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S. Nuckcheddy célèbre les 200 ans de Mahébourg
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S. Nuckcheddy célèbre les 200 ans de Mahébourg
Siddick Nuckcheddy renouvelle son exploit d?exprimer, sur ses toiles, les mille et une facettes de l?âme portlousienne (exposition « Port Louis, tôles, pierres et bois » à l?Institut de Maurice, fin août 2003) et rodriguaise (exposition « Rodrigues : les moments forts » de la mi-juillet 2004).
Il jette, cette fois-ci, son dévolu sur Mahébourg qui célèbre le bicentenaire de sa fondation par le dernier gouverneur français, Charles Mathieu Isidore, comte de Caen. L?exposition des peintures mahébourgeoises de Siddick Nuckcheddy demeure ouverte, au Musée Naval (ancien château Gheude ou de Robillard) jusqu?au 17 avril. Elle est à voir parce qu?elle confirme que Nuckcheddy, devient d?année en année, un de nos meilleurs paysagistes, en cela que ses ?uvres dépeignent davantage l?âme que les aspects extérieurs et physiques des panoramas urbains ou champêtres qu?il affectionne.
L?exposition mahébourgeoise de Nuck-cheddy suscite paradoxalement des regrets et des émerveillements. Des regrets dus à l?insatisfaction chronique et boulimique des amateurs de belles peintures. Nous voulons trop souvent que nos meilleurs peintres réalisent nos v?ux les plus secrets, comme s?ils étaient des voyants extra-lucides pour deviner nos moindres désirs et surtout pouvant les exaucer séance tenante. Peintres oui et de grand talent mais pas magiciens ni génies tout-puissants.
Des réserves peuvent être ainsi formulées à l?encontre de Nuckcheddy en ce sens que son exposition « Mahébourg, 200 ans après » offre la part du lion (encore que la célébrissime montagne de ce nom doit se contenter d?une portion congrue) au lagon grandporien et une attention moindre aux ruelles, aux maisonnettes, aux bâtiments historiques mahébourgeois, au charme pourtant si désuet et si pittoresque. On dénote, en effet, une vingtaine de marines mais de toute beauté contre seulement deux monuments (le pont Cavendish Boyle et le réservoir de l?ancienne gare ferroviaire), une demi-douzaine de toiles urbaines (boutique rouge, linge séchant sur fond de cases et faisant fonction de pavillons marins ? on n?y échappe pas ?, mansarde, cité La Chaux, magasins en ville et poissonniers) et quatre mises en valeur du phare de l?île-aux-Fouquets.
L?émerveillement, qui compense amplement les réserves précitées, tient au fait que la douzaine de marines, auxquelles on peut ajouter la dizaine de célébrations de notre pirogue emblématique, révèlent que Nuckcheddy excelle dans l?art si difficile d?exprimer les différents états d?âme de nos lagons, dépendant de leur situation (côtes est ou ouest), l?heure de la journée, la position du soleil, le degré d?ensoleillement ou d?amoncellement de nuages à l?horizon ou au-dessus de nos têtes.
Rares sont les peintres à pouvoir restituer, avec autant de réussite, le miracle visuel des lagons reflétant toute la munificence céleste, dans un mélange des plus harmonieux de tons et de nuances. Ces miracles graphiques allient la puissance réfléchissante du lagon-miroir à la transparence de l?eau, au scintillement insoutenable du jeu des couleurs et de la dynamique du vent, caressant dans le sens du poil ou autrement les vaguelettes et les courants marins.
L?écueil le plus sournois demeure, bien sûr, le banc de sable, le rivage, hésitant entre le blanc crayeux d?Utrillo et l?ocre jaune. C?est là qu?échouent les peintres non talentueux. Nuckcheddy ose avec bonheur les juxtapositions les plus hardies, recourant parfois même à l?ultraviolet, au mauve d?encre et aux émeraudes les plus scintillantes. C?est beau à en oublier les charmes discrets de la mahébourgeoisie.
Gardons-nous de faire le moindre reproche à Nuckcheddy car, à la Pointe- des-Régates ou au Front de Mer Rémy-Ollier, on se tourne instinctivement vers le lagon omniprésent et étincelant de mille feux en un somptueux divali marin, sans même se rendre compte qu?on tourne le dos à Mahébourg, à ses charmes et à ses habitants. Peintre libre toujours tu chériras la mer ! Merci Baudelaire.
Transfiguré et éblouissant de splendeur
Nuckcheddy confirme l?excellent piroguier qu?il est. Ses pirogues mahébourgeoises sont avant tout des ballerines à peine posées sur l?onde. On s?étonne même de leur immobilité sur la toile tant on les devine dociles à la moindre caresse des alizés, au moindre appel de la rafale marine. Notre pirogue est un miracle d?équilibre structurel et d?élégance. Seule une sûreté initiale du trait peut restituer ce miracle de forme et d?alignement, délicatement posé sur l?onde ou encore sur la grève.
Qu?on la voit de face, sur le côté, en plongée ou en contre-plongée, elle ne doit prêter le flanc à aucune disgrâce, en raison d?un empâtement déplaisant ou d?une lourdeur paralysante. Elle est, bien sûr, allergique à toute déformation. Qui n?est pas capable de les rendre vivantes et alertes sur toile a intérêt à aller planter ailleurs son chevalet.
Elle peut distinguer les peintres marins talentueux de ceux qui la prennent pour un cercueil ou pour un autobus marin. Nos meilleurs charpentiers de marine peuvent aller examiner à la loupe les pirogues construites par Me Nuckcheddy, piroguier. Ils n?y décèleront pas le moindre vice de fabrication. Il peut entrer par la grande passe dans leur confrérie.
L?exposition « Mahébourg 200 ans après » nous révèle aussi le magnifique phare si tristement abandonné de l?île-aux-Fouquets. Il n?est jamais plus beau, sous les pinceaux et les crayons de Nuck-cheddy, que lorsqu?il est présenté, certes en « ruine », mais transfiguré et éblouissant de splendeur, sa blancheur crayeuse se détachant avec bonheur d?un ciel d?encre tandis que, de la pirogue bousculée par la houle, nous hésitons, en termes de rapprochement, entre Van Gogh et Utrillo. Exagérons-nous de beaucoup en disant que de tous nos bâtiments historiques, ce phare est le plus héraldique ?
Le Lavoir de Mahébourg doit une fière chandelle à ce peintre si talentueux. On le sait encastrer au fond d?une courette. Les photographies, souvent en plongée, l?écrasent dans un magma de basalte, d?inutilité et d?incompréhension. La déception est souvent au rendez-vous surtout quand on traverse la ville d?est en ouest pour voir ça. Nuckcheddy parvient cependant à lui rendre toute sa beauté et son efficacité.
Invente-t-il une perspective inexistante ou que les photographes ignorent ? Supprime-t-il des détails disgracieux que doivent digérer même les plus talentueux disciples de Niepce et de Daguerre ? Le résultat est là indiscutable : le lavoir redevient, sous ses pinceaux, un des plus beaux ornements du Bourg Mahé, 200 ans d?âge et si méprisé du Port-Louis, de son Hôtel du Gouvernement, de sa Place d?Armes. À croire que ce berceau de l?Histoire de Maurice ne possède pas de ministres ni de députés pour plaider sa cause dans les instances décisionnaires.
L?exposition mahébourgeoise de Nuck-cheddy est de toute beauté mais Mahé-bourg la transcende car ce peintre n?est pas encore parvenu à mater toutes les légitimes fiertés de cette ville provinciale, parvenue, jusqu?à l?heure, à défier le temps qui passe et à résister au progrès bétonné et bitumé.
D?autres rendez-vous mahébourgeois attendent donc Siddick Nuckcheddy. Il est trop talentueux pour les rater. Armons-nous de patience. Qu?il se méfie cependant de notre développement sauvage et irrespectueux de notre riche patrimoine architectural.
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