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Le Kreol v/s le Morisyen

20 février 2006, 00:00

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Il est de coutume dans des contextes à communautés multiples de faire preuve de, ou de tout faire pour qu?il y ait consensus. Loin de nous soustraire à cette généralité, nous ne pouvons cependant ne pas faire preuve de discernement entre ce qui est légitimité et idéologie.

Ce que nous postulons ici comme légitimité, est cette construction à travers l?histoire d?une ?linguistification? (terme emprunté à Jurgen Habermas), c?est-à-dire, une identité communautaire portée par une langue et elle-même porteuse de cette langue. Les historiens-linguistes sont quasiment unanimes à reconnaître que le kreol comme langue est tributaire du rapport colons-esclaves d?où est issue la communauté kreol descendants africains.

Ceci dit, nous n?annulons pas le postulat du Larousse : ?personne de race blanche, née dans des colonies intertropicales.? Mais nous nous soumettons au dynamisme créé dans le sillage de la colonisation qui déconstruit et reconstruit les acquis.

Même les sacro-saintes définitions. Et que nous le voulions ou non, le kreol comme langue est lié à la communauté des descendants africains (kreol). D?où toute la difficulté et l?hypocrisie qui s?y rattache dans son admission comme langue. Pour certains, elle n?est pas que langue, elle est surtout porteuse de chair et de sang.

L?idéologie par contre, nous la comprenons comme un agenda - caché ou pas - qui tient à apporter une certaine persuasion. À cette persuasion nous n?accordons aucun jugement de valeur. Elle dépend de sa finalité. La démarche de l?idéologie est avant tout intellectuelle mais nous accordons le crédit affectif que les idéologues-linguistes attachent à leur démarche intellectuelle devenue conviction.

Certains à l?instar de Dev Virasawmy, pour faire plus court ont tenté une approche plus idéologique pour l?admission du kreol comme un élément intrinsèque de l?histoire de notre nation. Puisqu?ils la reconnaissent comme langue nationale, ils ont tenté de l?absorber dans la valeur suprême à laquelle tout Mauricien ? sauf les génocidaires - aspire.

L?équation pour ces linguistes est simple. C?est une langue nationale, donc c?est le morisyen et tout le monde devrait être d?accord. Or une idéologie de la sorte superposée sur des rapports de force avec l?intention inconsciente d?élimination des uns par d?autres, continue à se heurter à un certain refus. Ce refus d?admission du kreol comme langue codifiée, vient du kreol (descendants africains) aliéné lui-même et d?autres forces hégémoniques à l?égard du kreol comme communauté.

L?admission du kreol comme langue codifiée à être acceptée demeure certes un travail de longue haleine mais la noyer dans le supra concept du morisyen, nous fait brûler des étapes. Et le pourquoi de tout cela est évident.

Tout d?abord il y a le fait indéniable de ?l?ethnicité? auquel nous ne pouvons nous soustraire. Faire du kreol - comme langue - une économie linguistique à des fins idéologiques, académiques et prestigieuses, c?est nier qu?il a pour origine une communauté. Et ne pas oser en parler dans un souci de ?communication véritable? comme l?a dit Dominque Wolton, directeur de recherche du laboratoire ?Information, communication et enjeux scientifiques? au CNRS en France, c?est patronner le refoulement identitaire et retarder le mauricianisme malgré les bonnes intentions.

On soutient que c?est la langue parlée de l?île Maurice. Plus que cela, elle est la contribution suprême que la communauté kreol a offerte à son pays. Elle est l?outil historique fabriqué dans le creuset du rapport colons-esclaves qui transcende les rapports inter-ethniques.

Aujourd?hui nous la parlons comme allant de soi et c?est tant mieux mais il ne faut pas que nous soyons oublieux de son origine, qui est tributaire d?un sursaut du vouloir communiquer. Reconnaître cette légitimité s?inscrit dans une considération que nous nous devons dans la réciprocité. Comme nous devons reconnaître que nos papilles gustatives se sont naturalisées aux goûts des wantan, dal pouri, briani, rasson, sauce béchamel, et aux autres sauces. Le mauricianisme, c?est tout cela et non le fusionnement de tout cela.

Jean-Jacques ARJOON Auteur-compositeur-interprète

? Jürgen Habermas, philosophe allemand (Düsseldorf 1929). Il se rattache à l?école de Francfort, qui tente de repenser un marxisme indépendant des partis politiques, à partir de la théorie critique et de la psychanalyse. Habermas analyse les rapports de la technique, du pouvoir et de la communication.

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