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L?entrée en matière

13 janvier 2006, 20:00

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Tout au long de la semaine, au département des Beaux-Arts du Mahatma Gandhi Institute à Moka, se tenait un atelier de travail, rencontre internationale entre 24 artistes graveurs, dont 17 artistes venant de l?étranger.

Un atelier consacré à la gravure sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. Art de la profondeur et de la matière. La gravure, bien qu?impressionnante, reste encore très méconnue à Maurice, au profit de la peinture et de la sculpture.

L?express samedi est allé faire un tour dans cet atelier, mercredi matin. Les artistes sont dispersés dans une salle aux murs, blancs, exposés. Parfum d?art, un mélange d?encre de couleurs et d?acide, entourent les oeuvres et épreuves créées pendant les dix jours d?atelier.

Chacun dans son coin mais jamais dans sa bulle, l?artiste grave, presse, fait le va-et-vient, discute, explique, réfléchit, essuie ? La gravure ne se fait pas seule, mais à chacun sa technique. La gravure se décline en une multitude de techniques et de formes. La linogravure, sérigraphie, pointe sèche, xylographie (gravure sur bois), la taille douce (une technique très précise utilisée pour la création de timbres et de billets de banque), ou l?aquatinte.

Cette dernière technique est «un vrai travail d?alchimiste», indique Neermala Luckmeenarain, artiste et professeur au MGI. Il s?agit pour le graveur de dessiner sur une surface métallique recouverte d?un vernis spécial, avec une aiguille.

<B>Différentes techniques</B>

Une fois le dessin achevé et quand il n?est plus recouvert de vernis, on plonge la plaque dans un bain d?acide nitrique qui ronge (ou mord) le métal non protégé par le vernis. «Plus la gravure restera dans l?acide et plus la gravure sera sombre,» nous explique Neermala Luckmeenarain.

Professeur au MGI, elle enseigne la gravure aux étudiants de troisième année. Toutes les techniques sont représentées, sauf la lithographie, pour le moment.

En effet, le MGI recevra prochainement une presse de lithographie, une autre technique assez particulière qui peut être aussi associée à d?autres techniques pour des reliefs différents sur une même gravure. L?artiste Rishi Jogoo, un Mauricien qui a longtemps étudié en France et vécu en Angleterre pratique entre autres cette technique mixte.

Il se spécialise aussi dans la «viscosity», un dessin sur une plaque de zinc, protégé par du «stop bite» et passé dans l?acide.

Il nous montre son oeuvre du moment et nous fera même une démonstration complète du processus de création. La plaque de zinc a été gravée sur trois niveaux sur lesquels on applique trois couleurs, soit à la main, soit au rouleau. Les couleurs peuvent toujours se mélanger et il reste toujours à l?artiste graveur, une part d?inquiétude, une part de mystère lorsqu?il ne découvre le résultat final qu?au tout dernier moment, à sa sortie de la presse.

<B>Joie et angoisse</B>

«C?est une intuition et une angoisse. J?ai toujours le dessin en tête mais on ne sait jamais exactement ce que ça va donner,» ajoute l?artiste. Le processus est souvent très long. Il faut graver la plaque, sur plusieurs niveaux, encrer, tremper la feuille qui va accueillir la gravure pendant assez longtemps. Il faut presser, pour un seul tirage.

Sachant qu?il faut plusieurs jours pour préparer une gravure et qu?il faut compter une dizaine ou une quinzaine de tirages pour compter deux à trois bonnes gravures, imaginez le défi qu?ont dû relever les 24 artistes pour réaliser chacun cinqtirages, pour une exposition qui s?est déroulée hier au MGI.

Le graveur alchimiste est aussi un artiste patient et passionné. Rishi Jogoo a une jolie formule pour parler de son art, «the basic of etching is very simple. Etching is as complex as you wish to make it».

L?artiste Kavita Nayar, de Delhi, participe aussi à cet atelier. Elle entretient une relation privilégiée avec Maurice puisqu?elle a été, pendant deux années, chargée de cours en sérigraphie au MGI.

<B>Persévérance</B>

Elle a aussi toujours conservé de très bons souvenirs de Maurice et s?inspire beaucoup de notre littoral et de notre océan.

Kavita Naya pratique la sérigraphie, une technique d?impression utilisée aussi bien dans l?art que dans le textile. L?artiste dessine un pochoir ou écran, dans un film spécial, une maille très fine, qui permettra à l?encre de traverser le film pour imprimer sur du papier ou sur toile.

A l?aide d?un squeezee, Kavita étale l?encre présentée sous forme de pâte, sur le film. Un ou deux passages sont nécessaires pour que la couleur passe bien. L?action est répétée pour chaque forme et pour chaque couleur du dessin, sachant qu?il faut «environ 5 à 6 couleurs pour obtenir un bel effet», explique l?artiste.

Autour de son bureau-chevalet, une dizaine de dessins sèchent sagement en attendant la prochaine couleur, le prochain passage. Les épreuves, les tirages finis et approuvés, auront la chance d?être signés par les artistes. Une signature au crayon à papier, « jamais à la plume. C?est comme ça ». Peut-être en saura-t-on un peu plus lors d?un prochain atelier.

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