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Gérard Revais le magicien des barrettes

14 janvier 2006, 20:00

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Des kilos de granulés de plastique, une injection dans des moules bien galbés ou des machines à injecter et Abracadabra… L’odeur du plastique assaille nos narines. Le long d’un tapis roulant défile un clip, affectueusement nommée « barrette crabe » par les Mauriciennes. Cette dernière arbore une couleur orangée translucide, digne de la première étape de fabrication. Il lui reste encore du chemin à faire.

Au milieu de ces machines, se tient un homme. Grand et décontracté dans sa chemise blanche à carreaux et son pantalon beige, c’est le maître des lieux. Avec aisance, il traverse quelques marches et file dans son bureau au premier étage. C’est l’antre du magicien Gérard Revais.

En 1970, il prend les rênes de l’entreprise familiale</B>

On le retrouve assis à sa table, avec ses documents, son ordinateur, son téléphone et quelques ébauches de barrettes confectionnées à base d’acétate de cellulose. Ses doigts font tourner nonchalamment un élastique fuschia fraîchement créée. Au quotidien, le directeur de la fabrique Revais International, à Montagne-Blanche, fait montre de son inspiration. Il scrute les magazines de mode en quête des dernières tendances ou s’inspire de ses goûts personnels, sélectionne les mosaïques, les motifs fleuris, y ajoute une touche originale. Ses créations se veulent tantôt glamour, avec strass et paillettes, ou marient élégamment le cuir et les matériaux artisanaux. Ajoutez à cela la multitude de couleurs. Doré, turquoise, jaune, rose, orange… Tons chauds, opaques ou transparents pour habiller les divers ornements de coiffures automatiques, pinces, élastiques, barrettes italiennes…

Ce savoir-faire, Gérard Revais le tient de ses parents, Robert et Alberte.

En 1948, Robert, ancien prisonnier de guerre, qui a travaillé dans diverses fabriques de l’Oyonnax, dans l’Ain, décide de lancer sa propre usine.

Fort de son expérience, il se destine aux ornements pour coiffure comme les peignes, les barrettes et les bandeaux. C’est à cette époque que Gérard Revais naît, après son frère Pierre, de douze ans son aîné. Leur père crée et réalise la production tandis que la mère effectue la distribution. Entre-temps, les enfants font des études, et Pierre s’oriente vers la mécanique, fondant sa compagnie par la suite. Gérard, quant à lui, complète un diplôme en gestion et en comptabilité.

En 1970, il est appelé à prendre les rênes de l’entreprise familiale. « J’avais envie de faire du commerce, de voyager dans le monde. L’usine de mon père était un bon tremplin pour cela. En commençant, il voulait que j’apprenne tout de A à Z. À 20 ans, j’ai démarré comme simple ouvrier », confie-t-il. Il touche alors à tout et maîtrise la texture, le moulage, le découpage, l’assemblage, ou encore la décoration.

<B>Un concurrent de taille :la Chine</B>

Au fil du temps, il gravit les échelons et gère l’usine en France. En 1985, il rencontre un ami qui avait lancé une entreprise à Maurice. Il y a là une perspective au pays, se dit-il. C’est alors qu’il entre en partenariat avec l’usine Plastinax et se lance, à Maurice, dans la fabrication de barrettes destinées à l’exportation vers l’Europe.

En 2002, Gérard interrompt les activités de la fabrique française. Entre-temps, il perd également son père. C’est alors qu’il décide de se consacrer à l’entreprise mauricienne et cherche un emplacement. Son choix s’arrête sur Montagne-Blanche, qui n’est pas trop éloignée du lieu de résidence des employés. Cette fois-ci, il veut aussi pénétrer le marché local. Mais il faut affronter un concurrent de taille : la Chine, qui détient pratiquement le monopole.

La qualité, la fiabilité et l’originalité des produits aidant, Revais International parvient à se faire une place au soleil. Employant entre 45 à 70 personnes, selon les saisons, l’entreprise a déjà à son actif plus de 10 000 modèles de barrettes et propose deux nouvelles collections annuelles. La production mensuelle s’élève à 200 000 pièces.

<B>Passer le flambeau à l’un de ses fils</B>

Et pour faciliter la fabrication, Gérard Revais innove sans cesse. « C’est un secteur qui évolue et il faut être à la pointe de la technologie. Nous avons donc commencé à fabriquer nos propres moules, pour plus de facilité, en montant un atelier de mécanique pour les moules », déclare-t-il.3 % des barrettes, signées Revais International sont distribuées par la firme FRS Ltée dans les grandes surfaces sous la marque Fresh et dans les boutiques d’hôtels sous la marque Francial. Le reste va aux États-Unis, au Japon, en Russie, en Amérique du Sud, en Australie et en Europe. « Les seuls marchés que nous n’avons pas encore conquis sont l’Inde et l’Afrique. Nous allons nous y atteler », souligne notre interlocuteur. Et pour faire voyager ses barrettes le mieux possible, Gérard Revais s’envole pour Francfort le 20 janvier.

Il participera au Salon Beauty World en Allemagne et présentera ses créations.

Et quand il sort de sa fabrique, que fait Gérard Revais ? Eh bien, il se dirige vers le club de sport Riverland pour une bonne partie de tennis ou d’autres activités sportives. Soutenu par sa compagne, il envisage de passer le flambeau à l’un de ses fils au nom du défunt père fondateur. Et surtout pour transmettre la magie de la confection de ces accessoires et assurer la pérennité de l’art.

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