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Faut-il intervenir dans les situations de violence ?
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Faut-il intervenir dans les situations de violence ?
Éviter, s’éloigner, se taire, fuir, passer son chemin… C’est ce qu’on fait souvent devant une scène d’agression physique ou verbale dans la rue ou devant des incivilités. Un individu gisant sur la route, la nuit, qui va s’arrêter pour voir ce qui se passe ? Un homme qui malmène une femme, visiblement la sienne, en pleine rue, qui ose s’en mêler ? Un fou furieux cogne dans le pare-brise d’une voiture sur l’autoroute avec une barre de fer, qui va risquer sa sécurité pour lui faire entendre raison ? Un automobiliste descend de sa voiture et lance des insultes et des invectives à une conductrice parce qu’elle a tardé à démarrer, qui s’insurge contre cette violence verbale ? Un voleur arrache le sac de quelqu’un et se sauve, qui lui court après ?
<B>Une indifference parfois déconcertante</B>
Si souvent il n’y a pas de d’intervention ponctuelle, il y a souvent cette interrogation latente : « Faut-il intervenir quand on assiste à une situation de violence dans la rue ? » La réponse est complexe et se rattache en fait à plusieurs éléments. Nous avons posé la question autour de nous, à des gens pris par leur travail, leur famille et qui n’ont pas l’habitude de ravauder les déchirures de la société. Leurs réactions reflètent la peur la plupart du temps et parfois une indifférence déconcertante : « Ce n’est pas prudent de jouer au héros, on ne sait jamais si l’agresseur n’a pas une arme… Mieux vaut mieux ne pas s’en mêler parce qu’on peut aggraver la situation… Les gens sont mauvais de nos jours, il vaut mieux éviter les ennuis… On ne va pas risquer sa vie pour autrui… Pardon, mais ce n’est pas mon problème… »Est-ce qu’ils ont raison de réagir comme cela ? Est-ce qu’ils ont tort ? Les sons de cloche varient.
« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire », disait Albert Einstein. Voilà qui risque de poser un problème de conscience à plus d’un. Alexandra Schaub, présidente de Pédo Stop, n’en démord pas non plus avec son rappel d’un proverbe qui dit en gros que si on n’aide pas quelqu’un en danger, on est en train de signer son arrêt de vie. « L’individualisme a tendance à primer sur l’aide mais cela fait partie de notre rôle civique que de secourir les gens qui sont en danger ou sinon de montrer un intérêt pour ce qui se passe. On peut appeler la police, les voisins, il y a toujours quelque chose à faire et ce avec les moyens qu’on a, petits ou grands » explique-t-elle.
Lindsay Morvan partage cette même perception : « Bien sûr, si quelqu’un est armé d’un sabre, on ne va pas foncer tête baissée, mais on peut appeler la police. » Le président de Justice et paix s’insurge tout de même contre l’indifférence de ceux qui continuent leur route : « C’est bien à cause de cela que les agresseurs agissent de plus en plus impunément au vu et au su de tous, parce qu’ils savent que les gens ne sont pas solidaires, qu’on vit dans une société individualiste. » Il prône une attitude citoyenne.
Individualisme, égoïsme, passivité, carence de citoyenneté, absence d’altruisme… Des conceptions qui reviennent sans cesse sur le tapis. Souffrons-nous donc de toutes ces attitudes monstrueuses, faut-il y voir le mal absolu ? La question de la responsabilité – et de l’irresponsabilité – de l’individu est une question souvent parasitée par l’individualisme et l’égoïsme.
Est-ce légitime ? Nos actes n’engagent que nous, semble avancer Farhad Khoyratty, professeur à l’université. « Je ne veux pas me porter en juge. Aider ou non quelqu’un en danger relève de deux choses. Il y a d’abord sa conscience personnelle, son éthique morale, basée sur son vécu, et son passé. Cela dépend de la façon dont on a été élevé, du contexte social dans lequel on vit, de nos croyances religieuses, de notre histoire personnelle. Ensuite il y a la responsabilité collective rattachée à son sens d’appartenance à la société dans laquelle on vit. »
<B>Le reflet d’une complicité</B>
Pour le chargé de cours, il n’existe pas de contrat social qui force un individu à intervenir car tout le monde n’a pas l’âme d’un bon samaritain. Mais, cela dit, il est d’avis que c’est un devoir civique que d’alerter les autorités si on est témoin de quelque chose de dérangeant. « Le reste relève d’une décision personnelle et privée car sauver quelqu’un c’est risquer son confort, sa vie », fait-il ressortir. L’union fait la force, dit-on. Et si les gens témoins d’une scène se regroupaient pour venir à bout d’un agresseur ? « C’est une chose à voir au cas par cas, mais je ne fais pas toujours confiance à la psychologie de masse. Quand un groupe d’individus prend les choses en mains, cela peut s’arranger comme cela peut dégénérer », souligne-t-il.
Quant au sens des responsabilités civiques, il est aussi basé sur plusieurs éléments. « C’est donnant donnant en fait. Quand il y a la justice sociale dans une société, les gens ont tendance à être plus solidaires, à venir en aide aux autres plus naturellement. Il faut donc se demander si la société encourage le civisme, si les malfaiteurs sont punis, si ceux qui témoignent sont protégés, si le système inspire la confiance ou s’il repousse parce qu’il est corrompu ? », analyse Farhad Khoyratty.
On criera quand même haro sur cette autre attitude qui s’appelle le voyeurisme. Les scènes de violence font parfois des curieux, attirent des gens qui s’attroupent en simples spectateurs. C’est vrai que quelque part la violence a parcouru un long chemin dans nos psychismes, que nous sommes trop habitués à baigner dans ses ondes négatives, qu’on finit par la banaliser et à nous satisfaire des émotions qu’elle nous fait vivre. Puisque c’est le moment des bonnes résolutions, puisqu’on est devant un nouveau départ en quelque sorte, chacun pourrait faire des réflexions autour de soi, autour de ce qu’il est, autour de ce qu’il veut être. Et si tout compte fait, on n’a pas une once de l’étoffe du justicier, ce n’est pas grave, ce qui compte c’est de ne pas ignorer la violence, ce serait alors le reflet d’une complicité.
<B>Est-on obligé de venir en aide à quelqu’un ?</B>
Oui, car la non-assistance à personne en danger est un délit. Lorsqu’une personne peut secourir quelqu’un qui risque sa vie mais n’intervient pas, elle peut être poursuivie. Il existe des conditions qui entourent cette sanction. En effet, on n’est pas obligé de mettre sa vie en danger pour secourir autrui. Pour pouvoir agir, il faut que la personne ait connaissance du danger, qu’elle soit en mesure d’agir, que l’action ne présente pas de danger pour elle ni pour un tiers. Quand il y a poursuite, il faut prouver le refus d’intervenir. Si la loi n’oblige pas les gens à être des héros, ne pas appeler la police lors d’une dispute ne peut pas être qualifié de non-assistance, sauf si la victime donne l’impression de ne pas pouvoir s’en sortir seule. Cette clause de la loi, très complexe, est souvent difficilement applicable.
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