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Ces phobies qui nous handicapent

14 janvier 2006, 20:00

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Peur du noir, des araignées… Nous avons, tous, peur de quelque chose – d’un objet, d’un animal, d’une situation quelconque – mais tant que cette aversion ne contrôle pas notre vie, nous pouvons la surmonter et vivre avec. Mais quand elle dépasse le seuil du contrôlable, qu’elle devient irraisonnée, voire maladive, elle peut nous faire vivre un enfer. C’est le cas pour Jennifer, Roy et Mira qui en font l’expérience. Ils nous parlent de leur phobie et du mal qu’ils ont à la surmonter.

<B>Jennifer, 17 ans</B>

« Ma peur des lézards remonte à mon enfance. Petite, dès que je voyais un lézard, même un tout petit, je m’enfuyais aussi vite que je pouvais. Je n’étais pas tranquille tant que quelqu’un ne l’avait pas tué. Au fil des années, ma peur s’est amplifiée. Je pensais qu’en grandissant, cela allait passer.

Mais tout au contraire. Ma peur des lézards était connue de tout le monde, mes sœurs, mon entourage à l’école. Mes sœurs se moquaient de moi et ne comprenaient pas pourquoi des petites bêtes inoffensives pouvaient me faire peur à ce point.

C’est difficile pour moi d’expliquer à mon entourage cette peur incontrôlable que je ressens quand je vois un lézard : je sens mes poils se hérisser, mon cœur battre plus vite et je fuis, peu importe l’endroit où je me trouve. Je me souviens d’une fois où une camarade de classe avait glissé un lézard presque noir dans mon classeur pour me faire peur. Quand je l’ai découvert, j’ai hurlé et je suis tombée de ma chaise. J’avais, selon mes copines, ameuté toute une aile de l’école. Il a fallu que mon prof me donne de l’eau sucrée pour que j’arrête de trembler. Je crois qu’à ce moment-là, mes amies ont vraiment compris que j’avais une véritable phobie des lézards tant mon comportement les avait choquées. Je fais toujours attention quand j’entre dans une pièce ; tous les soirs ma mère soulève les rideaux de ma chambre pour déloger d’éventuels lézards. Je sais que mon attitude est parfois risible, mais je n’y peux rien. C’est comme ça. »

<B>Roy, 16 ans</B>

« Pour un garçon, c’est difficile d’admettre sa peur de quelque chose, encore moins quand c’est une phobie. J’ai peur du noir depuis que je suis tout petit. Je ne dors jamais sans une veilleuse. Quand j’entrais dans une pièce plongée dans le noir, je sentais ma poitrine se resserrer et je n’arrivais plus à respirer. Je me mettais ensuite à transpirer à grosses gouttes. C’est une sensation horrible, comme si j’allais mourir.

Je n’ai jamais osé en parler jusqu’au jour où ma mère l’a découvert, il y a trois ans. Je lui ai décrit mes symptômes et elle m’a emmené voir une psy. Au fil des séances, celle-ci a mis le doigt sur le problème : ma peur venait du fait que mon père m’enfermait parfois dans ma chambre, sans aucune lumière, quand j’avais fait une bêtise. Maintenant ça va mieux, ces sensations horribles ne sont plus aussi intenses ; j’arrive à calmer les battements de mon cœur mais je suis toujours mal à l’aise dans un endroit sombre. »

<B>Mira, 15 ans</B>

« J’ai peur des araignées. J’ai pris conscience de cela quand une araignée est tombée sur moi un jour – j’avais douze ans à l’époque. Je sens encore ses pattes le long de mon bras. J’ai senti tout mon corps se contracter et j’ai éprouvé comme une sorte de dégoût. Et pourtant, c’était une petite araignée pas des grosses comme on en voit dans les films. Je suis contente qu’il n’y ait pas ce genre d’araignées à Maurice. Donc, j’arrive à contrôler ma peur parce que je n’en vois pas souvent. Sauf l’année dernière quand j’ai vu une araignée alors que j’étais aux toilettes. J’ai eu tellement peur que je suis sortie précipitamment. Quand je pense au ridicule de cette situation, j’ai honte. Quand on vraiment peur d’une chose, on peut faire des trucs incroyables. Cela fait rire mais sur le moment je n’ai pas ri du tout ! »

<B>Comment faire pour surmonter sa phobie ?</B>

Tout d’abord, il ne faut pas confondre peur et phobie. La phobie est une peur incontrôlable qui devient handicapante dans la vie de tous les jours. Si vous pouvez cerner l’objet de votre peur sans qu’elle ne vous affecte outre mesure, c’est que ce n’est pas une véritable phobie. Mais dès lors qu’elle vous empêche de mener à bien vos activités et qu’elle devient un véritable handicap dans la vie de tous les jours, il faut consulter un psychologue. Il existe des thérapies pour surmonter une phobie, comme la psychothérapie comportementale, c’est-à-dire qu’on expose graduellement le patient à l’objet phobique – cela peut être un lézard, un cafard ou un objet quelconque. Ce sera un dessin dans un premier temps, puis dans un deuxième temps une photo, ensuite l’objet en vrai – on procède par étapes — jusqu’à ce que le patient arrive à surmonter sa phobie.

Dans le cas de Roy, sa peur du noir est associée aux bêtises qu’il a faites, et au fait que son père l’ait enfermé à cause d’elles.

<B>Sabrina PUDDOO

Psychologue clinicienne</B>

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