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N. Benoît nous initie à Loys Masson

2 avril 2006, 20:00

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Norbert Benoît fait la une de l?actualité, en ce début d?avril 1981, en raison de la parution, en France, de deux de ses ?uvres. Il s?agit tout d?abord d?une étude de l??uvre littéraire du poète et romancier Loys Masson et, ensuite, de la publication d?un recueil de textes locaux, dans la collection ?Contes du Monde entier?. Il compte, alors, une vingtaine d?années d?enseignement. Il est attaché, depuis 1978, à l?Institut de Bilinguisme, à Curepipe, où, en tant que maître-assistant, il est responsable de la section française.

C?est en 1966, qu?il découvre Loys Masson. Il étudie, alors, à l?université Charles-de-Gaulle à Tananarive. Il doit y faire un exposé et choisit de présenter un écrivain mauricien. La bibliothèque universitaire possède un exemplaire des ?Noces de la Vanille?. La lecture de ce roman l?émerveille. C?est le coup de foudre. Une envie inextinguible de connaître à fond l??uvre et la pensée de Loys Masson s?empare de lui. De 1969 à 1972, il multiplie les recherches sur cet éminent ambassadeur de la littérature mauricienne à Paris. Il accumule notes et informations en vue de la rédaction d?un mémoire de maîtrise. Les événements syndico-politiques de 1971 en décident autrement. Il doit renoncer à son projet et se consacrer à d?autres études, sans perdre pour autant un iota de son engouement pour Masson.

Les circonstances le poussent alors vers la linguistique. Il se retrouve à la Réunion, préparant une maîtrise en lexicologie. Il prend de l?emploi à l?Institut de Bilinguisme et espère pouvoir reprendre ses recherches sur Masson qui figure d?ailleurs sur le programme d?études. Parallèlement, il prépare un doctorat de 3e cycle sur les aspects linguistiques et culturels de la communauté musulmane à Maurice. Il s?en va soutenir sa thèse de doctorat à l?Institut des Langes et des Civilisations orientales de la Sorbonne.

M. Vérin, ancien attaché culturel à l?ambassade de France, lui conseille de soumettre son manuscrit sur Loys Masson aux Editions Fernand Nathan à Paris qui consentent à le publier dans leur collection ?Classiques du Monde?. Un autre éditeur, proche de Nathan, CIE International, lui confie la rédaction d?un recueil de contes mauriciens à paraître dans une collection d?écrits de ce genre à travers le monde.

Norbert Benoît est intarissable quand il parle de Loys Masson qu?il n?hésite pas à qualifier ?d?auteur méconnu? des Mauriciens, et même du public francophone, bien qu?il soit un écrivain particulièrement talentueux, refusant, de surcroît, d?emprunter les sentiers battus. Il sait employer le mot de Cambronne quand il le faut. ?C?est, d?ailleurs, un trait familial?, précise-t-il.

En dépit de son départ définitif pour la France, Loys Masson reste foncièrement mauricien. La France demeure une mère mythique des Mauriciens férus de littérature. Cela ne veut certes pas dire que nous devons copier servilement tout ce qui vient de Paris. La France, pour Masson, est par excellence une terre de liberté. A cette quête de liberté absolue, cet écrivain ajoute une révolte constante contre la contrainte et la souffrance. La révolte est, d?ailleurs, un maître mot dans son ?uvre. Il ne se fera pas mieux comprendre du public français que du public mauricien. ?Les lettres françaises?, journal littéraire communiste, le congédie en raison de son entêtement à vouloir concilier communisme et christianisme. On comprend qu?il ne sera jamais mouton de Panurge.

Pour avoir côtoyer de si près la pensée de Loys Masson, Norbert Benoît est formel : la littérature mauricienne doit dire l?âme mauricienne. ?Etre Mauricien en littérature, c?est restituer une vision originale du monde.? C?est inventer de nouvelles expressions, de nouvelles images, compatibles avec notre âme créole. C?est assumer notre mauricianité. C?est écrire en Mauriciens pour des Mauriciens. Nous réalisons alors le v?u francophone, voulant le salut du français hors de la France.

L?enseignant Norbert Benoît privilégie l?expérience qui ne se compte surtout pas en nombre d?années d?ancienneté. L?enseignant, qui se respecte, ajuste son tir, jour après jour. Il sait mettre ses erreurs à profit. Ce combattant façonne la société de demain. Son salut se trouve dans son autocritique. Il doit rester attentif aux besoins de l?enseigné. Il lui revient la mission de le former pour la vie. Pour gagner sa confiance, il doit maîtriser son sujet. Les qualifications universitaires ne sont qu?un début. Cesser de s?instruire et d?acquérir des connaissances nouvelles c?est s?exposer à l?asphyxie intellectuelle. ?L?enfant a besoin d?émerveillement, de découverte intellectuelle?.

A la même époque, la presse publie un article fort intéressant sur Basant Rai alias Basant Lallah. Il débarque à Maurice, le 22 novembre 1889, venant de la localité de Bartagaw, dans l?Etat de Bihar. Il se met au service de l?établissement sucrier de Gros-Bois. On ne tarde pas à le nommer sirdar. Il économise ses sous et achète des terres à Mare-Dalbert, La Rosa, New-Grove, Mont-Fertile. Il s?établit à La Rosa et dote cette localité d?un baïtka et d?un temple. Son fils Jaykissoon prend la relève de ses tâches professionnelles et sociales. A sa mort, il passe le flambeau sacré familial au petit-fils de l?immigrant no 404 822. Il se nomme Dayanundlall Basant Rai. Il crée le collège La Rosa High School ainsi qu?un centre social où sont prodigués des soins pré- et post-natals. Il préside la Hindi Maha Sabha. Il est élu député du Grand-Port en 1959, 63, 67 et 76. Il sera tour à tour secrétaire parlementaire, puis ministre de la Sécurité sociale (1969-71), de la Jeunesse et des Sports (1971-76), du Commerce (1976-82).

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