cherche 20 000 douzaines de t-shirts, qu?on le laisse aller en Chine. S?il veut 20 000 t-shirts, qu?il vienne nous voir ! »

Saoud Baccus : « Il faut arriver, comme dans les années 60 et 70, à créer de nouveaux pôles de développement qui deviendront des piliers solides de l?économie. »

Ashok Subron : « C?est l?inégalité dans la répartition et le contrôle de la richesse existant qui handicape la création de la richesse future. Tout découle de là. Les différentes incitations de 1994 à 2004 n?ont pas permis au secteur privé de générer l?emploi au même rythme que l?emploi se détruisait. Sur chaque quatre entreprises qui sont créées, trois ferment. Il ne faut pas rentrer dans les illusions en prônant la mise en place des petites entreprises. Car bien souvent, les entrepreneurs s?endettent à travers des micro-crédits.

Doit-on seulement compter sur le secteur privé ? Il doit y avoir investissement et encadrement publics dans une nouvelle stratégie de développement. La société et l?État ne sont pas en train de concentrer leurs efforts et les ressources sur l?agro-industrie. »

QUEL AVENIR POUR L?ÉTAT PROVIDENCE ?

Les tenants d?une réforme en profondeur du rôle de l?État avancent que sa « générosité » dans le cadre de l?État providence est peut-être mal placée. Durant ce débat personne n?a remis en cause l?existence de l?État providence. On a plutôt cherché à y apporter quelques aménagements.

Leckrani Soobagrah : « Les citoyens qui le peuvent doivent pouvoir contribuer pour améliorer les services dans les hôpitaux. Des multimillionnaires vont à la Cardiac Unit pour se faire soigner ou opérer. C?est assez injuste qu?il ne doive pas contribuer.

Cela aiderait l?État. Dans la santé, l?Éducation ou le transport gratuit, on pourrait essayer d?éviter certaines largesses. »

Rajiv Servansingh : « Il est difficile de venir dire qu?il faut couper les dépenses de santé, d?éducation ou les subsides sur certaines denrées. Il y a d?autres efforts à faire. Ceux qui consomment le riz ration aujourd?hui sont les personnes qui n?ont pas les moyens d?acheter autre chose. Il faut les aider. Par ailleurs, ne devrait-on pas encourager l?éducation et la santé privée ? Car s?il y a 100 personnes qui ne vont pas se faire soigner dans les hôpitaux publics, c?est l?équivalent en ressource que ces hôpitaux économiseront pour les utiliser auprès des personnes plus nécessiteuses. L?exemple est valable pour l?éducation également. »

Pierre-Yves Pougnet : « Il faut maintenir à tout prix le Welfare State parce qu?il soutient les plus vulnérables. Cela risque d?être un choc pour le climat social et politique si l?on cherche à le démanteler. Mais il faut s?assurer que les services publics donnent le meilleur. Ce n?est pas parce que c?est gratuit qu?on ne devrait pas faire des efforts. »

Ashok Subron : « L?État providence doit garantir des droits sociaux aux citoyens. Et par définition, ces droits sont universels. Nous ne sommes pas d?accord avec une approche ciblée. Avec les niveaux de salaire dans la ZF, par exemple, les gens ne pourraient pas subsister si l?éducation ou la santé étaient payantes. Le secteur du logement doit être soutenu, car si on ne s?en occupe pas, on ouvre la voix à des fléaux sociaux. »

Jacques de Navacelle : « Les logements sociaux sont un des dossiers sur lesquels nous cherchons à aider le gouvernement. Mais des changements s?imposent ailleurs. Nous savons que notre système de pension sera en faillite dans quelques années. Le service dans les hôpitaux demeure catastrophique hormis certaines exceptions. Il ne s?agit pas de tout remettre en cause, mais de réorganiser. »

Saoud Baccus : « Concernant les groupes vulnérables, quand tout le monde remplira son formulaire de taxe, on saura qui gagne combien. Alors, on pourra faire payer ceux qui gagnent bien leur vie. L?État providence, c?est pour ceux qui le méritent. Les droits à la santé ou à l?éducation sont certes inaliénables. Mais il faut éviter les gaspillages dans la fourniture de ces services. »

Thomas Buffard : « Il faut toujours réussir à savoir combien les gens gagnent. Ceux qui gagneront moins, et on saura qui ils sont, ne paieront alors ni taxes ni la santé ou l?éducation.

QUELLES TAXES IMPOSER ?

Rama Sithanen a brandi la menace d?une augmentation de la TVA pour générer de nouveaux revenus pour l?État. Tout en prévenant que les impôts directs pourraient également être revus. Et paralèllement, la question de l?introduction d?une taxe d?habitation nationale. Les intervenants pensent que sa mise en ?uvre doit être mûrement réfléchie. Alors que sur la question de la TVA, ils font bloc : toute hausse serait inacceptable.

Ashok Subron : « Chaque famille paye plus de Rs 3 000 par mois sous forme de TVA. Il ne faut surtout pas augmenter ce poids. Il est acceptable que les plus riches doivent payer plus jusqu?à un certain seuil. Nous sommes en faveur de l?augmentation dans des taxes directes et sur les taxes de l?entreprise. Il faut une taxe sur la fortune. Réfléchir aussi à taxer les activités offshore ne serait-ce que par 1 %.

Pour la taxe immobilière nationale, nous proposons plutôt une taxe sur les deuxièmes résidences. Il doit y avoir une taxe immobilière nationale. C?est seulement si toutes les habitations en dessous d?un certain niveau sont exemptées de cette taxe que nous y serons favorables. Puis, il faudra aussi régler les problèmes des services qu?on peut trouver en ville mais qui ne sont pas accessibles en région rurale. »

Leckrani Soobagrah ■ : « Si on pense à augmenter la TVA, il y aura beaucoup de PME qui vont disparaître. Nous souffrons déjà. Il y a des services desquels on ne peut pas être remboursés. Je suis dans le tourisme, il y a un service que je vends, je dois me résigner à ne pas répercuter la TVA sur mes clients dans certains cas. »

Thomas Buffard : « L?assiette des taxes directes n?est pas assez large. C?est le gros problème. Ce ne sont que les salariés et les entreprises qui payent les taxes directes. Mais d?autres ne payent pas. Est-ce normal que des marchands ambulants se retrouvent avec des patrimoines immobiliers gigantesques ?

Avec la mise en place de la Mauritius Revenue Authority et la mise en commun des fichiers à partir des différents départements de collecte, on verra bien qu?il y a des incohérences. Il faudra alors agir. Mais en général, s?il y a trop d?impôts, les gens iront ailleurs. »

Jacques de Navacelle : « C?est injuste d?avoir autant de gens qui échappent à l?impôt. C?est antidémocratique. C?est une insulte à ceux qui travaillent, qui sont honnêtes et qui déclarent ce qu?ils ont.

Le taux supérieur de 30 % est assez élevé et je ne vois pas pourquoi on doit augmenter le taux de ce qu?un petit nombre paye tout en permettant à un grand nombre de ne pas payer. »

Rajiv Servansingh■ : « Dans la conjoncture actuelle, il n?est absolument pas question d?augmenter les taxes. Cela va tuer l?économie.

Il faut élargir l?assiette en trouvant ceux qui ne payent pas.

Pour un salarié, les abattements fiscaux font partie de ses conditions d?emploi. En rationalisant les abattements, il ne faut pas qu?il y ait une détérioration du package de ces salariés.

Sur la taxe immobilière nationale, je ne crois pas qu?on ait de problème pour qu?on exempte ceux qui sont au bas de l?échelle. Les grands propriétaires des régions rurales doivent payer ! »

Saoud Baccus : « Pourquoi certains professeurs qui donnent des leçons particulières après les cours et qui gagnent jusqu?à Rs 50 000 ne payent pas la taxe ?

Il faut élargir et resserrer l?étau sur ceux qui ne payent pas. La hausse de la TVA, c?est hors de question. »

Pierre-Yves Pougnet : « La TVA à 15 % c?est une limite forte. Au niveau de la taxe directe, on pourrait faire payer un peu plus ceux qui ont les moyens. L?économie parallèle représente entre 20 et 30 % des activités économiques. Si l?on se concentre sur toutes les sources de revenus sur lesquelles l?on n?a pas assez travaillé, cela apportera beaucoup plus de solutions. »

Réalisé par Rabin Bhujun

Publicité