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« Une activiste du cinéma, c?est ce que je suis »

3 juin 2006, 00:00

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ous êtes venue à Maurice dans le cadre du Prix Prince Maurice, que vous patronnez cette année. Quelle est votre relation avec la littérature ? Lisez-vous souvent ?

Autant que possible. Pas souvent des romans contemporains, et c?est donc plutôt amusant d?être à Maurice pour un prix récompensant des romans contemporains. Je lis principalement des classiques, des essais, des biographies, des récits de vie, des poésies.

Participer au Prix Prince Maurice m?a, en quelque sorte, ramené à la littérature contemporaine.

La semaine dernière se tenait également le Festival de Cannes, que vous connaissez, quel souvenir en avez-vous ?

J?ai fait partie de deux jurys, pour les courts métrages, puis pour les longs métrages. Je suis venue la première fois à Cannes pour vendre un film ou essayer d?avoir de l?argent pour le financer et c?était cinq ans avant que le film en question, Orlando, n?aboutisse. Mais je me rappelle surtout de cette première fois lorsque l?on n?avait absolument pas d?argent et sans espoir d?en avoir. J?ai beaucoup plus appris de cet aspect-là de Cannes que d?être membre du jury ou en présentant un film en compétition.

Voyez-vous une différence entre les films américains et européens ?

Pour être honnête, je n?ai jamais aimé l?idée de donner une nationalité à un film. Un film est justement une formidable opportunité d?oublier les frontières.

Il y a des frontières, mais qui ont davantage attrait à l?attitude et à l?argent. La raison pour laquelle j?ai commencé à travailler aux Etats-Unis c?est pour trouver un cinéma indépendant qui m?est familier et qui devenait impossible en Angleterre.

Vous êtes habituée aux films d?auteurs. Qu?est-ce qui vous a attiré à faire des films à gros budgets ?

C?est une question de rencontres. Je n?aurais pas fait Narnia sans Andrew Adamson. Il se trouve juste que le film a été produit par Disney.

Cela a été une expérience très intéressante. J?avais l?impression d?être une espionne. Mais j?ai beaucoup appris sur la réalisation d?un film de studio. La source de la créativité peut remonter à plusieurs mois ou années pour un film en studio. Alors que sur des films à petits budgets, il faut s?arranger de tout imprévu. Je trouve l?inventivité des films à petits budgets, bien plus intéressante. Mais c?est aussi une grande aventure de faire un film de studio.

Comment passez-vous de La Plage, film grand public à Adaptation, un film d?auteur, puis à Constantine, film fantastique, ou de Broken Flowers à Narnia?

En réalité, je travaille de la même façon, très directe. Mon attachement au film tient surtout au réalisateur et au sujet. En tant qu?interprète, je ne suis aucune méthode d?acteur. Je mets le costume, je prends la pose. C?est aussi simple.

Vous avez débuté votre carrière au cinéma sous la direction de Derek Jarman. Cette collaboration a-t-elle eu une grande importance ?

Il aurait été inimaginable pour moi de faire du cinéma si je n?avais pas rencontré Derek Jarman. Il était un artiste très important et singulier, en Angleterre comme dans le reste monde.

C?était un artiste. Il était homosexuel. Il a été diagnostiqué séropositif en 1989 et à partir de ce moment, il s?est entièrement dédié à ces films et leur portée sociale et politique. Il a commencé à faire des films sur sa propre expérience. Son travail était très personnel, à la manière de Pasolini. Il était d?avant-garde de proposer ce genre de choses dans des films conventionnels.

J?ai travaillé avec lui pendant neuf ans et nous avons fait plus de sept films ensemble, jusqu?à sa mort. Une activiste du cinéma, c?est ce que je suis.

Retrouvez-vous cette inspiration auprès de cinéastes d?aujourd?hui?

Oui, je rencontre des artistes comme lui. Mais le problème est que les structures de financement ne sont plus les mêmes aujourd?hui. Maintenant, c?est très différent. En Angleterre, le financement des films est lié à l?idée de profit et de tourisme, non de développement. Il faut prouver que le film fera des profits. Mais même pour quelqu?un comme Derek Jarman, il fallait trouver des financements à l?étranger.

Vous êtes toujours une activiste du cinéma ?

Oui et plus particulièrement maintenant. J?aimerai pouvoir développer une forme d?engagement du côté des distributeurs et les courageux. On a vraiment besoin d?eux, ainsi que de plus de petites salles de cinéma, qui diffuseraient moins de gros films de studios comme peut le faire un multiplex. Ce serait de l?activisme. Et si je trouvais de l?or, c?est dans cette voie que j?investirai. Si des Mauriciens très riches lisent cette interview, je leur suggérerai d?investir dans les petits cinémas. Il n?y a pas beaucoup de cinémas. Ils ne diffusent que peu de films par rapport à la production internationale.

Alors c?est par-là qu?il faut commencer. Il faut plus de cinémas, de petits cinémas. Il y a aussi quelque chose d?intéressant dans le cinéma itinérant, qui serait quelque chose de formidable pour une île comme Maurice.

Le rôle principal que vous a offert Narnia représente-t-il un tournant dans votre carrière?

J?espère surtout que grâce à Narnia, les films que j?aurais envie de tourner seront plus faciles à monter, à financer.

Est-ce que vous produisez ?

J?ai toujours produit, dans le sens où j?ai toujours soutenu les projets d?artistes depuis leur conception, aidé les cinéastes à ne se préoccuper que de leur film. Aujourd?hui, je suis plus connue, mon nom est en haut de l?affiche et ça peut être un avantage.

Quels sont vos projets pour l?année 2006 ?

Je vais faire mon premier film en français. C?est très excitant. Je vais travailler avec Erik Zonca, qui a fait La vie rêvée des anges, un très beau film. C?est un road movie qui raconte l?histoire d?une femme qui enlève un enfant. Nous tournerons au Mexique à partir de septembre. J?espère faire un autre film avec Jim Jarmusch, et un autre film encore avec Charlie Kaufman, le scénariste d?Adaptation, qui va réaliser son premier film. J?ai aussi un autre projet avec David MacKensie, sur l?artiste Nico.

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