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“Seven Swords”
Ayant marqué de son empreinte le cinéma de Hong Kong depuis le début des années 80, Tsui Hark se cherchait un second souffle depuis The Blade, son dernier succès, en 1995. Ce grand cinéaste revient sur le devant de la scène internationale avec son projet le plus ambitieux : Seven Swords, “film de sabre” dans la tradition, né de deux désirs : reprendre les rênes d'un genre qu'il a toujours dominé et, plus important peut-être, rendre dignement hommage à son cinéaste fétiche : Akira Kurosawa.
La trame de Seven Swords pourrait donner à penser qu’il s’agit d’un simple remake des Sept Samouraïs, au même titre que Les sept mercenaires, le western de Preston Sturges. En fait, Seven Swords est bien une œuvre originale, adaptée d’un roman de Liang Yu Sheng, un des maîtres du wu xia pian (roman de sabre).Tsui Hark en tire un film épique, riche et personnel. On y retrouve ses thèmes favoris : le courage et la lâcheté, l'aveuglement, la barbarie et la faiblesse des hommes confrontés à des événements ou des dilemmes qui les dépassent.
À cela, Tsui Hark vient ajouter une bonne dose de mélodrame, avec son trio aux liens sentimentaux contrariés interprétés avec talent par Donnie Yen (Chu Zhaonan – Chimère) en état de grâce, la revenante Charlie Young (Wu Yuanyin – Infini) et Leon Lai (Yang Yunchong – Transcendance), le tout complété par la beauté de la Coréenne Kim So-Yeon dans le rôle de la concubine Perle de Jade.
De vrais personnages de héros purs affrontant toute une armée de cruels mercenaires menés par un général félon interprété par l’étonnant Sun Hong Lei (Ravage) s’attaquant à d’innocents villageois au nom d’un pouvoir en place (et du profit), une lutte dans laquelle on peut voir un sous-entendu politique résonnant comme une critique de la Chine actuelle.
Le roman d’origine est sans doute des plus volumineux, puisque dans sa version intégrale (sortie en DVD), Seven Swords durerait plus de quatre heures. Ceux qui l’ont visionnée ont noté que le cinéaste démontrait un “réel sens du récit”, alors que ceux qui iront voir la présente version noteront quelques incohérences bien flagrantes.
Cela n’empêche pas de déguster ce film à d’autres niveaux. Aussi riche visuellement qu’expansif dans son propos, le film réussit un savant mélange entre réalisme et heroic-fantasy. Réalisme par une direction artistique irréprochable et une photographie quasi-monochrome, donnant à son œuvre un côté film de guerre moderne. Heroic-fantasy par ses scènes aux accents mythologiques se déroulant sur le mont Paradis et par les scènes de combat épiques où les armes s’entrechoquent avec fureur.
Car, en ce qui concerne l’action, le film dispense de beaux moments anthologiques – en particulier dans son premier tiers (le meilleur du film), où l’on redécouvre avec plaisir Liu Chia Liang (Fu – Rédemption) dans un rôle des plus bondissants (il est d’ailleurs un des chorégraphes du film avec Stephen Tung).
On jubile également à la première confrontation des “Sept épées” avec les sbires de Ravage où l’on retrouve ces armes blanches délirantes qui nous rappellent la bonne époque des Shaw Brothers. L’enthousiasme étant à son comble lors du duel final, acrobatique et saignant, entre les deux leaders antagonistes. Et que ceux qui craignent une indigestion d’effets numériques soient rassurés, Tsui Hark a opté pour une approche plus classique des combats, certes moins lyrique mais qui n’entame en rien la puissance de son style.
Quant au sous-entendu politique évoqué plus haut, il devient manifeste dans son plan final, qui tout en renvoyant à une imagerie classique rappelant nombre de westerns, ouvre la porte à une séquelle pour laquelle on s’armera de patience.
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