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La peur gagne Madagascar

19 février 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Chikungunya, dengue, autre arbovirose ou paludisme. À Madagascar, c?est l?incertitude qui plane quant à la presence ou non du chikungunya. Mais la province de Toamasina a déjà cédé à la panique. Les pharmacies et les salles de consultation enregistrent un taux d?affluence record. Les centres hospitaliers affichent complets et certains patients se font perfuser à domicile.

Les docteurs Tokiniaina et Hasal, ainsi que Mme Vololoniony, infirmière, s?apprêtent à passer une autre nuit blanche au service triage de l?hôpital de référence régionale de Toamasina. L?affluence a diminué, mais les malades continuent d?arriver. Les cas de fièvre sont toujours aussi importants. 30 à 55 % des entrées selon les statistiques relevées quotidiennement par le service.

La soirée commence avec l?admission de Rosa. Une chaise roulante est nécessaire pour conduire la jeune femme du taxi à la salle d?accueil. « Ma nièce éprouve des difficultés pour se déplacer », confie Georgette, celle qui l?a accompagnée. « Elle souffre aux genoux et ses jambes ont du mal à la porter », ajoute-t-elle. Rosa n?arrive pas non plus à se retourner.

« Sa nuque est raide et elle a des douleurs au niveau de la hanche et du dos. Elle se plaint aussi de mal de tête insupportable et fait 40° de fièvre », poursuit la tante.

Les responsables de l?admission ne veulent pas donner des conclusions hâtives. « Ce sont les analyses qui vont déterminer le diagnostic », avance le docteur Tokiniaina. Hyperthermie, courbatures, douleurs articulaires et céphalées sont les motifs d?admission inscrits sur le billet d?hôpital de Rosa.

La patiente peut être atteinte de paludisme ou de la fièvre mystérieuse qui n?a pas encore tout à fait livré ses secrets.

Le test de recherche du palu doit être fait avant que les médecins fixent le traitement à administrer. En attendant les résultats de cette « goutte épaisse », Rosa sera soignée avec des médicaments destinés à faire baisser la température, à lutter contre les maux de tête et autres douleurs. De la vitamine C et du calcium lui seront par ailleurs prescrits pour renforcer son système immunitaire.

La nature du virus pas encore connue

La goutte épaisse risque pourtant d?être négative, même si selon un praticien, « les signes cliniques présentés par Rosa indiquent un neuro-palu ». À en croire la tante Georgette, un médecin libre lui a déjà prescrit une injection de quinine. « Ce qui peut annihiler toute trace de paludisme dans le sang », poursuit le médecin.

Chikungunya étant, « des spécialistes nous ont conseillé de ne pas donner de soins anti-paludéens aux malades dont la goutte épaisse est négative », regrette-t-il. Il craint pourtant que les automédications, pratique courante à Toamasina, ne faussent les résultats des analyses et aggravent les cas de paludisme, de loin plus grave parce que mortel. « Certaines fièvres peuvent avoir des causes virales, comme celles qui sévissent à la Réunion, mais il ne faut pas oublier que Tamatave est aussi en pleine période de recrudescence du paludisme », poursuit-il.

La nature du virus responsable des fièvres autres que le paludisme n?est pas encore tout à fait connue, mais la psychose du chikungunya a atteint Toamasina. Les nouvelles venues de la Réunion sont loin de rassurer. Et quand les mesures de précautions, comme l?utilisation des moustiquaires pendant la nuit, ne semblent pas les prémunir de la fièvre, la panique est palpable chez les habitants de Toamasina. Les pharmacies sont assaillies, et les clients ne se présentent pas tous avec des ordonnances.

■ Lova RABARY-RAKOTONDRAVONY (L?express de Madagascar)

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