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Homosexualité : un pas vers la reconnaissance
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Homosexualité : un pas vers la reconnaissance
«J?ai longtemps vécu ?caché? de peur d?être mis à l?écart.» Ce que confie Jensen, de nombreux gays l?ont vécu à Maurice. L?homosexualité reste un sujet de méconnaissance, de raillerie, de controverse et même de rejet total. Le Collectif Arc-en-Ciel, mouvement créé le 17 mai 2005 pour lutter pour la reconnaissance de la réalité homosexuelle à Maurice, compte, pour son premier anniversaire, faire un premier pas, voire plusieurs, dans la bonne direction. Elle organise aujourd?hui une marche pacifique contre l?homophobie et les discriminations liées à l?orientation sexuelle dans le but de gommer ces clichés qui ont la dent dure.
«Cette manifestation est une suite logique aux actions entreprises pendant l?année écoulée. J?espère que la marche fera débat dans la sphère publique», souligne Jean-Luc Ahnee, porte-parole du collectif. Ils sont nombreux à s?en tenir aux a priori quant ils parlent de ces homosexuels mis au ban de la société par une condamnation tacite. Cela, sans tenir compte de leur souffrance, celle-là même qui découle de leur décision d?assumer leur orientation sexuelle.
Absence d?enfants, relation tendue avec les parents, regard pressant et pesant des autres? On comprend aisément que vivre leur demande plus de forces qu?aux hétérosexuels. «Je n?ai pas choisi d?être comme cela mais laissez-moi le droit de vivre ma vie comme elle se présente», implore ainsi Jensen, comptable. Les mille et une ruses pour ne pas se trahir au bureau ou en famille deviennent vite pesantes. Le mieux est de s?accepter. «Dévoilé, on se sent moins seul.»
Le «coming out», le fait de rendre publique son homosexualité soulage. «J?ai fait le grand saut à 26 ans. Cela a fait l?effet d?une bombe pour mes parents. J?ai vu dans leur regard s?écrouler l?image qu?ils avaient de moi. L?acceptation est difficile. Ma mère garde l?espoir que cela change. Elle n?arrête pas de me seriner :?Tu peux changer?. Quant à mon père, j?ai eu droit à sa colère, à des insultes, il ne veut plus aborder le sujet. Nier, toujours nier. Au travail, on vous colle une étiquette de gay menant une vie malpropre.» Triste réalité pour certains, une vie un peu plus rose pour d?autres.
<B>«J?ai perdu mon meilleur ami»
Laurent, employé dans les assurances, pose d?emblée une question. «Est-ce que quelque chose en moi démontre que je suis homosexuel ?» Beau, digne, en chemise et cravate, rien chez lui ne rappelle l?image de «la folle» devenue un stéréotype. Au lieu de cela, une infinie tristesse du fait que certains lui reprochent ce qu?ils considèrent un défaut : être gay.
«J?ai fait mon coming out à 14 ans. Ma mère s?est écriée, ?c?est ma faute, j?ai failli quelque part?. Elle a voulu m?envoyer chez le psychologue, chez le prêtre. Heureusement, j?ai une famille aimante qui m?a compris et accepté. C?est sûr : il y a des gens qui ne me fréquentent pas à cause de mon homosexualité. J?ai ainsi perdu mon meilleur ami, c?est la vie. Aujourd?hui, grâce à mon entourage, au Collectif Arc-en-ciel, je suis bien dans ma peau.»
A ce jour, aucun organisme psychiatrique ou psychologique occidental ne considère l?homosexualité comme une maladie. L?Organisation mondiale de la santé la supprime, en 1990, de la liste des maladies mentales, mettant un terme à plus d?un siècle d?homophobie médicale. Et toute tentative de changement d?orientation sexuelle (prise d?hormones, psychanalyse, décharges électriques) est considérée par ce même organisme comme étant dangereuse et inefficace.
Cependant, le cabinet du psychanalyste ou psychologue demeure le lieu où les homosexuels reçoivent un peu de réconfort. «D?abord, il y a l?écoute impartiale de la douleur de l?autre, l?aider à se retrouver selon ses désirs. Il y a des gens qui viennent me voir pour dire qu?ils veulent arrêter d?être homosexuels et qui n?y arrivent pas. Je suis là pour les aider à s?accepter», explique Kurt Barnes, psychologue.
L?homosexualité, c?est un ensemble d?attitudes, de comportements, de préférences, qui engagent l?individu, tout comme c?est le cas pour l?hétérosexualité. «Nous enfermer dans un cadre strictement sexuel, c?est nous dénier notre part affective. En plus, on nous colle la maladie sur le dos. Le Sida n?est pas le monopole des homosexuels», s?insurge Patrick, 52 ans, chef d?entreprise. «Je n?aime pas quand les gens disent que c?est fashion d?être homosexuel. C?est faux. L?homosexualité, c?est une vie, c?est la mienne et c?est tout», rétorque Laurent. La quête d?identité ne doit pas non plus se muer en la sacralisation d?une «communauté gay». Après tout, ils disent tous aspirer à la normalité. Solitude et sentiment de culpabilité aggravent les problèmes d?identité. «Le drame des jeunes homos, c?est qu?ils manquent de rôles-modèles sains», rappelle Laurent.
L?expérience homosexuelle et le mal-être qui lui est souvent lié amènent parfois, en effet, à des comportements radicaux. Suicide et homosexualité se conjuguent trop souvent. Ce n?est pas l?homosexualité qui y mène mais bien l?homophobie qui en découle. Un jeune gay aurait entre quatre à sept fois plus de risque d?attenter à sa vie.
<B>«Un choc terrible»
«Se soustraire à un monde qui ne m?accueille pas. C?était ma pensée première en tentant de me suicider. Mais au fond de moi, je savais que je ne faisais cela que pour provoquer quelque chose. Il fallait que quelque chose se passe. Je n?arrivais pas à parler. Ce fut un choc terrible pour ma mère. Pas moi qu?on dit «joviale», «adorant le sport ». Mais comment lui dire que j?étais amoureuse de la fille avec qui elle me voyait toujours. J?en avais assez de travestir notre amour en amitié », confie Sabine.
Le Collectif Arc-en-ciel est à ce jour le seul organisme pour pallier le vide structurel entourant l?homosexualité. Il apporte soutien et écoute aux homosexuels et aux parents désemparés. Le collectif s?inscrit dans la perspective qu?il n?y ait plus de citoyen de seconde catégorie. «On aspire à combattre la discrimination à laquelle font face les homosexuels dans le travail et à faire tomber les préjugés. La situation est bien moins positive qu?on l?imagine. Qu?on ait la délicatesse de ne pas aller voir dans la chambre à coucher d?adultes consentants ! » souligne, en substance, le porte-parole Jean-Luc Ahnee.
Ibrahim Sheik-Yousouf, président de l?association Befrienders, qui ?uvre pour la prévention du suicide, attire, lui, l?attention sur le fait que certains homosexuels font leur coming out par une tentative de suicide. «Nous recevons beaucoup d?appels d?homosexuels en grande difficulté. Ils sont harcelés par leur entourage. L?homosexualité demeure un réel tabou. Il y a un manque d?étude à Maurice mais je peux vous dire qu?il y a un grand pourcentage de suicide dû à des problèmes de cet ordre-là.»
Dans plusieurs pays, les gays sont persécutés, l?homosexualité est illégale. Les rapports sexuels entre gens du même sexe sont même passibles de la peine de mort dans certains états africains. La sodomie est un crime dans plusieurs Etats américains. Et Maurice n?est pas non plus arrivée au stade où, comme dans d?autres pays, le mariage légal entre homosexuels est envisagé.
Il n?est pas venu le temps où on parlerait des amours de Rimbaud et Verlaine comme on parle de ceux de Roméo et Juliette. L?amour ne serait donc pas un droit universel ?
<B>La législation en vigueur</B>
Dans la précédente mouture du projet de l?«Equal Opportunity Act», il était stipulé que la discrimination sexuelle ne concernait que la discrimination homme-femme et excluait ainsi celles liées à l?orientation sexuelle. Dans la nouvelle mouture qui devrait être votée prochainement, la réalité homosexuelle est prise en compte. «C?est une vraie victoire au niveau du texte. Cependant les lois n?ont jamais fait changer la mentalité», lâche Jean-Luc Ahnee, porte-parole du collectif Arc-en-ciel. A la question «l?homosexualité est-elle punie par la loi ?», un porte-parole de la Justice, qui ne veut pas que son nom soit cité, réplique, lui, que «l?homosexuel n?a pas de statut légal à Maurice. Officiellement, il n?existe pas». Il est si facile de se voiler la face. La sodomie (en privé et entre adultes consentants) est, en l?occurrence, punie par la loi. Blanc bonnet, bonnet blanc.
<B>Le besoin de dominer dans les prisons</B>
La prison est un système d?enfermement qui conduit à des comportements particuliers. Mais il ne faut pas voir en chaque détenu un homosexuel. La sexualité en prison n?est pas nécessairement palliative, due à l?absence du partenaire du sexe opposé. Elle opère en tant que mécanique du pouvoir : le désir a disparu pour laisser la place au sexe comme outil de domination. Les hommes dits «faibles» servent d?objets sexuels aux plus forts, aux caïds. Le système carcéral entraîne forcément un péril social et affectif. L?homosexualité y est subie et non souhaitée.
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