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“Les stockbrokers sont les parents pauvres du marché boursier”

17 janvier 2006, 20:00

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● <B> Qu’est-ce qui a changé pour les stockbrokers depuis l’adoption du “Securities Act” en mars 2005 ? </B>

Le Securities Act nous avait déjà donné d’une manière générale, une indication des intentions des autorités et nous attendions les règlements pour mieux évaluer l’impact de cette loi sur nos activités.

● <B>La Financial Services Commission (FSC) a effectivement circulé une ébauche de ces règlements. Quelle est votre première réaction ? </B>

Il y a effectivement une ébauche qui a été circulée depuis le 9 décembre de l’année dernière. Nous avons participé pleinement à l’audition publique qui a eu lieu le 14 décembre et l’association a déjà soumis ses commentaires à cet effet à la FSC.

D’une manière générale, nous accueillons favorablement ces règlements car ils viennent, dans une certaine mesure, combler nos attentes. Pour rappel, notre profession a évolué passant de la chambre des courtiers au statut de stockbroker et actuellement, avec les nouveaux règlements, à celui d’investment dealer.

Cette nouvelle licence va nous permettre d’élargir nos champs d’activités. C’est une évolution dans le bon sens. D’autre part, il ne faut pas oublier que la Bourse de Port-Louis fait maintenant partie de la prestigieuse World Federation of Exchange.

Il est donc impératif que tous les acteurs du marché puissent se professionnaliser et se moderniser davantage pour pouvoir se hisser au niveau international. Ces nouveaux règlements arrivent au bon moment pour nous guider dans cette direction.

Vous êtes donc entièrement satisfaits…</B>

Pas exactement. Nous avons quelques réserves. Nous ne sommes pas d’accord avec l’approche trop souvent théorique de la FSC vis-à-vis des règlements qui régissent notre secteur d’activité. Nous tenons à préciser que nous sommes entièrement en faveur de l’adoption des meilleures pratiques internationales concernant le securities business.

Mais nous sommes contre le fait de calquer le modèle d’une grande place boursière étrangère sans prendre en considération les caractéristiques et les spécificités du marché local. Il faut savoir que chaque marché boursier dans le monde a ses propres spécificités et caractéristiques, surtout quand il s’agit d’un marché encore peu développé (émergeant) comme le nôtre.

Toutefois, nous saluons l’approche pro-business du nouveau chief executive de la FSC, Milan Meetarbhan.

● <B>Quels sont les plus grands changements qu’apporteront les nouveaux règlements en discussion ? </B>

Certains de ces règlements seront appelés à être révisés ou améliorés. Donc, je me contenterais de vous donner qu’un bref aperçu sous toute réserve.

Le changement le plus fondamental est qu’on n’entendra plus parler de stockbroker. Cette appellation sera remplacée par celle d’investment dealer. Il y aura quatre catégories de licence et chacune d’entre elles permettra à un investment dealer d’adopter une ligne d’activité distincte, allant du discount-executing broker jusqu’au full service dealer, qui aura la latitude d’offrir une panoplie de services allant de la simple exécution des ordres des clients, au conseil d’investissement en passant par la gestion de portefeuille.

Les nouveaux règlements vont aussi nous permettre d’agir en tant que principal. C’est-à-dire que nous pourrons acheter des actions pour notre propre compte et en même temps, agir comme conservateurs (custodians) pour le compte de nos clients. Nous aurons aussi la possibilité d’ouvrir des agences à travers le pays.

Le deuxième changement le plus important à mes yeux est l’introduction du concept d’autorégulation (Self Regulated Organisation). Ainsi, notre association sera appelée à se transformer avec le temps en un organisme autorégulé. Nous pourrons rédiger nos propres règlements avec l’aval de la FSC évidemment. Nous pourrons par exemple, conduire des examens pour les aspirants dealers.

Cette approche est excellente car en tant que professionnels, nous connaissons mieux les réalités du métier. Ce concept d’autorégulation vient compenser en quelque sorte l’approche théorique de la FSC que j’évoquais plus haut.

Le troisième changement important est que la FSC pourrait maintenant prendre des sanctions administratives contre les stockbrokers. Toutefois, c’est une perspective qui nous préoccupe quelque peu.

● <B>Votre association ne peut pas être contre la protection des investisseurs…</B>

Nous ne sommes pas contre la protection des investisseurs. Mais il est important de bien compren-dre que ces pouvoirs de sanctions attribués à la FSC ne découlent pas de fautes professionnelles ou d’abus passés commis par des membres de la profession.

Ces provisions concernant les sanctions administratives visent tout simplement à donner confiance aux investisseurs dans notre marché car il ne faut pas oublier que le premier objectif de la FSC, c’est la protection des investisseurs.

Elle veut sans doute se donner les moyens de pouvoir agir rapidement sans avoir à passer par les méandres de la judiciaire.

Il faut aussi savoir que notre association a également à cœur la protection des investisseurs. Nous contribuons dans un fonds de compensation et les courtiers souscrivent à une police d’assurances professionnelle. Cela prouve notre bonne volonté.

● <B> Les nouveaux règlements à l’étude témoignent d’une volonté de professionnaliser le métier de stockbrokers. Mais ils impliquent également des charges financières additionnelles pour s’y conformer. Ne craignez-vous pas que seules les sociétés ayant les reins solides financièrement pourront y faire face ? </B>

Il y a effectivement beaucoup de charges financières supplémentaires. Nous aurons des coûts additionnels pour nous conformer à ces nouveaux règlements. Par exemple, nous devrons augmenter notre personnel, dépendant de la licence demandée.

Nous aurons également à investir dans des équipements informatiques pour, entre autres, nous permettre de maintenir une base de données et garder les comptes des clients. On a aussi noté une augmentation drastique dans nos coûts opérationnels liés à un nouveau type de coût, les compliance costs. L’Anti-Money Laundering (AML) code nous impose les fonctions d’un compliance et AML reporting officer respectivement.

Nous ne sommes pas régis par la FSC uniquement. Il y a aussi les règlements de la Stock Exchange of Mauritius (SEM) et ceux du Central Depositary System (CDS). Se conformer à tout cet arsenal réglementaire coûte de l’argent. Je pense qu’il y a effectivement des stockbrokers qui auront des difficultés à tenir le coup.

Les sociétés de stockbroking ne roulent pas sur l’or. Les frais de courtage sont légalement fixés à 1,25 % de la valeur d’une transaction et nous n’avons pas le droit d’imposer un taux supérieur. De cette somme, nous devons verser 0,25 % à la SEM, 0,20 % au CDS et 0,05 % à la FSC.

Avec la compétition, nous sommes souvent obligés d’accepter un flat fee qui est très inférieur au 0,75 % qui aurait dû nous revenir. Sur les grosses transactions, nous sommes obligés d’accorder de grosses remises.

● <B>Mais l’année 2005 a certainement été bonne pour les courtiers avec le regain de dynamisme du marché…</B>

Oui et non. Le volume et la valeur totale des transactions ont augmenté mais pas notre rentabilité. En général, les sociétés de courtage ont enregistré une bonne performance financière mais pas aussi bonne qu’elle aurait dû l’être. Comme je vous l’ai expliqué, les frais de courtage de 0,75 % doivent souvent être sacrifiés à cause de la concurrence et ajoutant à cela, l’augmentation drastique des coûts opérationnels comme expliqué auparavant.

De plus, il faut savoir que le marché est dominé par deux ou trois sociétés de courtage qui contrôlent environ 80 % du marché.

L’association des stockbrokers estime que la grille des brokerage fees doit obligatoirement être revue. Je crois que ce sera une nécessité avec l’introduction des nouveaux types de licences. Mais dans l’état actuel des choses, nous croyons qu’il est grand temps d’imposer des frais administratifs sur certaines de nos activités.

Savez-vous que pour l’ouverture d’un compte CDS chez un broker, un client ne paye absolument rien ? Pourtant, nous achetons les formulaires y relatifs auprès du CDS. Nous encourons beaucoup de frais pour maintenir le compte du client à jour pendant toute la durée de sa relation avec nous et pour conserver son dossier sur une période de sept ans, après qu’il a fermé son compte, comme l’exigent les règlements.

Il est donc logique que l’association soit en train de considérer l’introduction de nouveaux frais. Il est juste de dire que nous sommes les parents pauvres de la securities industry.

● <B>Quels sont les principaux facteurs qui ont contribué à l’envolée des indices boursiers l’année dernière ? </B>

Il y a une série de facteurs. Les compagnies à forte capitalisation boursière ont affiché de bons résultats financiers. Certaines compagnies ont également pris des décisions tels que des share buy back ou des distributions de dividendes intéressants qui ont contribué à animer le marché.

On a également vu un regain d’intérêt de la part des investisseurs étrangers. L’environnement était également favorable avec de faibles taux d’intérêt.

Je dois aussi ajouter que la création de l’indice de rendement total (SEMTRI), a donné aux investisseurs un nouvel outil pour évaluer la performance des sociétés cotées.

Auparavant, on ne considérait que le dividend yield. Aujourd’hui, le SEMTRI donne une bien meilleure vue de la valeur d’un investissement. Il y a aussi l’apport de la technologie, je veux dire par là que les transactions boursières peuvent être suivies en ligne en temps réel. Les gestionnaires de fonds peuvent prendre plus rapidement des positions sur le marché.

<I>“Il faut que tous les acteurs du marché se professionnalisent et se modernisent davantage pour se hisser au niveau international. Ces nouveaux règlements arrivent au bon moment...”</I>

● <B>Croyez-vous que cela va continuer cette année ?</B>

Avant de répondre à cette question, je pense qu’il est important de souligner que malgré la hausse soutenue des cours bousiers durant les quatre dernières années, et les nombreux records établis par les indices, les ratios d’évaluation, tel le Price-Earnings-ratio, sont demeurés relativement attrayants. Ils ont ainsi montré que les performances de certaines sociétés cotées se sont améliorées à un taux plus important que l’évolution de leurs cours boursiers.

À un Price-Earnings-ratio moyen de 8 et à un taux de rendement moyen de 4,6 %, le marché boursier se situe aujourd’hui, en termes de ratio d’évaluation, au même niveau qu’en 1992.

Cela indique que les hausses soutenues des cours durant ces dernières années n’ont pas occasionné de bulle spéculative. Les hausses ont été accompagnées par des croissances plus importantes de la profitabilité de certaines sociétés cotées.

Pour revenir à la question elle-même, je pense que le potentiel de croissance du marché existe pour cette année, si les sociétés, notamment celles à forte capitalisation, parviennent à maintenir des taux de croissance soutenus.

L’évolution du marché boursier sera aussi tributaire, entre autres, des corporate actions des sociétés cotées, de l’évolution de la situation économique, de la politique des taux d’intérêt, etc..

● <B>La hausse des taux d’intérêt ne risque-t-elle pas de concurrencer la Bourse ?</B>

Les taux d’intérêt ne sont qu’un facteur parmi une multitude de conditions qui influent sur l’évolution d’un marché boursier. Bien qu’il existe généralement une relation négative entre l’évolution des marchés de capitaux et l’évolution des taux d’intérêt, cette relation n’est pas systématique.

D’autres facteurs tels que la performance des sociétés cotées, les plans d’avenir de ces sociétés, la situation économique, le sentiment des investisseurs, etc., peuvent atténuer l’impact d’une hausse des taux d’intérêt sur l’évolution du marché boursier.

Cela dit, des hausses soutenues de taux d’intérêt dans une situation où la croissance n’est pas très robuste, ne peuvent qu’influer négativement sur toute forme d’investissement, l’investissement boursier inclus.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Stéphane SAMINADEN</B>

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