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Génération singe

14 janvier 2006, 20:00

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Hélas? Sur tous les tons, l?on nous crie l?urgence d?apprendre à « think out of the box », parce que la croissance, désormais portée par l?innovation, repose sur les esprits créatifs. On nous dit que demain sera le monde des connaissances, « knowledge », et non du savoir, « skills », et qu?il faut doter les personnes, de capacités à apprendre toute leur vie. On nous répète que nos ressources sont limitées et qu?il va falloir retirer le meilleur du plus grand nombre?

Hélas? M. Gokhool n?a pas compris que ces discours s?adressent d?abord à lui. Le ministre de la société de demain est le principal concerné par ces appels de détresse. Le nouvel état d?esprit salvateur se modèle, que l?on sache, à partir de l?école primaire et se cultive des années. C?est au ministre que revient la responsabilité d?élaborer le cadre qui produira les ressources dont le pays aura besoin pour faire face à ceux qui aiguisent leur compétitivité.

Mais l?école de M. Gokhool va dans le sens contraire de cette philosophie. En ramenant la compétition, elle n?aura plus, comme vocation, que la transmission d?un savoir, fera l?impasse sur le temps d?éveil, de partage, d?expression qui structurent la personne et font émerger son inventivité. En isolant une petite élite, il tue à petit feu le potentiel des 20 000 à qui il fait sentir qu?ils sont les mal-aimés, rien n?étant prévu pour développer leur sensibilité. Et nos ressources limitées continueront de l?être. Dans les deux sens du mot.

Si M. Sithanen est trop pris pour donner à son collègue une leçon particulière, peut-être M. Ramgoolam devrait-il s?en charger ; il a placé son mandat sous la bénédiction de Lee Kuan Yew et Singapour a précisément à nous apprendre sur le dossier.

Ce pays-exemple s?est rendu compte récemment que son système éducatif, hautement compétitif et oppressant, son autoritarisme, ne développaient que des bureaucrates et ne favorisaient pas l?audace et l?indépendance d?esprit qui font les bons entrepreneurs. Si sa recette à succès, une société disciplinée et productive, a fonctionné hier, elle sera demain dépassée, s?est-il dit. Pour tirer la population du conformisme où il l?avait mise, lui apprendre l?initiative, la passion, le risque, Singapour prendra un virage à 180°.

Lee, qui s?est toujours moqué des théories éducatives libérales productrices d?une « workforce that cannot compete », s?est mis à apprécier l?école française et son programme intégré, s?est mis à expliquer à l?enfant que l?échec est une opportunité.

Pour l?admission à l?université, ce ne sont plus les résultats qui importent, mais tout le potentiel, toute la personnalité du jeune. À tous les niveaux donc, l?école élitiste lâche la bride, adopte des méthodes flexibles afin de faire émerger des êtres à capacités multiples. L?Education Review Committee écrit : « The focus of education must shift from knowing to thinking, from efficiency to diversity, from fitting people to specific jobs to equipping them for lifelong learning and creating their own opportunities. In the knowledge economy, an ability to draw on different disciplines will be at a premium. There will be no single formula in preparing our young for an innovation-driven and more globalised future. We will need many talents, nurtured and trained along different paths. »

Cette tendance-là n?est pas celle prise par Gokhool. Il a choisi la facilité, au lieu de la planification. Et son gouvernement qui dit vouloir émuler Singapour est en train de le singer sans le savoir. Dans cette voie, la génération de demain est bien partie pour ressembler, aux yeux du monde, à une nation de primates.

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